Le Cynique, L’Infâme, Le Violent

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C’est net, Le Cynique, L’Infâme, Le Violent, l’un des fleurons les plus recommandés d’Umberto Lenzi, fait bien partie des années de plomb ! Ben oui, vu le nombre de personnes qui se font plomber par les trois rois de l’Eurocrime que sont Tomas Milian, Maurizio Merli et John Saxon, on voit que l’appellation prend un tout nouveau sens une fois passée à la moulinette du cinéma bis !

 

Planquez-vous, ils rechargent ! Mieux valait en effet avoir un bon gilet pare-balles lorsque l’on était un habitué des cinémas de quartier dans les seventies, nos amis Italiens suivant les trainées de poudre d’un certain Harry Callahan en multipliant les poliziottesco. Terme d’ailleurs remplacé par le plus simple eurocrime, histoire d’éviter les crampes de langue. Ou d’index… C’était donc sur le stand de tir de L’Inspecteur Harry que bien des réalisateurs venaient chercher leurs gros calibres, enchaînant les récits à base de malfrats se voyant offrir une justice expéditive de la part de flics durs à cuire. Difficilement imaginable à notre époque politiquement correcte mais commun dans les seventies, et bien des réalisateurs ont fait voler les douilles : Lucio Fulci, Enzo Castellari, Sergio Sollima, Sergio Martino, Tonino Ricci, Massimo Dallamano, Damiano Damiani ou Tonino Valerii ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Reste que dans le genre « Je serre les dents et je dégaine les grosses pétoires », peu peuvent se vanter d’en avoir fait autant qu’Umberto Lenzi, et encore moins avec tant de succès ! C’est que le futur réalisateur de Cannibal Ferox a appris à connaître son sujet sur le bout du canon à force de Rançon de la Peur, La Mort en Sursis, Napoli Violenta ou Brigade Spéciale. Et ce dernier de si bien marcher en 76 que les producteurs (dont Luciano Martino, frère de Sergio) pressèrent Lenzi pour qu’il donne suite à cette affaire opposant Maurizio Merli (qui jouait un commissaire aux méthodes peu orthodoxes) et Tomas Milian, qui y incarnait un fou furieux surnommé Le Bossu. L’ennui c’est que la guerre entre les deux acteurs n’était pas que fictionnelle, les stars s’entendant comme molosse et minet depuis que Milian tabassa pour de vrai Merli pour les besoins d’une scène. Habité, le Tomas ne jouait pas toujours le faux, prenant quelquefois de la coke et autres substances illicites pour rentrer dans ses personnages… Jugeant préférable que les deux vedettes ne se croisent pas sur le tournage de la séquelle, Lenzi s’arrange avec ses scénaristes (Ernesto 2019 après la chute de New York Gastaldi et Dardano L’Au-delà Sachetti) pour que les deux opèrent en parallèle, leurs parties ne se rejoignant que lors des ultimes minutes. Puisque la cohérence n’a jamais été le fort des bisseux romains (ni le soin apporté à leurs scénarios, d’ailleurs), ils donnent un nouveau rôle à Milian, qui passe du Bossu au Chinois, même s’il est aussi bridé que je suis champion de sumo. On ajoute John Saxon dans la danse infernale, l’homme étant lui aussi un habitué des polars made in Italy, et mourrez jeunesse ! Reste néanmoins à trouver un titre alléchant à l’ensemble, les producteurs désirants capitaliser sur une appellation donnant à l’ensemble des airs de film de casse. Pas du goût du malin Umberto, qui suggère de s’en référer à Sergio Leone et reprendre son Le Bon, La Brute et Le Truand et le rendre plus extrême via un inspiré Le Cynique, L’Infâme, Le Violent. Eh bien nous allons faire connaissance de tout ce beau monde puisque les inspirés The Ecstasy of Films sortent, eux aussi, l’artillerie lourde via un combo DVD/Blu-Ray nous poussant à sortir les grenades !

