Mausoleum

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Susan Nomed est du genre à avoir tout pour elle : incarnée par Bobbie Bresee (dont on a causé voilà peu pour Evil Spawn), elle a le corps d’une bombasse mais est en plus richissime, a un mari aimant, la belle baraque qui va avec, et en plus elle ne fout rien de ses journées. C’en est presque dommage que sa lignée soit maudite et qu’un foutu démon prenne possession d’elle, tiens !

 

 

Sacrée arène que celle des années 80, qui voyait s’affronter des rangées entières de Séries B, enfermées dans leurs armures qu’étaient les VHS et se tapant dessus à coups de jaquettes interposées pour obtenir le suprême honneur. Soit celui d’être louée, voire achetée, par un client affamé d’aliens tombés de leur étoile filante ou de décapitations faites à la scie sauteuse. Un bon temps pour le spectateur, toujours ravi de poser son petit derche dans les gradins entourant le champ de bataille, pour y voir les plus improbables monstres jouer de grimaces et de couleurs pour gagner leurs faveurs. Malheureusement, peu de fiers gladiateurs devinrent des légendes auxquelles on érige statues et cosplays dans les conventions, et beaucoup de démembrés restèrent sur les étagères des vidéoclubs, pas même ressuscités sur le support DVD. Coincé quelque-part entre les succès ressortant tous les trois mois en blu-ray et les oubliés perdus dans une file sans fin, débutée au purgatoire dans l’attente que l’on daigne se pencher sur leur cas, on trouve Mausoleum. Pas un gros succès, pas un minuscule film obscure ; plutôt de ceux dont se souviennent surtout ceux qui posèrent leurs sandalettes lors du Festival du Film Fantastique de Paris en 83, où il fut primé. Et même le plus primé, nous explique la jaquette de la VHS, que les bisseux des eighties ont forcément vu passer un jour ou l’autre, montrant une blondasse dévoilant un téton, rendu peu excitant par son visage diabolique. Une demoiselle peu timide surplombant un décor très gothique conviant vieilles grilles tordues, tombes que l’on devine fissurées, brouillard épais comme du jus d’abricot et une silhouette menaçante sortant du fameux mausolée en titre. Aux USA, l’affiche est néanmoins plus prude, remplaçant la dame au sein dévoilé par un banal squelette bruni par le temps et tenant dans ses mains le cénotaphe dont s’échappe une brume funeste. Sympa aussi ! Mais pas suffisant pour rendre intouchable le film du peu prolifique Michael Duncan, qui ne semble réaliser un film que tous les dix ans et dont l’œuvre la plus connue est indiscutablement ce Mausoleum assez mal accueilli par la critique. Considéré comme l’un des films d’horreur les plus faiblards de sa génération lorsqu’il sortit, le deuxième métrage de Duncan est également pointé d’un doigt inquisiteur pour son scénario manquant sacrément de logique et pas assez fouillé. Bon, disons que sur ce point on peut difficilement nier que le bazar trébuche sacrément. Et loupe de peu la fosse…

 

