Zipperface: Le Masque de la Peur

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De temps à autres, le brutal slasher se veut sexy. Ou tout du moins essaie de l’être, comme le rappelle Zipperace, psychokiller jouant la carte rose de l’érotisme. Pas de bol, Le Masque de la Peur n’en est pas plus élégant pour autant, et c’est rien de le dire !

 

 

Il avait beau être en perte de vitesse – voire même être tombé en panne sèche – le slasher n’en reste pas moins, en 1992, une affaire peu risquée pour les réalisateurs aux talents disons… limités. Quelques scènes sanglantes et des nanas en petite tenue, voire même sans tenue du tout, feront toujours office d’arbres aux jolis fruits cachant une forêt sans feuilles. Pas besoin d’un gros budget, de beaucoup de décors ni même de bons comédiens pour verser dans le genre, qui se suffit à lui-même. D’autant que le bissophage a cette douce tendance à vouloir ingurgiter de la Série B aussi souvent que possible, un appétit sans fin le poussant à ne pas être trop regardant sur la cuisson. Dès lors, c’est open bar pour les réalisateurs les plus médiocres, dont fait partie Mansour Pourmand, bonhomme sur lequel on ne déborde guère d’informations. On sait juste qu’il se fendit d’une petite carrière parsemée de traversées du désert en Iran, et qu’il a donc réalisé, produit et co-écrit (avec Barbara Bishop, au stylo pour quelques séries TV que personne ne matera jamais en entier comme Cybergirl ou des sous-Law and Order) Zipperface, sorti chez nous sous le titre passe-partout Le Masque de la Peur. Sans le jurer, on devine néanmoins que Pourmand a songé que pour débuter une carrière en Amérique, rien ne vaut un bon petit succès de vidéoclub, et que la mixture croisant sexe et violence fonctionne toujours auprès d’un public dont la garderie n’était autre que les légendaires drive-in. L’aventure tournera néanmoins court pour à peu près tout le monde : le Mansour ne tournera plus rien durant 18 piges (un court-métrage en 2010 et c’est tout) tandis que la firme produisant Zipperface, Shiman Productions, ne sortira plus rien de ses fourneaux. Les comédiens ? La grande majorité ne semblent pas être de grands professionnels et ne fouleront plus jamais un plateau de leur existence ! Seule la Bishop aura donc l’honneur d’avoir une carrière légère sur le petit écran, car du reste aucun talent n’aura éclot du bulbe Le Masque de la Peur, plutôt un ratage qui aura eu la chance d’avoir un bon distributeur pour sa sortie en vidéo. Soit Action International Pictures Home Video, à qui le territoire américain doit de nombreux B Movies bien cheesy comme Mission Kill  et Code Name Vengeance avec Robert Ginty, Space Mutiny avec Reb Brown, Enemy Unseen avec Vernon Wells ou encore Hellmaster avec John Saxon et David Emge. De petites conneries ringardes et plus drôles que franchement réussies, c’est certain, mais que le distributeur parvient tout de même toujours à placer sur les étals… Zipperface pourra donc être vu par des hordes de loueurs. Ils en rigolent encore…

 

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Elle a de la chance, la flic Lisa Ryder (Dona Adams, rien fait avant, rien fait après, quand ton premier rôle en est à ce stade, tu sais que t’es mal embarquée) : parce qu’elle a « tranquillisé » un preneur d’otages aviné en lui vidant un chargeur dans le dos (très Coubertin, ça !), la voilà promue inspecteur, laissant la circulation à d’autres. Et à peine la demoiselle est installée à son bureau qu’on lui colle dans la mâchoire un dossier brulant : le meurtre d’une prostituée, morte la nuque brisée à l’aide d’un fouet. Un sombre crime perpétré par un pervers tout de cuir vêtu et qui a sans doute trop visionné le premier Hellraiser puisqu’il invite les filles de joie à le rejoindre dans une vieille usine, joliment décorée de chaînes pendues dans le vide. Reste qu’il est bien emmerdé, notre chevalier du SM : alors qu’il voulait juste fesser quelques petits culs et jouer le « maître » auprès de quelques donzelles payées pour lui obéir (son plaisir ultime ? Leur faire bouffer du pâté pour clebs), voilà qu’il tue par accident une blonde récalcitrante. Et il va bien falloir offrir le même sort aux deux témoins, histoire de pouvoir continuer ses petites affaires sans que la police ne vienne éclairer ses activités avec leurs gyrophares… Et de la nécessité, on passe bien vite au plaisir, le Zipperface finissant par bien goûter ces petits massacres à la machette. Alors on recommence à tuer, au grand désarroi de la maire et de ses assistants, en pleine campagne de réélection ! De quoi foutre la pression à la pauvre Ryder, à peine débutante et déjà en charge d’une affaire loin d’être anodine puisque comptant déjà quelques morts… Et comme si ça ne suffisait pas que le grand chef de la police décide de placer un dossier épineux dans les mains d’une jeune fille à peine inspecteur depuis cinq minutes (aucune exagération ici), la Lisa est une incapable de premier ordre. Non seulement elle ne porte pas de gants lorsqu’elle touche des indices, apposant ses empreintes un peu partout (ce dont s’amuse un collègue à peine meilleur, dont on se souviendra surtout pour ses problèmes de vessie), mais en plus elle se met à coucher avec le suspect numéro 1. Soit un beau photographe ayant vu la première victime dans son studio quelques jours avant sa mort et que la police soupçonne donc légitimement. Pour vous dire à quel point le bellâtre est louche, il prétend n’avoir jamais vu la nénette décédée mais s’empresse d’aller brûler les quelques clichés qu’il a d’elle dans un tiroir ! Certes, Ryder ignore ce détail, mais de là à succomber aux avances du playboy un ou deux jours après l’avoir rencontré… Une grande professionnelle, donc, que l’enquêtrice chargée de trouver le coupable au milieu d’un casting de weirdos.