 

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Visiblement, le brave mais brutal Leonardo Tanzi (Merli), avec qui nous avions fait connaissance dans Brigade Spéciale, est désormais bien fatigué de courir après les voleurs à la tire pour leur faire avaler leurs dents en or. En effet, nous le retrouvons comme employé d’une maison d’édition (est-il romancier ? Consultant pour des livres policiers ? On ne le saura jamais !), où il se fait engueuler pour le retard qu’il prend à chaque travail. Toujours emmerdé par la hiérarchie, notre moustachu à la coiffure blonde, si parfaite qu’elle semble d’un autre-monde… Et par les brigands de la pire espèce, aussi, un ancien détenu tout juste sorti du gnouf se faisant appeler Le Chinois (Milian, donc) décidant de fêter sa remise en liberté en envoyant un assassin chez l’ancien commissaire. Coup de bol, une panne de courant empêche le meurtrier d’achever Tanzi, à peine blessé mais préférant se faire passer pour mort, histoire de mieux surprendre ses ennemis. Car évidemment, alors que ses anciens supérieurs lui recommandent d’aller siroter un bon jus d’orange en Suisse, le Leonard de Tanzi préfère partir à la chasse au pourri. Et il va avoir du boulot, Le Chinois venant tout juste de s’allier au puissant malfrat américain Frank Di Maggio… C’est donc à deux mafieux retors que va faire face Merli, qui a heureusement le melon bien dur. Car oui, selon John Saxon, interviewé dans les bonus, il arrivait au héros de parler de lui-même à la troisième personne, prouvant qu’il était plus qu’en paix avec lui-même. D’un autre côté, il pouvait se la péter Merli l’enchanteur, vu les risques qu’il prenait sur le plateau. Cette fois, son acrobatie culte sera le passage d’un immeuble à l’autre via une tige en fer, avec le vide sous les semelles. Un Action Hero, un vrai, et c’est sans surprise qu’on le retrouve en train de nous faire son grand numéro de distribution de mandales, Tanzi faisant partie de ces flics collant des gifles aux loubards avant de leur lire leurs droits. Pas la peine dès lors de préciser que Le Cynique, L’Infâme, Le Violent ne va pas se dérouler comme un Columbo ou un bon vieux Sherlock Holmes des familles, où l’on sort la loupe pour analyser le moindre poil sur une carpette. Ce que Lenzi vise, c’est bien évidemment la violence, celle d’un flic à deux doigts d’être pire que ceux qu’il combat, eux-mêmes de fameux barbares.

 

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Car ça ne rigole pas franchement lorsqu’un pauvre antiquaire, oncle de Tanzi (décidément, pas de bol !), se prend des coups dans sa boutique avant de se faire liquider au fusil à lunette. Ca ne se gausse pas plus que lorsque le cruel Di Maggio se débarrasse d’un collaborateur défaillant en l’attachant entre deux arbres, le changeant en cible pour ses balles de golf. Et lorsqu’il en a fini avec le supplicié, il le laisse en pâture à ses clebs, ravis de se faire les crocs dans sa chair… Une pauvre dame a le malheur d’en savoir trop ? On lui jette une fiole d’acide à la gueule. Son frère est blessé à l’hosto ? On vient lui tirer une balle dans la nuque alors qu’il pense recevoir une visite amicale. Les policiers passent au mauvais moment ? On leur glisse une grenade sous la voiture, ni vu ni connu ! Autant dire que l’on se retrouve face à ce genre de pelloches, en voie de disparition depuis déjà trop d’années, qui nous montrent de véritables ordures commettre tous les crimes imaginables (racket, meurtre, vol, pornographie forcée, trafics en tous genres), la sauce épicée a tôt fait de monter chez un spectateur espérant bien évidemment que ces rats se feront liquider par le matou Merli. Nous voilà donc bien contents lorsqu’il croise enfin leur route, débarquant avec une barre de fer pour leur offrir une petite séance de chirurgie inesthétique, quand il ne les descend pas clairement en sortant les guns. Autant dire que l’amateur de néo-polar spaghetti ne sera guère dépaysé : Lenzi connaît la formule et sait fort bien ce que le public attend de lui, le réalisateur enchaînant dès lors les scènes d’action à un rythme très régulier. On se castagne devant un billard par ici, on se course dans un hôtel particulier par là. On danse sous une pluie de coups sur un toit d’hypermarché à ma gauche, on se tire dessus à l’entrée d’une petite maison de campagne à ma droite. Ca ne faiblit donc pas, les temps morts servant à faire avancer une intrigue pas bien compliquée, faite de stratégies visant à montrer Le Chinois contre Di Maggio, Tanzi visant une guerre des gangs lui permettant de ne pas trop se salir les mains…

