Zeder, les Voix de l’Au-delà

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Une nuit au cimetière, ça vous dit ? C’est en tout cas là que vous convient Pupi La Maison aux Fenêtres qui Rient Avati et l’éditeur Ecstasy of Films, fiers d’exhumer un Zeder faisant office d’enfant oublié au sein du bis rital des années 80. Une occasion en or de découvrir (ou redécouvrir) l’une des perles les plus noires du genre…

 

 

 

Sacrés ricains, jamais les derniers à transformer un bocal de caviar en vulgaire pot de Nutella ! Ainsi, lorsque vint le moment de sortir sur leur territoire Zeder (1983), le distributeur yankee décida de surfer sur l’odorante vague zombiesque en retitrant le métrage Revenge of the Dead, mais surtout en lui refilant un poster ne collant pas du tout avec son ambiance ! Macchabée explosant le sol bétonné d’une ville pour s’extraire du sol, la face à moitié arrachée et la bouche béante, tandis que l’un de ses petits copains s’apprête à sortir d’une grille d’égouts et qu’un autre attend son tour derrière. Et le tout au clair de lune, bien évidemment ! Autant dire qu’à la vue de ce visuel des plus trompeurs, on s’imagine dans le registre de la Série B bête et méchante, façon Le Retour des Morts-Vivants avec une Quigley se dessapant sur les sépultures. Pourtant pas trop le genre du film de Pupi Avati, le neuvième d’une très longue liste s’étendant encore de nos jours ; l’Italien nous proposant en effet une virée chez les revenants, mais pas franchement de ceux que l’on pourrait croiser dans l’hypermarché de Romero. A l’époque gros lecteur de romans ésotériques ou parlant de l’au-delà, Avati compte en effet livrer une véritable variation sur la désormais populaire figure du mort qui marche, s’éloignant de ce fait des conventions du genre. Point de baril radioactif malencontreusement renversé dans un champ du repos et permettant aux êtres osseux de partir à la chasse à la cervelle, pas plus que de rites vaudous prenant place sous le soleil et les palmiers. C’est en effet plutôt vers un univers gothique, et pas toujours très éloigné de Lovecraft, que se dirige l’auteur, également co-scénariste avec son frère Antonio et Maurizio Constanzo, une équipe déjà à l’œuvre sur La Maison aux Fenêtres qui Rient. Et notre trio d’imaginer ce qu’ils appellent des « terrains K » (la lettre K étant choisie par la peur qu’elle inflige à un Pupi y voyant des relents allemands lui rappelant de mauvais souvenirs), soit des lieux rarissimes permettant à ceux qui y sont enterrés de revenir à la vie…

 

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Sachant qu’il est toujours profitable de commencer sur les chapeaux de roue, les Avati Brothers mettent la gomme dès la séquence d’introduction, nous montrant une vieille femme rendant visite à une autre dans un manoir ancien. Murmures, cris effrayants, tremblements : une silhouette se dresse soudainement derrière elle. Changement de décor, on retrouve la victime sur la table d’un coroner, une large entaille le long du corps. Et ça continue, un chercheur utilisant une pauvre gamine nommée Gabriella pour qu’elle l’aide à débusquer l’endroit où serait enterré un certain Zeder, la gosse étant visiblement dotée de pouvoirs psychiques. Si elle finit par trouver la dépouille du mystérieus savant, la petite ressort néanmoins de l’expérience avec la jambe lacérée à son tour… Une trentaine d’années passent et le romancier débutant Stefano (Gabriele Lavia des Frissons de l’Angoisse) vit à Bologne avec sa promise, la pimpante Alexandra qui, en bonne amoureuse, lui offre un joli cadeau d’anniversaire : une machine à écrire électrique. Mais l’objet ayant été acquis aux enchères, il a bien évidemment déjà servi et Stefano découvre sur le ruban encreur les quelques mots rédigés par le précédent possesseur de son nouvel outil de travail. Des phrases plutôt occultes d’ailleurs, parlant d’une possibilité de revenir après le décès à condition d’être enterré dans un Terrain K. Après discussion avec l’un de ses anciens professeurs, Stefano découvre que cette théorie fut découverte et maintenue par un le fameux Zeder, sur lequel on sait bien peu de choses. Devinant qu’il tient là un sujet d’enfer lui permettant sans doute de lancer de la meilleure des manières une carrière, le jeune homme entreprend de retrouver la personne à qui appartenait la machine à écrire, soit un prêtre fraîchement décédé et dont la tombe est étrangement vide…

