Horror Rises from the Tomb

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Paul Naschy perd la tête ! Mais ça ne l’empêche certainement pas de se faufiler jusqu’aux chambrées de jolies demoiselles, prêtes à se dénuder sous l’influence de ce sorcier décapité, revenu d’entre les morts pour emmerder son monde. Irrécupérable, le garnement !

 

 

On l’a dit, redit et on le redira encore : Paul Naschy aurait sans doute voulu naître avec une longue paire de canines, un gros museau de lupus, des bandelettes poussiéreuses autour des bras et deux boulons dans le cou. Oui, l’Espagnol aimait les monstres comme vous aimez votre chère môman, au point qu’après une carrière de lutteur sur les rings, notre costaud a consacré son existence entière à rentrer dans leurs peaux. Et il les incarna tous ou presque, au point de faire de sa vie une gigantesque soirée costumée, si possible du 31 octobre. Reste qu’au bout d’un moment, le tour est fait et toute l’écurie de la Universal se retrouve bien vite passée à la moulinette Jacinto Molina, véritable patronyme de notre homme, utilisé comme nom de plume. De quoi forcer Naschy à taper dans les mythes plus obscurs, dont acte en 1973 puisqu’il se dit qu’il devrait pouvoir dépoussiérer un peu Le Décapité Vivant, alias The Thing that couldn’t Die, production Universal moins connue et datant de 58. On ne change pas de puits si l’eau qu’on y trouve est pétillante… Le Paulo reprend donc à son compte cette affaire de sorcier guillotiné et revenant sur le devant de la scène 400 ans après sa mort, dans le but évident de tourmenter de nouvelles âmes, si possible féminines. Et le copain Waldemar n’oublie pas de la rebaptiser Horror Rises from the Tomb, évidemment, histoire d’éviter de facheux problèmes juridiques. Scénariste régulier, pour ne pas dire systématique, des films le voyant propulsé au rang de Monster Star ; Naschy torche donc un scénario qu’il confie à Carlos Aured, qu’il connait fort bien pour avoir tourné à plusieurs reprises avec, nottament pour L’Empreinte de Dracula, Blue Eyes of the Broken Doll ou, plus tard, La Vengenza de la Momia. Une équipe qui gagne plus ou moins, en résumé, dans tous les cas capable de fournir du petit bis low budget mais généreux, certes rendu tremblotant par quelques carences mais à la délicieuse naïveté. Sans grande surprise, c’est une fois de plus à cette catégorie qu’appartient Horror Rises from the Tomb.

 

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Toujours désireux d’agrandir sa famille visqueuse, Naschy crée donc le personnage d’Alaric de Marnac, qu’il incarne évidemment. Un beau pourri pratiquant la magie noire en compagnie de sa nénette Mabille de Lancré (Helga Liné, Les Amants d’Outre-Tombe, Terreur dans le Shangaï Express, Le Manoir de la Terreur,…), tous deux capturés par une troupe d’inquisiteurs qui ne prendront pas de gants avec leurs prisonniers. Alaric est raccourci d’une bonne tête à l’aide d’une hache tandis que Mabille est attachée à un arbre par les pieds et visiblement éventrée (la scène se déroulant offscreen, il est difficile d’être certain…). Quelques centaines d’années plus tard, Hugo de Marnac, descendant d’Alaric toujours incarné par le Jacinto, décide avec quelques amis de partir à la chasse au trésor dans son domaine, une vieille pratiquant le spiritisme les ayant convaincus d’aller jouer de la pelle sur place. Et comme de juste, tout ce qu’ils parviendront à faire, c’est réveiller la tête coupée du sataniste, dès lors pressé de retrouver le reste de son corps et ramener à la vie sa dulcinée, depuis changée en un vieux squelette en plastique. Pas bien compliqué d’ailleurs de redonner un peu de chair sur ses ossements, puisqu’il suffira de placer dans le cercueil un cadavre de jeune fille. Mais la plus simple des tâches devient très vite compliquée lorsque l’on n’est qu’une caboche tranchée, posée sur un autel en frigolite censé cacher le reste du corps de Naschy. Alors notre ensorceleur manipule quelques paysans et les amis d’Hugo, devenus la main meurtrière récoltant les corps nécessaires à la résurrection du couple maudit… Ce qui ne manque pas d’arriver, of course, sinon Horror Rises from the Tomb tiendrait de la déception ! Et décevoir son public, c’est pas trop le crédo de Paul Naschy, toujours très au fait des attentes des fans puisqu’il en est un lui-même.

 

