Graduation Day

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Le sport, c’est bon pour la santé. Enfin, pas lorsque, comme la petite Paula, notre entraineur nous pousse à nous surpasser au point que l’on en crève d’épuisement. Et pas non plus lorsqu’un tueur nous colle aux basques pendant le jogging matinal, le cran d’arrêt entre le pouce et l’index. Finalement, oubliez le sport et calez-vous plutôt devant Graduation Day, fraîchement sorti des usines sombres d’Uncut Movies, ça vous filera aussi votre dose d’exercices !

 

Tout est possible dans le monde du bis, même les reconversions les plus improbables. Prenez Herb Freed par exemple : alors qu’il débuta sa vie professionnelle en tant que rabbin et leader spirituel, voilà que notre homme bifurque sans crier gare vers la réalisation. Après quelques temps passés à mettre en scène des pièces et après avoir torché une grande quantité de publicités, le bon Herb passe le pas du long-métrage en 72 via Awol, production si mineure qu’aucun cinéphile ne s’est donné la peine de la traquer pour ensuite en écrire un synopsis sur IMDB. Après fouilles avancées (en gros on tape le nom du bazar sur Google et on lit le résumé de la jaquette VHS…), on découvre que l’on tient là un drame politique sur les déserteurs. Du sérieux, donc, mais qui ne sera sans doute pas assez profitable pour Mister Freed, ses deux films suivants tombant les pieds joints dans le giron de l’exploitation pure et dure. D’abord avec Haunts (1977) dans lequel une fermière se demande si son brave tonton (Cameron Mitchell) ne serait pas le fourbe derrière des meurtres commis dans la région ; ensuite avec Beyond Evil (1980), tentative de grappiller les miettes tombées de la brioche Amityville, puisque l’on tient là un film de possession se déroulant dans une bicoque au passé trouble. C’est sûr, ils sont loin les débuts cinématographiques de notre homme, ses cris réclamant paix et justice, ses essais sociaux que Donald Trump s’envoie chaque lundi, la moumoute hilare. Et ils vont même être enterrés par Graduation Day, quatrième effort longue durée de l’ancien rabbi, un nouvelle effort le montrant en train de grignoter un bout de la biscotte Halloween. Du pur slasher, donc, et par extension de l’exploitation pur jus, sortie en 1981 alors que le genre connaissait sa période dorée. Pas pour autant que la nouvelle pelloche du brave Herb sera plaquée or, cependant, puisqu’elle ne coûtera que 300 000 dollars, récoltés par les producteurs (soit Freed lui-même et David Baughn, qui aida déjà Herb à écrire Beyond Evil) auprès des tenanciers de salles de cinéma. Une petite somme, oui, mais diablement bien placée puisque le métrage, heureux d’être sorti en plein boom des psycho-killers, récoltera 24 000 000 lors de son exploitation sur le sol américain. Et c’est sans compter les futures ventes de VHS, la Columbia entrant dans la danse pour balancer les cassettes dans un maximum de magnétoscopes. Un luxe pour une Série B shootée avec les moyens du bord, dont la course se finira dans l’écurie Troma, Lloyd Kaufman finissant par en acquérir les droits pour le sortir en DVD. Et vous connaissez sans doute la suite : ce sera au tour de l’anglais 88Films de le dégainer en Blu-Ray, inaugurant sa collection de slasher haute-définition aux boitiers rougeauds, tandis que ce sera à ces véritables adeptes de l’arme blanche que sont les garçons d’Uncut Movies de sortir la galette par chez nous. Bonne occasion de faire un petit sprint en compagnie de l’un des slashers les plus représentatifs de son époque !

 