 

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Vous êtes lassés que le cinéma d’horreur mise tout sur le gore ? Que sa structure narrative ne cesse de catapulter le même petit groupe d’amis, amis bien sûrs voués à être décimés les uns après les autres, au sein de récits souvent interchangeables ? Alors Zeder est fait pour vous, Avati semblant absolument tenir à ce que son métrage ne s’inscrive dans aucune mouvance particulière, ne puisse être rapproché d’aucune autre bisserie. Même si de nos jours nous ne pouvons que faire le parallèle entre le présent film et le Pet Semetary de Mary Lambert selon Stephen King, le roman de l’homme à lunettes étant par ailleurs sorti la même année que la plongée dans les ténèbres d’Avati. Reste qu’à son époque, Les Voix de l’Au-delà est des plus singuliers, sans doute un peu trop pour son propre bien d’ailleurs. Arrivant en pleine furie gore, alors que l’on ne parle que Video Nasties du côté de Buckingham Palace et que le reste du monde ne jure plus que par la viande jamais trop cuite de Cannibal Holocaust ou L’Enfer des Zombies, le plus « à l’ancienne » Zeder tombait un peu au mauvais moment. Inutile dès lors de chercher l’outrage dans ce caveau, vous ne l’y trouverez pas ; les frérots Pupi et Antonio préférant miser sur les zones d’ombres, sur le mystère, plutôt que sur des visuels choquant nonnes et jeunes baptisés. Peu d’effets sanglants ici, si ce n’est des corps entaillés ou une tête coupée, le propos n’étant pas dans le vomitif mais dans le malaise, dans une inquiétude face à l’inconnu, face à une menace jamais totalement définie. Malin, Avati limite au maximum les séquences ne suivant pas Stefano, esquivant par la même occasion toute omniscience de la part du spectateur, qui n’aura à se mettre sous la canine que quelques bidouillages de scientifiques (dont une Gabriella désormais adulte) et les agissements douteux de certains hommes, laissant suggérer que notre brave héro n’est pas le seul à avoir découvert l’existence des Terrains K. Comme une odeur de complot, Lovecraftien encore, mais nous n’en saurons plus que si l’inspecteur amateur ira assez loin dans son enquête…

 

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C’est d’ailleurs dans un véritable thriller que l’on pose nos pantoufles, dans une enquête n’ayant rien à envier aux récents métrages coréens dans sa structure et son utilisation du pays pour stimuler l’inquiétude. A l’image de la première saison de True Detective pour rester dans les comparaisons récentes, Avati semble prendre plaisir à vicier des endroits à priori idylliques, à maudire une nature italienne rongée de l’intérieur. La plage est belle et les demeures l’entourant ont un charme certain ? Il n’empêche qu’à l’intérieur vit une vieille dame aveugle tapie dans l’ombre, gardant intacte la chambre de son étrange frère, ancien curé soudainement intéressé par la vie après la mort… Les petits cimetières paisibles où se reposent de vieux couples unis pour toujours et à jamais ? Le théâtre d’arnaques à la tombe, où l’on fait croire aux familles que leur proche y dort en paix alors qu’il pourrit en fait dans une toute autre nécropole. Un coin paumé fut jadis enjolivé par une colonie d’enfants ? Ce n’est désormais plus qu’un gigantesque et oppressant bâtiment vide, source des plus folles rumeurs comme celle du chien mort mais toujours vivace qu’avaient enterré sur place quelques nudistes. Et la présence des fameux chasseurs de fantômes dans ce lieu ne trompe d’ailleurs pas quant à son identité paranormale, cette vaste étendue où courraient et riaient les innocents n’étant autre qu’un Terrain K ramenant les déchus auprès des leurs, avec néanmoins une personnalité dérangée et meurtrière. Avati l’avoue dans les bonus du Blu-Ray concocté par Ecstasy of Films : comme pour La Maison aux Fenêtres qui Rient, son but était de montrer que les nuages du paradis peuvent cacher de sacrés enfers… et les souriantes gueules d’anges les pires desseins. Nihiliste ? Pas loin. Désabusé ? Assurément, tant notre auteur (le cinéma d’Avati flirtera d’ailleurs par la suite largement avec le ciné d’auteur) tient à nous montrer que sous la propreté se trouve toujours une bonne dose de crasse. D’ailleurs, ne comptez pas sur lui pour verser dans le fantastique de Mr. Propre, ses séquences horrifiques et gothiques étant toujours terreuses, poussiéreuses. Et surtout toujours disposées à ne jamais en faire trop !

