Super Riders: Les Fantastiques Supermen Chinois

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Mettez vos collants, amis cinéphiles, ou en tout cas une tenue appropriée pour le sport, car ça va lever les guiboles avec les Super Riders ! Et casser du monstre baveux en sautant sur des trampolines dans des carrières, aussi ! Fans de Super Inframan, sortez les casques…

 

 

 

Une petite année après un mémorable Hanuman vs 7 Ultraman, pour rappel disponible en digipack chez les Belges de Zeno, c’est à Crocofilms de taper dans le sentaï avec Super Riders : Les Fantastiques Supermen Chinois. Soit une version Taïwanaise de la célèbre série japonaise Kamen Rider, qui voyait un motard se transformer en un super-héros au casque d’insecte pour briser les mandibules de vilains mutants. Les enfants des nineties s’en souviennent peut-être d’ailleurs sous le nom Masked Rider, version Saban et donc américanisée à la Power Rangers : on reprenait les scènes de baston tournées par les nippons et on les complétait par des dialogues entre acteurs pour leur part américains. Une pratique que les fans de la première heure n’apprécient pas toujours, mais qui n’a en fait rien de bien neuf, Taïwan nous prouvant que les ricains n’ont pas toujours tout inventé en matière de recyclage du septième art. Ainsi, le Super Riders réalisé par Lin Chen Wong en 1972 ne part pas de zéro puisqu’il récupère de nombreux passages de trois films de courte durée de la saga Kamen Rider, ici compilés en un seul long-métrage. Et la technique spéciale des margoulins d’exploser nos écrans d’un bon coup de fulguro-poing : on reprend certaines cascades et rixes des versions japonaises, on balance quelques inserts maison et on embauche des acteurs du pays pour tourner les scènes dialoguées, imaginées pour donner du liant à ce joyeux bordel. Autant dire que c’est une œuvre bien branque que l’on s’apprête à voir, et il n’est pas fou de penser que seul Crocofilms pouvait nous sortir une telle virée dans le monde des combattants aux combinaisons moulantes et des costumes de gloumoutes hurlantes. Généreux, l’éditeur propose d’ailleurs le film dans un combo contenant également le film de kung-fu motorisé Impact 5 (on en recausera), et se fend de quelques bonus indispensables. D’abord le commentaire audio de l’équipe de Toku Scope, spécialistes de la culture asiatique, bien pratique pour en apprendre plus sur les méthodes utilisées pour coudre efficacement les films d’origine avec le résultat final. Mais aussi et surtout les scènes coupées, non placées dans le métrage complet par l’éditeur pour cause de qualité plutôt douteuse, type VHS ayant survécu tant bien que mal à une explosion atomique. Dommage qu’elles ne figurent d’ailleurs pas dans le produit fini, qui y aurait gagné une bonne vingtaine de minutes (et serait passé de 74 minutes à 94), mais aussi une plus grande cohérence… Car de toute évidence, la version ici proposée mise tout sur l’action au détriment du reste, la plupart des dialogues explicatifs ayant sauté, à l’image de tous ceux permettant de découvrir le fameux bonhomme au casque de cafard visible sur les artworks. Pas de quoi limiter grandement la compréhension d’une œuvre de toute façon assez peu portée sur les scénarios compliqués, mais tout de même…

 