 

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Outre le fameux artiste au passé trouble, échappé d’un téléfilm érotique de M6 et disposant du portrait de la morte (tiens donc…), on croise un flic ronchon et macho qui achète de la bouffe pour chien (tiens donc bis…), un pasteur visiblement névrosé qui tente d’aider les prostituées, dont une des victimes (tiens donc re-bis…) ou un employé de la mairie travelo, ce que les condés relient aux pratiques SM de notre étrangleur (tiens donc re-re-bis…). Zipperface est ainsi un whodunit des familles, Pourmand multipliant les possibles coupables en espérant brouiller les cartes efficacement. Pas de bol, on devine l’identité du pervers débitant de la biatch au kilo dès sa première apparition, et ce malgré les tentatives, louables, d’embrouiller le spectateur. Dommage que ce soit fait avec la finesse d’un gamin de cinq ans tournant sa première adaptation Agathe Christie dans la grange de ses grands-parents, laissant les indices rouler devant la caméra, soulignant pour les teubés que nous sommes chaque détail d’une intrigue pourtant réduite à sa plus simple expression. Car elle n’a pas sorti grand-chose de son imprimante, la scénariste Barbara Bishop, l’enquête étant simple comme bonjour et résolue les doigts dans le nez (Ryder trouve le meurtrier en se déguisant en pute, ce qu’elle aurait très bien pu faire à la quinzième minute de métrage), passant d’une scène de cul qui ne ferait pas bander un gamin de onze ans se tirant pour la première fois la nouille à des passages gore assez classiques. Finalement, ce que la scénariste fait encore de mieux, c’est bâtir une œuvre réellement misogyne. Non pas parce qu’un obsédé se sert des femmes comme de vulgaires objets jetables, qu’il assassine pour sa propre jouissance (à vrai dire, cela donne plutôt une mauvaise image de la gent masculine), mais parce que les dames ici montrées sont toutes présentées comme des connes finies. On l’a vu, la Ryder ne trouverait pas un malfrat dans une prison, mais elle n’est pas la seule à passer pour un poussin tout juste sorti de son œuf, les ribaudes n’étant pas franchement mieux loties. On le remarquera dès que l’une d’elle, survivante d’une séance avec notre dominateur qu’est Zipperface, part se réfugier en pleurs chez une collègue. Et que répond cette dernière en découvrant sa copine meurtrie ? Attention, ça vaut de l’or : « Ben alors, ton copain t’as fait une sodomie ? » Génial, à un certain degré, tout comme leur petite discussion lorsqu’elles se retrouvent avec le tueur…

 

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Evidemment, se retrouver face à un client aimant se déguiser en sac poubelle géant, ça rend nerveuse la poulette ayant échappé au drame qui lui pendait au nez. « Tu es sûre que c’est pas le tueur ? » dit-elle à son amie, plus assurée, qui répond « Mais non, c’est un grand naïf, tu verras ! ». Ouais ben le grand naïf il débarque avec une machette accrochée à la ceinture, en décapite une et balance la deuxième dans le vide, lui fracassant la gueule sur le trottoir ! Autant dire qu’on s’esclaffe bien devant pareil spectacle, encore rehaussé par une version française laissant le tout plonger dans la comédie involontaire et grasse. Ainsi le son s’y met, comme si l’image ne suffisait pas ! Voire par exemple la révélation de l’identité de Zipperface, montré comme un gros bœuf lorsqu’il est dans sa tenue moulante mais en fait un gringalet une fois en dehors. Autant dire qu’on n’y croit pas un instant mais qu’on se marre bien quand même, car on tient là un véritable so bad it’s good movie ! Car rien n’est réussi dans le coin et en bon B sans le sou, la tenue visuelle de l’ensemble ne transpire jamais le Dieu Dollar, et ce malgré un certain nombre de décors favorisant la production value. Du reste, nous sommes devant un slasher/softcore rendu fun par ses dialogues ridicules, ses acteurs à côté de la plaque et sa musique ringarde ; dans une petite pelloche cheesy rigolote, quoi ! Vous voulez connaître la meilleure ? Le DVD français tente de nous faire passer le truc pour l’équivalent de Seven et Le Silence des Agneaux ! Pas sûr que les fans de John Doe et d’Hannibal Lecter vénèreront les agissements de Zipperface de la même manière, lui qui n’aura comme réelle descendance qu’une comédie musicale se foutant copieusement de sa gueule. Nommée Zipperface!!?!: The Hobo Musical, elle contient des tubes comme « Scalia Hates Lisa Rider » et « Well, I Killed Another S&M Hooker Tonight » ! Une manière de perpétuer la mémoire d’un Masque de la Peur pas très effrayant, c’est vrai, mais plutôt sympathique si l’on est dans les bonnes dispositions !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Mansour Pourmand
  • Scénario : Barbara Bishop
  • Production : Mansour Pourmand
  • Titre: Zipperface
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dona Adams, Jonathan Mandell, Richard Vidan, David Clover
  • Année: 1992

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