La Brigandine: les dessous d’une collection

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Et la tendresse, bordel ?! Elle vient, rassurez-vous, et de la part d’un Artus Films (ou Books désormais) associé pour l’heure à Vincent Roussel, fier auteur de La Brigandine : les dessous d’une collection. Mettez vos plus beaux dessous, parfumez-vous, ingurgitez un peu de gingembre : on va la jouer sexy !

 

 

L’été s’ra chaud, l’été s’ra chaud ! Un peu qu’il le sera si d’aventure vous décidez de vous allonger sur le sable fin avec, entre vos doux coussinets, La Brigandine : les dessous d’une collection, beau parpaing avoisinant les 480 pages. Aux presses, un Artus continuant sa route vers l’édition de beaux bouquins et visiblement prêt à abandonner un temps les zombies de Mattei et Didelot, les cowboys et savants fous made in Franco de Petit, ou même les êtres se bouffant leurs propres entrailles de D’Amato et Gayraud. A la plume, Vincent Roussel, aka Vinz Orlof, bisseux à l’esprit ouvert, aussi bien dans ses pantoufles lorsqu’il est assis devant un classique à l’ancienne que devant une Série B un peu chancelante misant tout sur son sex-appeal. Pas très étonnant dès lors de le retrouver à la tête d’une entreprise visant à réhabiliter et déshabiller (après tout, c’est de circonstance) la Collection La Brigandine, née durant la fin des années 70 et sortie du groupe des Éditions Henri Veyrier. Des bouquins populaires, visant évidemment à dresser les slibards et qui firent la joie des lecteurs transpirants du début des 80’s, auxquels il avait déjà offert un article dans le Vidéotopsie 17. Alors tant qu’à faire, autant carrément sortir un livre, plonger dans les draps de ces écrits érotiques au ton pour le moins libre et, à dire vrai, difficilement imaginable de nos jours. L’intérêt semblait donc évident et les plus de 150 titres accrochés à ce catalogue rosé permettent en effet de se pencher sur de nombreux auteurs, le plus souvent masqués derrière un pseudo ; de se rouler dans des univers où les cuisses sont douces et les femmes fatales…

 

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Et les amateurs de Gore, dissection d’une collection – le beau pavé de David Didelot sur les romans cradingues que vous connaissez désormais tous – ne seront guère dépaysés devant le présent ouvrage, qui reprend une structure similaire. Après les habituelles et inévitables présentations des auteurs et une petite introduction, les hostilités débutent avec un entretien en tête-à-tête avec Frank Evrard, occasion de se pencher sur l’histoire des collections branchées sexe survenues avant La Brigandine. Une occasion que Gérard Lauve étire encore lors de l’article suivant, une nouvelle fois une historique des publications classées X ou à vocation aphrodisiaque. Le gros du livre arrive néanmoins par la suite, lorsque Roussel se penche véritablement sur la naissance de la collection, sur laquelle nous n’allons d’ailleurs pas revenir puisque de toute évidence, si le sujet vous intéresse, vous ne trouverez jamais mieux que le bouquin en question, archi-complet ! Car en plus des portraits, largement accompagnés de citations, des éditeurs derrière ces bandants grimoires, on trouve comme de juste une critique pour chaque livre. Critiques bien évidemment accompagnées de nouveaux portraits de leurs auteurs respectifs, avec lesquels Mister Roussel s’est entretenu lorsqu’il était possible de le faire. Cette partie est par ailleurs l’épine dorsale de ces Dessous d’une collection, voire même le cœur auquel tous les autres articles sont reliés. En bref, c’est un plat principal flirtant avec les 300 pages, passant de témoignages aux chroniques de livres dotés de couvertures laissant le plus souvent entrevoir de beaux tétons. Et des titres pas toujours très sérieux, également, et l’on sourira devant les Sucettes à la Nice, Des Chibres et des Lettres, Les Feux de la Crampe, Dollars ou du Cochon, Le Feu Occulte ou Un Vrai temps de tous seins. Oui, ça baisait, mais ça rigolait bien aussi !