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Alors qu’il rentre dans une bijouterie pour trouver de quoi embellir sa fiancée, un jeune homme est kidnappé par des hommes au service de L’Organisation Mondiale de Satan (rien que ça), dont le but est évidemment de contrôler le monde. Ou le détruire, on ne sait pas toujours et eux non plus visiblement. Reste que pour ce faire, ils récupèrent des gens qu’ils jugent balèzes comme notre pauvre héros et les amène dans leur laboratoire secret, histoire de les transformer en mutant décérébrés et très obéissants. Heureusement pour notre gaillard, un gentil scientifique rôde dans la base des satanistes, et plutôt que de transformer son jeune ami en un monstre visant la fin du monde, il en fait le Superman numéro 2. Soit un Kamen Rider, figure héroïque devant laquelle vibraient les petits Japonais dans les seventies et bien après. Après un combat contre la Magicienne, une démone à tête de pharaon faisant partie des pontes de la bande dédiée au Mal, la tête de sauterelle défendant le Bien prend la fuite et retrouve le Superman numéro 1. Vu qu’ils ont pour hobby commun de piétiner la face des créatures diaboliques en faisant de grands sauts (de sauterelle, justement), ils décident de s’allier pour renvoyer Satan dans son trou infernal. S’en suivra de nombreuses aventures : la tentative de vol d’une formule chimique visiblement très importante pour les vilains, le kidnapping de la fille d’un savant, une course de moto déviée servant à assassiner le Superman 1, des bagarres un peu partout, un attentat dans une fête foraine, l’infiltration dans la base des méchants,… Tout cela semble faire beaucoup et partir dans tous les sens ? Rien de plus normal puisque les péripéties sont reprises des films Kamen Rider ou d’épisodes de la version télé, que l’équipe chinoise tente tant bien que mal de relier entre elles. Pas toujours avec une grande efficacité, il faut bien le dire, sentiment encore renforcé par le manque des fameuses scènes de causeries entre les méchants : on saute donc parfois du coq à l’âne, une histoire en chassant une autre. Il est par exemple étonnant de voir que le Superman 1 prend le temps de participer à une course de deux roues alors qu’il est censé distribuer des torgnoles aux démons avilissant la planète. Dans le même ordre d’idée, on peut tiquer sur l’absence soudaine du Superman 2, visiblement parti faire sa lessive durant un bon moment, totalement absent de tout un arc du scénario. On imagine dès lors que le pendant japonais du bonhomme n’était tout simplement pas présent dans l’aventure originale, ici recopiée à la lettre, justement pour faciliter les inserts chinois.

 

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Il faut d’ailleurs reconnaître que les gus de Taïwan ont fourni un job franchement bluffant : si l’on perçoit de temps en temps les différences entre les séquences d’origine et celles rajoutées, quelques costumes changeant d’un plan à l’autre (un coup les gars sont des squelettes en tissu, le plan d’après des espèces d’hommes-plantes) ou des acteurs d’origine différentes ayant été conservés par mégarde, la fluidité entre les scènes est par contre parfaite et témoigne d’un grand savoir-faire. On devine qu’une étude minutieuse des plans japonais fut faite et que le montage n’a pas été confié à un manchot de la discipline, une large majorité des liaisons entre les versions se déroulant sans accros, étalonnage compris ! Pas de quoi se moquer niveau réalisation donc, car si l’on n’a pas affaire à de la cuisine de cordon bleu, tout semble bien à sa place et l’on ne croque jamais dans de trop gros os. Evidemment, l’ADN du projet restant la même qu’il vienne de Chine ou du Japon, le spectateur lambda risque fort de grimacer devant les délires de l’ensemble et ces idées tarées. A l’image de ces soirées mousses nettement moins festives que prévues : l’un des monstres a en effet le pouvoir de transformer en écume les malheureux dont il souhaite le trépas ! Le mythe de la petite sirène en version trash, en somme… et une idée bien rigolote ! Tout comme ce final enchaînant les twists, une blonde que les Supermen désiraient sauver se révélant en fait être la badgirl Magicienne… qui se révèle ensuite carrément être le Dr. Mort! Difficile également de ne pas revenir sur les looks des méchants, qui schlinguent le pyjama à plein nez ! Comme s’ils n’avaient pas encore l’air assez cons, la version française leur donne des cordes vocales ridicules, surtout lorsque l’armée des monstres arrive dans une carrière et que chacun se présente, voix nasillarde à l’appui. Et c’est parti pour un tour de table à base de « Monstres des Ténèèèbres », « Monstre vampiiiiiire », « Monstre de la laveeeee », « Monstre sanguinaiiiire », « Monstre des caverneeees » et on en passe des tout aussi gratinés ! Sérieux s’abstenir… Remarquez que les sbires, véritable chair à canon dont se débarrasseront les Supermen, ne sont pas les seuls à avoir des dégaines de cinglés puisque le sinistre Dr. Mort (vous le sentez bien, le nom bien naïf ?) se trimballe une cape de magicien qu’il a visiblement trouvée dans un caniveau après le carnaval de Rio. Même constat pour le fameux Agent des Enfers que le chef de l’organisation Satan – que l’on ne voit jamais et parle à ses troupes d’on ne sait trop où – envoie pour qu’il élimine une bonne fois pour toutes les gentils. Grand gagnant lors du concours du look le plus risible du monde, il se trimballe une carapace de crustacée ou de blatte en argent, laissant tout de même songeur sur les capacités meurtrières de ce que l’on nous présente comme l’élite du Mal. Pas évident à première vue ! Le pauvre sera d’ailleurs, comme précisé plus haut, relégué aux bonus, 80% de ses interventions étant absentes du montage ici disponible. Particulièrement dommage pour vos abdos, qui y auraient trouvé de l’exercice…

