Le Retour des Morts-Vivants

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Le cimetière est grand ouvert et cela fait des mois, voire des années, que les films de zomblards débarquent par paquet de douze. Voilà qui donne envie de dépoussiérer la vieille tombe du Retour des Morts-Vivants

 

Dan O’Bannon n’a pas été quelqu’un de particulièrement vernis. Il a beau avoir écrit pas mal de perles du genre (comme Alien ou Total Recall), le scénariste n’a jamais été pris comme une figure importante du fantastique. Et c’est dans l’indifférence générale qu’il est parti en 2009, la maladie de Crohn l’emportant malheureusement dans un autre monde. Les scénaristes ont toujours été des travailleurs de l’ombre, des types à la base de tout mais dont personne n’a rien à foutre. Mais dans le cas d’O’Bannon, cette amnésie est incompréhensible quand on sait qu’il est le réalisateur d’un des films les plus marquants des années 80: Le Retour des Morts-Vivants. Même si sa suite passait plus régulièrement à la télévision, sans trop que l’on sache pourquoi, c’est bien le premier qui reste dans le cœur des cinéphiles…

 

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Les morts-vivants auront eu bien du mal à opérer le retour du titre car s’il est bien un film dont la gestation fut mouvementée, c’est bien Le Retour des Morts-Vivants. A la base prévu comme une suite de La Nuit des Morts-Vivants de Romero et écrit par Rudy Ricci (acteur dans le classique du grand Georges), le film était censé être réalisé par Tobe « Massacre à la Tronçonneuse » Hooper, et en relief. Les producteurs espèrent pouvoir obtenir un parrainage de Romero, après tout vu par tous comme le papa des zombies, mais c’est en vain. C’est qu’il s’apprête à sortir Le Jour des Morts-Vivants et on peut comprendre qu’il ne tient pas à brouiller le public avec une suite parallèle à celle sur laquelle il travaille. Le Retour des Morts-Vivants prend une tournure décisive en 1984 lorsque Tobe Hooper part réaliser Lifeforce (d’après un script de… Dan O’Bannon, pardi!). Voilà qui laisse notre Dan seul à bord du come-back des zombies, en tant que réalisateur et scénariste. Il réécrit le script en entier, coupant tous les liens le ramenant à La Nuit des Morts-Vivants, bien décidé à donner au film une teinte qui lui sera propre…

 

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Car Le Retour… est assez unique dans son genre, mélangeant humour et horreur. Je vous vois venir d’ici en me disant que des films qui font une mixture pareille, il y en a des tonnes, de Braindead à Shaun of the Dead. C’est vrai mais dans le film de Dan O’Bannon, ces deux éléments se tournent autour sans jamais fusionner. Les scènes d’angoisse sont bousculées, presque zappées, par celles qui contiennent de l’humour (noir, bien entendu) sans réelle homogénéité. Même dans sa tonalité, le film favorise la rupture, comme à cheval entre deux époques, ce qui se ressent dans le scénario. Deux employés un peu stupides d’une entreprise fournissant les sociétés médicales sont en pleine discussion, le plus ancien tentant d’effrayer le petit nouveau avec une histoire de bidons perdus par l’armée quatorze années auparavant et stockés chez eux. Les fameux conteneurs contiendraient des morts qui ne le sont pas vraiment… Décidés à aller vérifier, les deux génies libèrent un gaz unique au monde qui va réveiller les morts du cimetière posé à coté, qui ne tarderont pas à s’en prendre à une bande de punks venus faire une fiesta entre les tombes (une grave-party, quoi). Le film oppose donc très vite deux bandes différentes et donc deux teintes différentes.

 

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On a d’un coté les vieux briscards qui vont tenter de comprendre ce qu’il se passe, symbolisant l’aspect à l’ancienne de l’horreur, presque gothique, et en face des jeunes rockeurs échappés des productions Troma, déboulant avec musique d’époque (The Cramps, The Damned et autres groupes punk à imagerie horrifique), annonçant déjà le coté plus fun qui allait suivre. Le Retour des Morts-Vivants est donc un pont entre deux époques, mêlant le classique au divertissement tel que les années 80 le concevait. Une ambiance à part qui permet au film de se différencier de son modèle dont Dan O’Bannon veut s’éloigner autant que possible. Ses zombies parlent, sont malins, ne mangent que de la cervelle et courent. Quand on pense que L’Armée des Morts de Zack Snyder s’est fait pourrir parce que ses crevés galopent alors que c’était finalement déjà le cas vingt ans plus tôt dans Le Retour… Bien sûr, à coté du fait qu’ils soient aussi bavards, ça ne pèse pas bien lourd. Ils ne sont en tout cas les plus cons du film puisque l’armée (qui paume des bidons ultra dangereux comme ça, l’air de rien) et les flics et ambulanciers (qui tombent continuellement dans le même piège des zombies) sont nettement plus stupides… Voilà le seul coté rappelant un peu Romero, l’as de la critique acide.