 

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De quoi en apprendre sur de nombreux récits, aux synopsis variés. La folie capitaliste couplée à l’inceste pour L’Atour Infernale, mutants menaçant et monde apocalyptique pour Les Celtes Mercenaires, des truands kidnappeurs et tueurs de flics dans Pour une Poignée de Taulards, des meurtres sur la plage via Pelotes d’Hellènes, la science-fiction futuriste croisée au détour des Mutants de Panurge, enquête pour dénicher un maître-chanteur dans C’est pas toujours la veuve qui porte le deuil, un Paris plongé dans la pénombre et son déchainement de violences dans Fêtes de Fin Damnés,… C’est net : s’ils étaient vendus sur leurs attributs sensuels (demoiselles aux tenues affriolantes ou sans tenue sur la couverture, le mot « Plaisir » placardé en gras sur plusieurs d’entre elles,…), ces petits romans de gare n’étaient pas que des séances masturbatoires et se lançaient dans de véritables épopées encrées, dans des histoires originales ou, tout du moins, réfléchies par leurs auteurs. En somme, c’est pas tout à fait le même niveau que le porno trouvable sur Canal + à notre époque, quoi ! D’ailleurs, les auteurs avaient le stylo aussi déboutonné que les chemises de leurs héroïnes, les contraintes imposées par les dirlos de la collection étant plus que minimes. C’est bien simple, tant que le livre ne dépasse pas un certain nombre de pages et que l’on y trouvait un tiers d’érotisme, tout passe ! De quoi donner envie aux écrivains de se lâcher, car au fond quel chien ne partirait pas sprinter dans les champs alors que ses maîtres ont lâché la laisse ? Aucun ! Ainsi, si la Collection Gore est aujourd’hui regardée avec nostalgie quant à son audace dans les sévices, son imagination dans l’atrocité, eh bien La Brigandine peut fort justement être considéré comme son pendant… disons à peu près tendre ! Car comme déjà vu plus haut, on ne se refusait pas nécessairement quelques pitch dignes de bonne vieilles Série B, tel celui de Tel Père Tel Vice, voyant un chauffeur de taxi tomber dans le coma puis se réveiller plus tard avec des envies de meurtres, orchestrées par le chromosome Y que la médecine a découvert en lui. Presque du Gore, en un sens.

 

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Tout était donc permis, et une aura d’anarchie flotte sur toute cette bibliothèque, et le tempérament politique saute d’autant plus aux yeux que Vincent Roussel insiste largement sur le tempérament anarcho de cette flotte de pages. Parfois un peu trop, d’ailleurs, au risque de donner l’impression que les ouvrages en question ne peuvent être vus que sous ce prisme, pour le coup assez peu aguichant. On pardonnera néanmoins l’auteur et ses troupes tant ceux-ci savent tenir un clavier, Les Dessous d’une Collection ne souffrant d’aucun texte faible, voire même en-deçà des autres, le mariage entre écrits originaux et extraits des romans se passant même sans heurt. Reconnaissons néanmoins que le sujet ne parlera pas nécessairement à tout le monde et semble même voué à trouver place dans les étagères d’un public de niche. Ces acquéreurs seront immédiatement aux anges devant la foule d’informations et de livres dingues à découvrir ici, jamais contraires lorsqu’il s’agit de dévêtir des belles nymphes avant d’aller jouer les guerriers meurtriers ; tandis que les curieux pas franchement branchés par le sujet (et c’est mon cas, je l’avoue sans honte et sans fierté) auront sous les cils une étude parfaitement rédigée, au ton juste (on ne tombe jamais dans la branlette de neurones jouissant dans le vide) et débordant, bien évidemment, de jolies couvertures. Ainsi, si vous n’avez pas le courage de vous lancer dans la chasse aux tomes de la Brigandine, voire pas la force de tous les lire, vous voilà face à une parfaite solution de secours ! Alors passez le rideau, pour une fois c’est permis…

Rigs Mordo

 

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  • Auteur: Vincent Roussel
  • Editeur: Artus Films
  • Pays: France
  • Année: 2017

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