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Tout débute au cimetière : il fait bien beau, le soleil honore les sépultures de sa présence et rend un peu moins pénible la détresse de la petite Susan, dix piges. C’est que sa brave môman est décédée de raisons inconnues et que la petite va dès lors devoir vivre chez sa tante, ce qui ne réjouit pas franchement la gosse. Dans un accès de tristesse, la gamine se met à courir entre les pierres tombales, tandis que sa tante hurle « Non, pas Susan ! Pas Susaaaan ! ». Quoi, « pas Susan ? », elle va claquer aussi ? Nan parce que-là, on ne capte pas trop. Mais on se dit que c’est voulu par Duncan et ses scénaristes, et que toutes les réponses atterriront sur nos genoux en temps et en heure. Pour l’instant, Susan continue donc sa course et finit par se retrouver devant un grand mausolée, sur lequel il pleut. Fait beau partout ailleurs, mais là ça pisse sévère, le tout via un effet spécial absolument dégueulasse, si moche que l’on n’est au départ pas très sûr de ce que l’on reluque… Comme hypnotisée par ces lieux intrigants, la petite décide de rentrer dans le monument, visiblement construit par Dario Argento ou Mario Bava puisque l’on retrouve les éclairages typiques des ritals. Du bleu, du vert, du rosé, tout y passe dans ce bien étrange endroit, au cœur duquel se tient un vieux tombeau, dont sort une ombre à la main griffue. Tétanisée, Susan ne bouge pas, tandis que l’un des employés du cimetière vient voir après elle… avant de commencer à hurler et fuir en courant en voyant le monstre, que le spectateur ne perçoit toujours pas pour sa part. Il n’ira d’ailleurs pas bien loin,  le bonhomme, vu que sa tête explose lors d’un effet spécial bien cheap puisque se résumant à une explosion de pétard dans la chevelure, avec un morceau de carbonnade qui s’envole. Mausoleum n’a pas débuté depuis dix minutes qu’il s’est finalement déjà passé beaucoup de trucs, et pour l’heure nous avons la nette sensation que Duncan est parti faire son marché dans Phantasm et Inferno ; le premier pour son ambiance dépressive et crépusculaire, le second pour sa tenue visuelle, même si la réalisation n’a bien évidemment rien à voir avec la qualité des meilleurs Argento. Car techniquement, Duncan reste a des années photoniques de ce que pouvait proposer le drogué derrière Suspiria a l’époque, même s’il peut arriver que quelques plans séduisants se fraient un chemin jusqu’à nos téléviseurs, tel ce travelling collé au plafond du mausolée et suivant la petite.

 

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Une petite que l’on retrouve bien grande et désormais âgée de la trentaine, dans une bonne condition : mariée à un brave gars (Marjoe Gortner de Starcrash et Soudain… les monstres), héritière de la fortune familiale, disposant d’un corps de rêve, Susan vit d’autant mieux qu’elle est toujours observée par un psychiatre attentif (Norman Burton, que l’on a vu dans Bloodsport, Les Diamants sont Eternels ou le premier La Planète des Singes). Ce qui s’est passé dans le mausolée ? Visiblement un mauvais souvenir n’ayant pas eu de conséquences, même si un pauvre type s’est quand même retrouvé avec le crâne vide à quelques mètres de Susan. Pas bien grave, va ! Tout va bien dans le meilleur des mondes, donc, tout du moins jusqu’à une petite sortie en boîte de nuit, où notre beauté est bousculée par un gros barbu indélicat. Et faut croire qu’il n’en faut pas plus pour réveiller le démon sommeillant en elle, car l’on capte bien vite que la vilaine bête planquée dans le sarcophage découvert vingt ans plus tôt dort désormais en Susan et lui refile des pouvoirs psychiques. Et la cocotte de faire les gros yeux au pervers peloteur lorsque celui-ci rentre dans sa voiture, immédiatement enflammée… Vous devinez la suite. Et ça continue de plus belle par la suite, le pauvre jardinier qui reluquait sa patronne sera tiré jusqu’au lit conjugal, Dame Susan jouant les félines pour mieux lui labourer le visage à l’aide d’un outil de jardin !  La brave tante qui recueillit l’enfant lorsqu’elle était orpheline ? On la fait flotter en l’air avant de lui ouvrir le torse à grands renforts de pouvoirs surnaturels ! Et c’est pas plus joyeux lors d’une virée au centre commercial, le vendeur d’art ayant refusé de lui vendre une toile moche finissant par-dessus la rambarde, empalé sur un cône en pierre (avec gouttes de sang faisant un drôle de couinement lorsqu’elles touchent le sol!). Faut d’ailleurs bien reconnaître ça à Mausoleum : ça ne lambine pas trop puisque quand ça ne zigouille pas son monde via des supplices légèrement gore, ça nique. A la grande joie des producteurs, également scénaristes, qui iront jusqu’à faire installer des gradins lors des scènes de cul montrant Robbie Bresee, histoire que tous les techniciens puissent profiter du spectacle ! D’une élégance rare…

 