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Sachant sans doute que les clients de sa petite épicerie risquent fort d’être également des réguliers de l’hypermarché de la Hammer, le poilu verse donc sans retenue dans le gothique sixties, raccrochant même les wagons avec la mode du film d’inquisiteurs. Ainsi, alors qu’une voix anglaise imite Vincent Price et sa diction si particulière, nous découvrons une procession de gardes et investigateurs au service de l’Eglise, escortant à travers une campagne vide et froide les fameux disciples de Satan, qui font là leur dernier voyage. Lente, pesante, cette marche funèbre de plus de quatre minutes pose une ambiance glaciale, jamais réchauffée par une quelconque bande-son, pour l’heure simplement constituée de quelques dissonances, de quelques coups de triangle ou de timides sifflements dans une flute. Seul le vent et l’écoulement d’un ruisseau frigide viennent donner un peu de vie dans cette lande au ciel gris, enveloppée par une infinie morosité. Un début très doom metal, branche la plus alourdie du heavy metal, en somme, et cette introduction aurait très bien pu servir de clip à Reverend Bizarre, Cathedral ou Saint Vitus. Pas franchement un démarrage sur les chapeaux de roue en cela que le rythme est ici celui d’un cheval amputé d’une patte, mais l’univers est posé en même temps que le climat. Aured et Naschy s’y tiendront d’ailleurs plus ou moins, respectant un décorum hérité des Anglais et des Italiens : ruines abandonnées en pleine nature, crypte souterraine éclairée à la torche, manoir reculé, forêt hivernale,… En cela, Horror Rises from the Tomb est un film de traditions, respectées à la lettre, le seul apport véritable du duo au genre étant une plus forte propension à taper dans le gore cradingue et le sexe graphique. Pas dupes des souhaits du public et de la perte de vitesse des aventures de Cushing et Lee, désormais jugées comme trop light par un public élevé au grain jeté par H.G. Lewis, les hispaniques mettent le paquet niveau sang et nudité. Ainsi, lorsque le vil de Marnac ou les hommes sous son contrôle n’ouvrent pas des cages thoraciques pour arracher les cœurs des pauvres victimes ou n’égorgent pas tout ce qui bouge à l’aide d’une serpe, c’est la perversité qui l’emporte. Ce n’est d’ailleurs pas compliqué : toutes les comédiennes ici présentes tombent la chemise de nuit à un moment ou un autre, histoire de laisser à Aured le temps de capter leurs formes naturelles. Du moins dans la version internationale, car l’espagnole était, comme souvent, bien plus prude…

 

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S’il prend pour principal modèle un Universal Monster méconnu des fifties, Molina n’oublie donc pas d’être moderne et ajoute à son récit quelques zombies, alors en passe de devenir la créature la plus en vue du cinéma d’exploitation. Suivant Romero et anticipant déjà Fulci, Aured tourne donc une séquence voyant quelques macchabées toujours en marche attaquer les héros, des morts-vivants aux yeux révulsés, aux plaies sanguinolentes et aux cheveux gras rappelant un peu ceux de L’Au-delà. D’ailleurs bien en avance sur son temps, la paire se fend également de quelques instants préfigurant du slasher, lorsqu’un paysan à la solde du jeune Hugo de Marnac se balade dans le domaine de son maître avec une serpe, attendant tapis dans l’ombre qu’une demoiselle passe à portée d’arme pour la dénuder et la massacrer. Pour une petite production latine tentant plutôt de réitérer les succès d’antan, El espanto surge de la tumba ne se débrouille donc pas trop mal pour tracer sa propre voie, Naschy disposant d’un sens certain lorsqu’il s’agit de moderniser un propos plutôt vétuste, de lui apporter une dose de « gruesome » supplémentaire. De quoi divertir sacrément, et à part quelques scènes dialoguées un peu emmerdantes et rendues difficiles à comprendre par une version anglaise ratée (mais nécessaire si on veut voir les boobs…), le métrage file à toute allure et ne se fait jamais prier pour dérouler les séquences attendues, telle celle voyant une Helga Liné dénudée déchirer le dos d’un amant malheureux. Mais comme souvent avec le père Jacinto, tout cela boite comme un vétéran de la guerre du Golf et de nombreux défauts font leur apparition, rappelant que si tout cela tient du boulot professionnel, la finition ne peut permettre à l’ami des monstres de tutoyer les Browning, Fisher, Whale et même les Peter Sasdy ou les Roy Ward Baker. Car il y a de la maladresse dans l’air, Aured ne se rendant visiblement pas compte qu’accompagner les apparitions du grand vilain Alaric de lumières rose bonbon limite sacrément son aspect evil…

 

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Il faut dire que la dégaine de Naschy prêtait déjà un peu à sourire : les cheveux longs, une vieille cape dont même Lon Chaney Jr. aurait eu honte dans les années 40, le regard trop halluciné, il fait un peu trop cliché. Et a sacrément l’air d’un con lorsqu’il n’est qu’une tronche posée dans une boîte ! Pas franchement de quoi aider notre bonhomme à paraître aussi démoniaque qu’il le voudrait, et Horror Rises from the Tomb a d’ailleurs bien du mal à obtenir l’odeur de malédiction de, par exemple, La Nuit des Diables. Dommage, l’atmosphère des débuts promettait nettement plus… Reste que l’on se retrouve tout de même avec un bon divertissement, très seventies dans l’âme et soucieux de proposer un maximum de clichés marquants (la réalisation est d’ailleurs très solide et composée de beaux tableaux), y compris en dénudant un maximum de comédiennes (coucou Emma Cohen du Mirroir Obscène).. Pas un indispensable donc, nottament à cause d’une bande-son répétant inlassablement le même main theme, mais de quoi satisfaire l’appétit un soir de pleine lune. Et si d’aventure il vous restait un peu de place, sachez que Naschy, visiblement attaché à son personnage de mage noir, a tourné lui-même une suite, nommée Panic Beats (1983). Si jamais vous êtes en manque de têtes coupées…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Carlos Aured
  • Scénario : Paul Naschy
  • Production : Modesto Pérez Redonto
  • Titre: El espanto surge de la tumba
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Paul Naschy, Helga Liné, Emma Cohen, Victor Alcasar
  • Année: 1973

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