 

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Le Retour des Morts-Vivants a pour lui un coté imprévisible apporté par ses personnages, bien loin d’être des héros en puissance. Le jeune premier Thom Mattews (qu’on retrouvera dans le sixième volet des Vendredi 13, Jason le Mort-Vivant, à croire qu’il les cherche) montrera très vite qu’il n’a pas la carrure d’un sauveur et nos regards se porteront plus vite sur les vétérans que sont Clu Culager (ancien cowboy de la télévision reconverti dans l’horreur, on le reverra dans La Revanche de Freddy et dans les Feast), Don Calfa (à l’affiche quelques temps plus tard de Necronomicon) ou James Karen (Poltergeist). Mais s’il y a bien une personne qui aura marqué les esprits grâce au film, c’est bien Linnea Quigley, considérée par beaucoup comme la reine des Scream-Queen (ce qui donne « Scream Queen’s Queen » ?). Même si elle joua dans quelques films de genre avant d’atterrir chez les zombies (citons Douce Nuit Sanglante Nuit ou Stone Cold Dead), c’est bel et bien le film d’O’Bannon qui lança sa carrière. Les cheveux teints en rouges, à poil dans la plupart de ses scènes, elle se permet une danse sexy sur une tombe, un déhanché qui marqua durablement le cœur des bisseux des années 80. On se demande un peu pourquoi avec le recul car la scène est fort courte et les nibards de l’actrice sont rarement visibles mais bon… Cela aura suffit pour la faire apparaître dans moult séries B et Z comme Creepozoids, Night of the Demons, le rigolo Flic ou Zombie ou le slasher Kolobos.

 

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Dan O’Bannon ne remettra le couver de la réalisation qu’à une seule occasion, pour The Resurrected, une adaptation sortie directement en vidéo de L’Affaire Charles Dexter Ward de Lovecraft. Bien dommage lorsque l’on voit Le Retour des Morts-Vivants, plastiquement réussi, aux décors sombres rappelant le meilleur des années 60, à base de cimetière lugubres et de sombres entrepôts. Et pour un débutant de la caméra, il se permet quelques plans osés, comme un plan séquence au début parfaitement rythmé ou une descente dans la terre pour voir les morts s’extirper de leurs tombes. Les amateurs de gore seront par contre un peu déçus puisqu’il n’y a ici aucune scène digne de Zombie, même si quelques effets sanglants font leurs apparitions de temps à autres. Dan O’Bannon ne mise pas particulièrement dessus de toute façon, préférant mettre en avant un scénario écrit avec maestria, ce qui n’est pas surprenant avec lui. Car les péripéties s’enchainent sans temps morts, avec une fluidité exemplaire et un sens du rebondissement aiguisé. Il faut voir comme nos ancêtres rament pour se débarrasser d’un seul zombie avant de le faire cramer dans le crématoire de la morgue, créant une fumée qui entraine une pluie au don de résurrection s’abattant directement sur les tombes du charnier voisin. Les voilà donc face à une vraie meute alors qu’ils se pensaient enfin tranquilles.

 

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S’il n’est pas un grand chef-d’oeuvre, le premier effort en tant que réalisateur de Dan O’Bannon est sans conteste une œuvre sincère, transpirant l’amour du genre à chaque moment. Succès critique, le film n’eut pas un succès incroyable en salle mais récolta tout de même le double d’entrées du Jour des Morts-Vivants du rival Romero. Le Retour eut même droit à quatre suites, dont la première (Le Retour des Morts-Vivants 2, donc) se trouve être un remake encore plus porté sur la comédie que son modèle. Nettement moins réussie (réalisée par Kim Wiederhorn, à qui l’ont devait le sympatoche Commando des Morts-Vivants), elle n’a pas le talent d’écriture d’O’Bannon pour faire la différence, ni ses couilles. Car il en faut pour oser sortir une fin aussi pessimiste que celle du Retour des Morts-Vivants. Pas étonnant qu’on apprenne de la bouche de Tobe Hooper que depuis quelques années le pauvre Dan était devenu totalement parano, planquant des armes dans sa baraque et même des tunnels pour s’enfuir en cas de siège. Dan devenait-il peu-à-peu l’un de ses propres personnages ? Espérons que ce grand petit nom du fantastique aura trouvé la paix là où il est…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Dan O’Bannon
  • Scénario: Dan O’Bannon
  • Titres alternatifs: Return of the Living Dead
  • Production: Tom Fox
  • Pays: USA
  • Acteurs: Clu Cullager, Don Calfa, James Karen, Thom Mathews, Linnea Quigley
  • Année: 1985

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