Immigration Game

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Un peu de politique, ça vous dit ? Comment ça, « non ! » ? Soyez rassurés, on ne va pas se pencher sur le cas Macron, pas plus que sur celui de Valls la pleureuse. Par contre, on va causer d’immigration, hein ! Mais non Toxic Crypt ne fait pas le jeu de Marine Le Pen, c’est juste que l’Allemagne vient tout juste de nous offrir Immigration Game, survival urbain prenant pour socle une actualité brûlante.

 

 

N’importe quel concessionnaire automobile (enfin, sauf chez Renaud) vous le dira : l’allemand, c’est du solide. Preuve en est faite avec la filmographie de Krystof Zlatnik, qui débuta sa carrière de cinéaste à 22 ans, enchaînant les courts avant de passer au long en 2010 avec Lys. Soit l’histoire d’une gamine se retrouvant coincée dans une centrale électrique, dont elle ressortira avec un super pouvoir, celui de se connecter aux autres formes de vie. Du cinoche indépendant plutôt discret mais qui permettra à Zlatnik de passer à la vitesse supérieure avec le court Land of Giants (2013), western fantastique où un cowboy iconique usera des arts-martiaux pour éliminer ses adversaires, tandis qu’un géant finira par apparaître. Effets spéciaux bien fichus, ralentis lors des combats, univers branché exploitation : le Krystof semble trouver sa voie, ferrée dans ce que l’on appelle par facilité le cinéma de genre. Et c’est donc assez naturellement qu’il vient se frotter au survival via le politique Immigration Game, situé dans son Allemagne natale. Et le moins qu’on puisse dire c’est que chez Angela Merkel, on prend le problème de l’immigration avec une certaine désinvolture (du moins dans le film, hein, en vrai je la soupçonne d’être nettement plus sérieuse) puisque c’est avec le concours de la télévision que se fera le tri sélectif, finalement rendu naturel. C’est bien simple : si d’aventure vous désirez devenir citoyen allemand, vous devrez traverser tout Berlin a pied en évitant les Hunters, des loubards armés de barres de fer ou de poignards venus casser de l’étranger. Si les chassés, ici nommés les Runners, parviennent jusqu’à la Tour Fernsehturm, ils seront intégrés à jamais et pourront avaler de la choucroute à chaque petit déjeuner si l’envie leur vient. Et si leur estomac tient le coup. Mais si les Hunters leur tombent dessus, la seule sentence possible sera la mort… Pas trop la came de Joe (Mathis Landwehr, également héros de Land of Giants et aussi à l’affiche du Expendables version Série B qu’est Ultimate Justice, avec Mark Dacascos et Matthias Hues), brave vendeur d’assurances ne souhaitant que le bonheur de sa petite femme Karin, justement en attente d’un heureux évènement. C’est donc bien malgré lui que le gaillard se retrouvera catapulté au centre d’Immigration Game, nom du film mais également de l’émission, un migrant pourchassé et tout juste poignardé demandant son aide. Pas du genre à fermer sa portière à ceux dans le besoin, Joe accepte de le rapprocher de la tour de la délivrance, malheureusement pour se retrouver lui aussi attaqué par une bande de jeunes brutes…

 

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Plutôt doué au combat, Jojo décide de se défendre, ce qu’il fait si bien qu’il tue accidentellement l’un des salauds à ses trousses. Grave erreur, ce délit ne lui laissant plus que deux solutions : soit il part en zonzon pour vingt longues années, soit il accepte de participer au jeu et donc tromper la mort pour embrasser la liberté. Le choix est donc vite fait pour notre héros, désireux de reprendre sa vie de tous les jours au plus vite. Mais rendu célèbre pour avoir fracassé le crâne d’un Hunter, Joe devient très vite la cible privilégiée de tous les Berlinois assoiffés de sang. Vu de loin (et un peu de près aussi, faut l’avouer), tout cela à comme un air d’Yves Boisset, car on ne peut que songer au Prix du Danger devant le script rédigé par Zlatnik lui-même, et par extension un peu à Running Man. D’ailleurs, entre la vision très réaliste de Boisset et l’aspect résolument fendard de la version Schwarzy, notre teuton ne choisit pas clairement, préférant la position centriste. Ainsi, si Immigration Game ne manquera pas de fond (on y reviendra), le métrage ne se refuse pas quelques éléments clairement hérités du cinéma grindhouse ou de la pop culture. Principalement en refilant aux Hunters des dégaines de badboys des comics-books, chaque gang disposant de ses couleurs et de son style vestimentaire, rappelant aussi bien Les Guerriers de la Nuit que la trilogie The Purge. Mais aussi en faisant d’une bonne majorité de ses protagonistes des Sammo Hung en puissance, les rixes entre chasseurs et chassés se réglant le plus souvent à coups de balayettes. Autant dire que le but du Krystof est de fournir une course contre la mort divertissante, en tout cas apte à satisfaire un public à la recherche d’un vrai survival. Ils l’auront : ça galope en rue avec toute une bande d’affreux aux fesses, ça se planque où ça peut, ça saute de ponts pour fuir plus rapidement, ça escalade des grillages, ça se pense à l’abri dans le métro… A ce niveau rien à redire, nous déplorerons juste quelques ventres mous lorsque les protagonistes s’organisent et des passages un peu trop prévisibles, tel celui de l’inévitable figure faussement bienveillante mais véritablement fourbe.