 

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Du coup, pour mettre en œuvre son plan, notre moustachu chevalier s’offre donc une séance de voltige, passe sous des lasers (en fait de simples fils rouges collés aux murs, petit budget oblige !) et s’arrange pour faire croire à Di Maggio que le Chinois lui a piqué ses thunes. Bon, finalement notre Leonardo devra tout même mettre la main à la pâte pour ne pas décevoir ses fans puisque le climax, c’est bien évidemment lui qui s’en occupe, esquivant pruneaux salés et voitures tentant de l’écraser. Généreux donc, ce spectacle reposant intégralement sur son trio d’acteurs, et plus précisément sur Tomas Milian. Non pas que les deux autres déméritent, Merli sachant jouer de ses yeux bleus tandis que Saxon est comme toujours très bien, même s’il fait ici plus penser à Gomez Addams qu’à un terrible parrain de la pègre. Mais voilà, face à un Milian habité, apportant tant de relief à son personnage, véritable enfoiré sympathique, difficile de tenir la comparaison. Notre homme crée un Chinois humain dans ses contradictions, à la fois sûr de lui et soudainement inquiet à l’évocation de Tanzi, aimant envers ses hommes mais aussi capable de les changer en passoires s’ils ont le malheur de fauter, distingué mais sauvage à la fois. Un drôle de personnage finalement aussi important, si ce n’est plus, qu’un commissaire Tanzi dont les contours sont déjà connus, dont il n’y a plus grand-chose à tirer en comparaison. Loué soit donc Lenzi de s’être sérieusement penché sur le cas de ce malfaiteur, au regard si troublant que l’on ne parvient à y séparer la tendresse de la cruauté.

 

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Peu de défauts à épingler donc, si ce n’est un script parfois mal foutu (les allées et venues des uns et des autres n’ont de sens que pour eux) et une bande-son régulièrement envahissante, le main theme étant si souvent joué que le film prend quelquefois des airs de générique de série TV. Pas de quoi faire la gueule, en somme, ce divertissement tient ses promesses et mérite bien l’achat de l’édition fraichement sortie, Ecstasy of Films fournissant encore de l’excellent boulot. En faisant passer le Cynique,… au format HD (copie impeccable) d’abord, en incluant à sa galette de nombreux entretiens, souvent intéressants, ensuite. Celui de Lenzi d’abord, le bonhomme revenant franchement sur sa carrière et sur les relations tendues entre ses deux stars, dont un Milian d’ailleurs interviewé. Un peu confus mais toujours très intéressant, l’acteur, malheureusement décédé depuis (cela fait d’ailleurs bizarre de voir cet entretien, du coup), revient sur ses liens d’amour/haine avec le poto Umberto. Super sympa également l’entrevue avec un John Saxon en forme (sans doute car la vidéo date de plusieurs années…), franc du collier et surtout très agréable à écouter. Enfin, une analyse du film faite avec humour par Mike Malloy (réalisateur d’un documentaire sur les polars à l’italienne) et un nouvel entretien avec le compositeur Franco Micalizzi complètent le tout et finissent de faire de cette sortie l’une des plus sympatoches du moment. Alors amis des Bronsonneries et des Eastwooderies, faites donc un peu de place dans votre armurerie, voilà une nouvelle torpille à accrocher fièrement auprès des autres !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Umberto Lenzi
  • Scénario : Ernesto Gastaldi, Umberto Lenzi et Dardano Sacchetti
  • Production : Gianni Minervini, Antonio Avati
  • Titre: Il cinico, l’infame, il violento
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Maurizio Merli, Tomas Milian, John Saxon, Renzo Palmer
  • Année: 1977

2 comments to Le Cynique, L’Infâme, Le Violent

  • Roggy  says:

    Encore un film à ajouter sur une liste déjà très longue. D’ailleurs, je devrais me rendre en juillet à un double programme de la Cinémathèque pour un hommage à Thomas Milian qui sentira certainement la castagne virile.

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