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L’ennui lorsque l’on est bon, c’est que l’on attend toujours plus de vous. Si elle pouvait vous répondre, la jeune Paula vous le dirait, elle que son entraineur pousse à éclater ses limites pour qu’elle distance toutes ses concurrentes lors d’une course d’athlétisme. Et elle la gagne, la course, malheureusement au prix de sa vie puisqu’elle s’évanouit après avoir franchi la ligne d’arrivée, mourant dans la foulée. L’habitué des slashers eighties sait fort bien que cette mort inopinée fera office de tir de départ d’une vague de meurtres, produite par un maniaque désireux de venger la pauvre Paula en partant occire tous ses camarades sportifs. Se pourrait-il que Anne (Patch Mackenzie, mercenaire de la télévision également présente, pour un petit rôle, dans It’s Alive 3), sœur aînée de la défunte en quête de réponses sur la disparition de sa cadette, y soit pour quelque-chose dans ces tueries ? A moins que le coach, nommé Georges Michael (ça ne s’invente pas, et il est incarné par Christopher George de Frayeurs et Pieces), soit devenu fou en plus d’être imbuvable ? Remarquez, le beau-père de Paula n’a plus toute sa tête non plus depuis qu’il noie son chagrin dans le whisky, et le gardien du campus fait partie de ces types louches que l’on a tôt fait de soupçonner. Et qui sait si Kevin, meilleur pote de notre coureuse désormais en train de sprinter sur les pistes du paradis, n’est pas impliqué à son tour… Oui, on fait la nage papillon en plein whodunit, Freed mettant visiblement du cœur à l’ouvrage pour envoyer des signaux à son auditoire : tout le monde est un coupable potentiel ! Y compris la final girl Anne, au grand désarroi de son interprète, la Mackenzie estimant maladroit de montrer que sa valise comporte des habits et accessoires similaires à ceux utilisés par le maniaque dès la première bobine. C’est que, selon elle, cela limite l’empathie possiblement ressentie pour cette militaire spécialiste des arts-martiaux, et elle n’a pas tout à fait tort. On lui rétorquera tout de même que le réalisateur/co-scénariste (avec Anne Marisse, fidèle du brave Herb puisque présente dans tous ses premiers films à divers postes) n’est pas non plus parvenu à rendre ses autres personnages attachants. Soit parce qu’ils sont présentés comme de vils pourceaux, comme cet entraîneur antipathique et autoritaire, soit parce qu’ils n’ont pas bénéficié d’un grand soin lorsque vint le moment de leur créer un caractère. Un peu vides, ces futures victimes, et toutes les mêmes en prime : soit des jocks ne récitant pas plus de trois lignes de dialogues chacun, les mâles ayant en plus tous la même gueule. Pas évident pour les départager… Soyons fair-play et avouons néanmoins qu’en situant l’action de son film dans le giron de l’éducation physique, Freed pouvait difficilement varier les élèves en nous montrant les habituels nerds et bigleuses portant des atlas toute la journée.

 

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Sachant tout de même qu’il lui faudra une chaudasse à bord pour tomber la chemise et faire monter la température dans les shorts de son public masculin, Freed imagine le personnage de Dolores, une mauvaise élève forcée de draguer les profs pour leur soutirer ses bonnes notes. Un protagoniste à problèmes puisque la première actrice prévue pour le rôle refusera purement et simplement de se dénuder devant l’objectif, forçant la production à la virer et trouver une remplaçante peu farouche dans les plus brefs délais. Ce sera Linnea Quigley, alors bien loin d’être la Scream Queen que l’on sait, malgré quelques seconds rôles à gauche ou à droite dans des productions Charles Band. Moins gênée à l’idée de dévoiler ses fruits pointus, la blonde reprend donc le rôle, même si les spectateurs attentifs remarqueront à la fin du métrage la tête coupée de Dolores… qui ne ressemble pas du tout au minois de Linnea ! Logique, la séquence fut tournée avant l’arrivée de la reine de la Série B dans l’équipe, créant une petite incohérence franchement amusante. Comme le reste de Graduation Day, par ailleurs, que l’on n’ira pas jusqu’à qualifier de pépite du genre, mais que l’on peut présenter comme un fier représentant du genre. Doté d’acteurs capables et pas chiant pour un sou (si l’on oublie les quelques longueurs en première bobine, malheureusement inhérentes au genre), le tout se suit d’autant plus facilement que les meurtres tombent à intervalles réguliers – une qualité faisant défaut à bien des psychokillers movies – et sont plutôt inventifs. Voire cartoonesque, tel celui permettant au fou dangereux de placer une lame sur un ballon de football américain qu’il lancera à un joueur, au bide dès lors transpercé. Ou encore ce matelas piégé lui aussi via des pics, un pauvre type pratiquant le saut à la perche atterrissant dessus avec le résultat que vous imaginez. Si le tout n’est pas gore comme chez Savini et consort, budget réduit oblige, on remerciera néanmoins Freed pour sa volonté de taper dans le sanguinaire : lorsqu’une demoiselle qui s’épilait tranquillement les jambes dans un évier se prend un coup de rapière dans la gorge, on voit la pointe de la lame ressortir par la nuque ! Rien de vomitif, mais une violence relative d’autant plus suffisante que le suspense est aussi de mise, permettant d’extraire Graduation Day de la foule des sous-Vendredi 13 bêtes et méchants.