 

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Reste que le principal semble ailleurs ; soit dans le propos, une étude de la violence quotidienne, ici à chaque coin de rue et portée au rang de show télévisé. Pour sûr d’ailleurs qu’Immigration Game n’est pas franchement la meilleure publicité faite à Berlin, la capitale étant décrite comme une jungle de béton habitée par deux catégories d’animaux. D’un côté les carnassiers tuant pour le plaisir, pour l’adrénaline, se cachant derrière de prétendues opinions politiques (« Les étrangers vont nous voler et agresser nos femmes ») pour finalement faire ressurgir leurs instincts les plus primaires. De l’autre les herbivores cloîtrés derrière les rambardes de leurs balcons, observant d’un œil leurs rues devenir le théâtre de véneries sans foi ni loi ; quand ils ne jouissent pas clairement du spectacle derrière leurs écrans plats, façon Fort Boyard en plus extrême. Du sport, voilà ce que sont ces parties du chat rageur et de la souris apeurée, et c’est comme à la sortie de Rolland Garros que l’on félicite les deux partis, Hunters comme Runners. Et tant pis si les uns ne sont que d’horribles sauvages s’abattant en nombre sur des migrants le plus souvent sans défense, et les autres de pauvres gens voués à une mort certaine. Le regard de Zlatnik sur le monde est donc des plus crus, pour ne pas dire nihiliste. Guère étonnant, lui qui nous avait déjà envoyé dans la face un Das Leuchten se déroulant dans un futur totalement enveloppé dans une peur de la guerre. Pessimiste au possible, le réalisateur dévoile même l’impensable : l’un des traqueurs n’est autre qu’un ancien traqué, un ex-étranger ayant gagné le jeu et y ayant pris goût. Impossible de faire marche-arrière une fois que l’on a réveillé le tigre qui dort en nous. Tant mieux pour un Etat comptant justement sur les pulsions du peuple pour faire le ménage, tout en félicitant les gagnants pour leurs qualités de survivalistes, dès lors promus au rang de méritants, de battants. Et de valeureux citoyens capables d’affronter la vie de tous les jours et de rejoindre la grande machinerie de la société, d’en devenir un rouage solide. Plutôt noir, voire désespéré…

 

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C’est d’ailleurs là que vient le principal intérêt de ce deuxième effort longue durée, que l’on pourrait du reste prendre de haut comme une simple version low-cost des American Nightmare. Il est vrai que face à l’aspect très pimpant de la juteuse saga de Jason Blum, Immigration Game ne peut que souffrir de sa patine très digitale, les moyens n’étant clairement pas les mêmes (cela s’entend d’ailleurs, la bande-son étant parcourue de sons technoïdes franchement moches). Mais il a le bon goût de s’éloigner fortement du happy end à l’américaine, versant même dans le dérangeant le plus complet au fil de la métamorphose de Joe et de la Syrienne à ses côtés, de plus en plus inhumains. La contamination par la violence, voilà le réel sujet du présent métrage, par ailleurs rendu ultra crédible par une réalisation caméra à l’épaule et des acteurs tous très capables. La modestie de l’ensemble n’entache donc jamais le projet, dont les aspects les plus sociétaux ne sont pas non plus trop imposants pour qui craindrait de n’avoir sur son écran qu’un pensum se donnant de grands airs. Au contraire, le rythme du métrage étant bon et les séquences chocs (bien que très peu gore, sans doute dans un souci d’équilibre) sont bien présentes, tel ce meurtre d’une musulmane exécutée devant son enfant d’un an à peine, en larmes et assis au beau milieu d’une rixe meurtrière. Alors oui, il y a une esthétique très Arte TV (ce qui n’est pas un problème, par ailleurs) ; mais non, on ne va pas zapper et on profitera de la sortie du métrage, en DVD et VOD dès le 14 juin ! Mieux, on suivra le trajet de Mister Zlatnik, visiblement capable d’aller loin !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kristof Zlatnik
  • Scénario : Kristof Zlatnik
  • Production : Robert Franke, Marko Vucic, Mathis Landwehr,…
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Mathis Landwehr, Denise Ankel, Khatarina Sporrer, Simon Bubbel
  • Année: 2017

2 comments to Immigration Game

  • Roggy  says:

    Ca a l’air vraiment très bien ce film malgré le manque de moyens. Si en plus, y a un côté « The purge », c’est forcément excellent 🙂

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