 

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Certes, la première partie du film suivant les déboires de la petite Gabriella se voulait plus classique, avec une épouvante pas loin d’être hurlante, sans doute pour rassurer les clients et empêcher qu’ils changent de salle. Le reste ne sortira pas du même bocal de formol et se complaira dans une terreur rampante, ici personnifiée par la simple descente d’escaliers d’un homme disparu depuis plusieurs mois. Ou encore un moniteur vidéo retransmettant ce qu’il se passe dans un cercueil où gît un mort qui finit par ouvrir les yeux et rire sardoniquement. Certes, on en a vu d’autres, mais nous avons rarement été aussi bien mis en condition, le stress ambiant, la rupture nerveuse d’un Stefano enchaînant les découvertes morbides laissant à l’ensemble des airs de trajet sans retour. Comme une odeur de fin du monde donc, comme si soudainement les barrières étaient tombées et que tout était possible, surtout le pire… De quoi faire entre Zeder dans le cercle terriblement privé des bandes nous laissant un petit quelque-chose après la séance, un poids sur l’estomac. Et de quoi également lui offrir un trône au carré VIP des films se complaisant dans leurs zones d’ombres, Avati n’expliquant pas tout, jouant avec l’imagination de ses spectateurs, sur laquelle il compte pour combler les trous. Idéal pour susciter l’envie de s’offrir plusieurs visions et replonger dans cette investigation hors-normes, pour y dénicher de nouveaux indices, de nouveaux éléments ; pour suivre une nouvelle fois Stefano en lui laissant, heureusement, tous les risques…  Trop en avance sur son temps, Les Voix de l’Au-delà ne connut qu’un succès modeste alors qu’il aurait sans doute séduit un public plus conséquent dix années plus tard, mais il en est toujours ainsi des chefs d’œuvre : il faut être patient pour les voir reconnus à leur juste valeur. Hors du temps et de l’espace, Zeder est un film autre, qui semble justement sortir de ces fameux Terrains K… Sans doute mal né dans l’époque qui est la sienne, il s’accommode d’ailleurs fort mal de la petite touche de modernité que Riz Ortolani lui offre dans sa bande-son, excellente pour la majeure partie (flippants violons malmenés !) mais dotée de quelques touches de synthé franchement ringardes. Rien de bien grave, évidemment, et nous espérons que l’impeccable édition fournie par Ecstasy of Films changera la donne quant à la reconnaissance du métrage, tout étant réuni pour : une longue interview des frangins Avati, une autre d’Ortolani, une comparaison avant/après restauration et un livret de 20 pages de Frank Lafond, belle occasion de prolonger l’expérience. Sans nul doute la sortie immanquable de ce trimestre.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Pupi Avati
  • Scénario : Pupi Avati, Antonio Avati, Maurizio Constanzo
  • Production : Gianni Minervini, Antonio Avati
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Gabriele Lavia, Anne Canovas, Paolo Tanziani, Cesare Barbetti
  • Année: 1983

2 comments to Zeder, les Voix de l’Au-delà

  • Roggy  says:

    L’année prochaine, je le chope au Bloody 🙂

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