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On ne s’ennuie donc guère du long de ces 90 minutes, efficaces et finalement aptes à satisfaire les envies d’un bissophage cherchant un film d’exploitation typiquement eighties, car tout est là. De la possession typée Exorciste au gore à la mode en 83 en passant par les délires psychiques chers à Carrie, les malédictions à la Poe, un monstre confectionné par John Carl Buechler (réalisateur du septième Vendredi 13) – bien cheesy comme il faut puisqu’il a des têtes de gremlins a la place des nichons – un décorum parfois gothique, du sexe pour émoustiller et de l’humour pour faire baisser la pression. Y’a donc un peu de tout, de sorte que tout un chacun peut trouver au moins un élément à son goût dans Mausoleum, même si la pratique du « film fourre-tout » est à double-tranchant. En se concentrant sur leurs ingrédients et leurs épices, les producteurs et le réalisateur oublient de nettoyer leur plan de travail et loupent le coche lorsqu’il s’agit de créer un univers. Car on n’y croit jamais, à cette histoire de famille maudite par un démon, dont les filles risquent un beau jour de se transformer en une grosse gloumoute dotée de visages dégueulasses à la place de tétons. Et ce tout simplement parce qu’aucun détail, aucun soin, n’est apporté dans le scénar’ pour crédibiliser le tout, la seule information connue étant que cela fait des siècles que le malheur de la tribu dure et que toute l’affaire est consignée dans un livre. La belle affaire ! Plus vague tu meurs, donc, et il est bien ardu de prendre peur face à une menace finalement assez basique, interchangeable avec une autre. Ca manque d’identité, tout cela, de volonté, le but étant ici de créer un simple B Movie du samedi soir que l’on oubliera après avoir pressé le bouton « eject ». Ce qui ne serait d’ailleurs pas bien grave si Mausoleum n’avait aucun potentiel, s’il n’était qu’une récréation bête et méchante. Mais en grattant un peu, on finit par trouver quelques éléments intéressants, quelques scènes sortant de l’ordinaire…

 

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Comme par exemple un climax étrange, assez mou dans les faits mais sauvé par une étrange mélancolie : le démon, vaincu, rampant péniblement jusqu’à sa tombe, tel un animal agonisant. Zarbi et en total décalage avec le spectacle qui précédait, nettement plus bas du front et uniquement concentré sur ses attributs de film d’exploitation. Un retour bienvenu à la sensibilité plus européenne de l’introduction, en somme, et un écart pris avec la série B mal foutue. Très mal foutue même par instant, comme la scène de la lévitation de la pauvre tata au torse bientôt entrouvert, ringardisée par le fait que la machine à laquelle elle est accrochée est visible comme de la merde sèche sur le cul d’un taureau. Et tout Mausoleum est finalement de cet ordre, constamment tenaillé entre une bonne idée et une exécution maladroite : le costume du diablotin n’est pas exempt de défauts (limite on voit la tirette, quoi) mais son visage est suffisamment creepy pour faire effet ; la réalisation de Duncan est gauche à en mourir et encore alourdie par un montage inégal mais on perçoit quelquefois une réelle envie de bien faire ; l’interprétation souffle le chaud et le froid, notamment chez une Bresee parfois très à sa place, quelquefois à côté de la stèle. On ressort donc de l’expérience avec un drôle de goût sur la langue, conscients que nous sommes d’avoir assisté à l’une des bisseries les plus malhabiles qui soit, tout en la trouvant fortement sympathique en même temps. Car si l’on se tape parfois le front au mur devant quelques bévues, on se prend également à stresser légèrement lors de quelques séquences plutôt flippantes, à l’atmosphère lourde. A vous de voir si le bon l’emporte sur le mauvais ou si les maladresses précipitent les valeureuses tentatives dans sa dernière demeure…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Michael Dugan
  • Scénario : Robert Barich, Robert Madero
  • Production : Robert Barich, Robert Madero
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bobbie Bresee, Marjoe Gortner, Norman Burton, Maurice Sherbanee
  • Année: 1983

2 comments to Mausoleum

  • Roggy  says:

    Si je comprends bien, c’est pas gégé mais ça peut quand même le faire 🙂

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