 

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Sans parler de grandes frousses, Graduation Day distille quelques moments de tension prouvant que Freed n’est pas un amputé de la caméra, telle cette ballade dans la pénombre d’un vestiaire aux lumières éteintes. Ou la découverte imprévue d’un cadavre en putréfaction dans une chambre, moment sordide et inattendu dans une production indépendante jusque-là surtout concentrée sur ses aspects divertissants, pointes de second degré à l’appui. Ce petit massacre serait-il donc moins basique qu’il n’y paraît ? Plutôt oui, et nous découvrirons, outre l’originalité de se dérouler exclusivement sur un terrain sportif, que le monteur Martin Jay Sadoff (également à la Moviola sur le septième Vendredi 13) s’est fait plaisir en mêlant plusieurs scènes entre-elles. Amateurs des montages parallèles, vous serez aux anges, notamment lors de la remarquable séquence de course-poursuite entre Quigley et son assaillant, qui portait le casque d’escrime bien avant qu’Urban Legend 2 ne le fasse sien. Remarquable parce que la chemise de l’actrice s’ouvre soudainement pour laisser s’échapper ses seins, mais aussi parce que la séquence est mélangée au concert d’un groupe de rock très années 80. Les plans passent donc des tourments de la victime à des zooms sur des rollers, les jeunes remuant aux accords de la formation musicale (dont le leader était le boyfriend d’une copine de Linea, avec laquelle elle avait monté un groupe !) étant montés sur roulettes ! Plutôt singulier, d’autant que cela refile au meurtre une bande-son loin d’être lugubre, bien au contraire. Dans le genre décalé, ça se pose là.  Freed autorise également son monteur à verser dans l’image subliminale, montrant en une fraction de secondes les visages des meurtris tandis qu’une des leurs tourne au ralenti autour d’une barre de gym, sous un son très opératique. Presqu’un instant de grâce, sorti de nulle-part et tranchant une fois de plus avec l’aspect très « Slasher un peu concon » que le projet prend parfois. A se demander d’ailleurs à quel point Herb Freed doit être loué pour Graduation Day, sa réalisation étant assez fonctionnelle tandis que son scénario dévoile quelques lacunes, le montage et la dynamique étant les véritables points forts ici. Comme si, soudainement, le film se transcendait par lui-même, devenant plus que ce que son géniteur pensait faire, sortant du carcan du « slasher sympatoche » pour muer, ne serait-ce que durant quelques instants, en un « vrai bon psychokiller inquiétant ».

 

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Pas la peine d’étirer le discours, dès lors, tout slasherophile se devant de toute façon de posséder le beau digibook tout juste sorti, tandis que les cinéphiles curieux trouveront un métrage plus intéressant que le commun du genre : quelquefois trop basique, Graduation Day devient soudainement sportif et tente, lui aussi, de faire le petit effort qui fera toute la différence. Sans marquer de but mémorable, il nous aura proposé quelques beaux dribles, quelques idées pour gagner le match: pas con de montrer le tueur en train de chronométrer ses meurtres, tout comme ce détail le voyant barrer les visages des victimes sur une photo. Uncut Movies ne se foutant pas de nos gueules, ils nous fournissent donc quelques bonus sympathiques comme une présentation d’un Lloyd Kaufman égal à lui-même (comprendre qu’il est moins intéressé à l’idée de définir le film qu’à celle de faire son petit show), une interview de Linnea Quigley par le Sergent Kabukiman, les habituels trailers et photos, le court Le Collège de Jonathan Faugeras (assez sympa par ailleurs et raccord avec le sujet, puisqu’on y voit une titulaire tentant de sauver l’une de ses élèves des griffes d’un maniaque sévissant dans l’établissement scolaire), et même, pour finir, 15 minutes de Graduation Day au format VHS. Une manière pour le label de montrer à quelques-uns des râleurs de Facebook, tout tristounets que le film ne sorte pas en Blu-Ray, qu’ils le découvrent tout de même en meilleur état qu’à l’époque de la K7 ? Peut-être bien et ils auraient bien raison, la HD n’étant définitivement pas nécessaire sur une production telle que celle-ci tant cela reviendrait à sortir la fourchette en argent pour manger des pâtes Sodebo. Le prix (25 boules) est également justifié par l’ajout d’un poster du métrage, mais aussi et surtout par un excellent livret 32 pages lors duquel le duo terrible d’Uncut revient sur la période faste du slasher, sur la genèse de la bande (pratique pour les fainéants dans mon genre, qui n’ont plus énormément de recherches à faire pour leur chro, du coup !) et un petit zoom sur la carrière de la Quigley ! Finalement, tout est là ou presque, puisqu’il ne manque que le pack de bière et la pizza, bienvenus pour profiter de pareille pelloche, idéale pour les samedis entre bisseux ! Bon, on commande une quatre fromages ou une aux poivrons ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Herb Freed
  • Scénario : Anne Marisse, Herb Freed
  • Production : Herb Freed, David Baughn
  • Pays: USA
  • Acteurs: Patch Mackenzie, Christopher George, Danny Murphy, Linnea Quigley
  • Année: 1981

 

 

2 comments to Graduation Day

  • Roggy  says:

    Très bonne chro l’ami qui donne envie de mater le film et de manger une pizza 🙂 On sent que tu es dans ton élément avec ce slasher du début des 80’s qui, pour le coup, semble tout à fait agréable à suivre (ce qui n’est pas toujours le cas !).

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