 

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Evidemment, puisque la version proposée a balayé d’un revers de la pince de crabe mutant toutes les parties où ça cause un peu trop longuement, il ne reste plus à l’écran que des séquences d’action. Typiques du sentaï (comprendre qu’on se bastonne dans des terrains vagues, qu’on termine ses ennemis d’un coup de pied sauté et que les monstres finissent par exploser), elles sont enchaînées les unes aux autres, les 74 minutes de Super Riders ne laissant pour ainsi dire jamais le temps de souffler. Peut-être un poil exténuant au bout d’un moment, mais force est de constater que le tout ne peut certainement pas être critiqué pour son manque de rythme ! De plus, quelques séquences folles viennent varier les plaisirs, telle cette chevauchée très western dans l’esprit de la part des monstres. Voir des bestioles à tronche de mite ou de mante religieuse attaquer un Kamen Rider et l’attacher avec des cordes, pour ensuite le trainer comme un vulgaire brigand que l’on ramène au shérif, ça n’a pas de prix (enfin si, 10€ dans le cas présent). Stupeur également devant cette cruelle séquence voyant des malfrats sortis d’un polar des années 40 venir mitrailler toute une terrasse de grande roue, liquidant des dizaines de pauvres gens ! Pour un spectacle se voulant tout de même assez familial (suffit d’entendre la BO, très « Zorro est arrivé » à la sauce soja), ça surprend un brin… Et ça finit de faire des Fantastiques Supermen Chinois un spectacle méritant d’être posé à côté de votre DVD de Super Inframan : certes, cette contrefaçon taiwanaise de Kamen Rider fatigue un peu sur la durée, n’empêche qu’elle délivre le plus simplement du monde ce que nous lui avions commandé. Et puis, qui cracherait sur des héros un peu ringards sur les bords donnant des coups de manchettes à des dizaines de sales bestioles, tandis que les génies du crime échafaudent les plus vils desseins dans des bases qui font plus fake que celles que vous aviez lorsque vous jouiez aux G.I. Joe ? Ok, beaucoup de monde sans doute, mais les cinéphiles à la recherche d’un petit bol de fraicheur le trouveront en tout cas ici, le dépaysement étant assuré pour qui n’a pas particulièrement suivi les traces d’Ultraman, X-Or et des Bioman.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Lin Chen Wong
  • Pays: Chine, Taïwan
  • Acteurs: Hong Chang Ling, Lee Hing Ling
  • Année: 1972

2 comments to Super Riders: Les Fantastiques Supermen Chinois

  • Roggy  says:

    Puisque j’ai acheté le même DVD que toi, je ne serai pas surpris du résultat ! Même si c’est une version tronquée au final 🙂

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