Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

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Foutez le camp, Power Rangers de mes deux ! Cours te raser, foutu Kong ! Pars te limer les griffes plus loin, Logan ! Et allez trimballer vos tronches de pines ailleurs, cons de xénomorphes ! Le blockbuster de l’année est descendu des étoiles, et certainement pas de l’étoile noire, et il s’appelle Les Gardiens de la Galaxie 2.

 

 

Attention, chute de petits spoilers en vue…

 

On ne va pas se mentir, s’il y avait bien un film, et un seul, que l’on attendait de voir dans la crypte toxique avec l’impatience d’un marmot faisant la file devant un parc d’attractions, c’est bien Les Gardiens de la Galaxie 2. Et pas avec notre fusil à pompe déchargé, bien au contraire : si James Gunn, bien sûr de retour à la barre, se foirait sur ce coup, il aurait été radié de l’Ordre des Jeunes Talents, et peut-être à vie. Et tant pis si ça lui collait une pression de tous les diables ! C’était de toute façon un peu de sa faute, lui qui, en 2014, débarqua de nulle-part avec dans les poches le meilleur Marvel Movie (MarMo pour les intimes), créant la surprise générale au sein des spectateurs, mais aussi du petit monde d’Hollywood. Car qui, au fond, pouvait s’attendre à ce qu’une équipe de losers comme celle des gardiens ferait la nique aux autres héros de l’écurie de Stan Lee, tous bien plus implantés dans le paysage de la pop culture ? Et Iron Man de voir son armure se faire démonter par un raton laveur, Hulk être vert de rage de se faire voler la vedette par l’à peine plus causant Groot, Thor perdre de sa badass attitude face à une Gamora autrement plus attachante, le Captain America perdre son statut de leader charismatique en croisant un Star-Lord fort en gueule, tandis que le costaud Drax s’occupait d’écrabouiller entre ses pecs les pauvres Black Widow et Hawkeye. Certes, question de ramener du flouze dans les tirelires des pontes de « la maison des idées » le premier blockbuster d’un Gunn jusque-là cantonné aux bonnes Séries B (Slither et Super, ça tuait déjà bien) ne parvenait pas à faire la nique aux Avengers et Iron Man 3 (même si, question succès, Les Gardiens de la Galaxie premier du nom dépassait d’une bonne tête les Thor et Captain America sortis jusque-là). N’empêche que question qualité, on ne pouvait guère s’y tromper, l’équipage malpoli et pensant plus à ses intérêts qu’à sauver le monde parvenant même à vaincre le pourtant déjà excellent Captain America : The Winter Soldier. En bref, l’erreur n’était plus permise pour Gunn, désormais perçu comme un tireur d’élite que l’on s’empresserait de plonger dans le goudron s’il venait à manquer sa cible. Et ce n’est certainement pas ici que l’on va lui faire de cadeaux… Coup de bol, il n’y a rien, ou si peu, à reprocher au boulot de l’ex-Troma !

 

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Pas de repos pour l’arrogant et sûr de lui Peter Quill, la froide et réfléchie Gamora, le sadique et moqueur Rocket, l’hilare et idiot Drax et l’arbuste Groot, changé en petit bonzaï gaffeur suite à son sacrifice à la fin du premier volet. Alors qu’ils ont sauvé l’univers de Ronan, véritable Schtroumpf cruel s’étant emparé d’une pierre d’infinité en vue d’enchaîner les destructions, les auto-proclamés Gardiens de la Galaxie vivent désormais de petits jobs. Pas loin d’être des dératiseurs de l’espace, ils sont appelés par le peuple des Souverains, désireux de protéger de précieuses batteries énergétiques menacées par une énorme larve spatiale, qui souhaite s’y alimenter. Et ils ne le font pas pour la beauté du geste, évidemment, le but étant de récupérer Nebula, sœur de Gamora et ancien bras droit de Ronan, récemment capturée par les clients de Quill et sa bande. Une fois le job terminé et l’asticot éradiqué, Rocket en profite pour chaparder quelques batteries, créant la colère d’Ayesha, grande prêtresse des Souverains qui envoie immédiatement sa flotte décimer nos héros. Une bataille à priori impossible à gagner mais dont se sortent néanmoins les Gardiens grâce à l’intervention de Mantis et Ego, ce dernier se présentant rapidement comme étant le père de Peter. Voilà qui tombe bien, ce dernier le cherche depuis longtemps et aimerait avoir des réponses, en premier lieu savoir pourquoi son pôpa a quitté sa môman, morte d’une tumeur au cerveau à l’entame du premier film. Pour tirer tout cela au clair, Ego propose à son fiston retrouvé de le suivre sur sa planète, qu’il a entièrement créée avec sa propre force, tandis que Rocket et Groot seront chargés de réparer le Milano, vaisseau de Quill sérieusement endommagé durant l’échange de lasers avec les Souverains, et surveiller Nebula. Sauf qu’Ayesha n’en est pas encore à son dernier mot et décide d’engager Yondu, chasseur de primes ayant aidé les Gardiens à se défaire de Ronan dans leur première aventure, pour qu’il ramène la tête de ses anciens amis devenus de nouvelles proies… Pas de bol, trop ramolli aux yeux de son équipage, Yondu est trahi par les siens et fait prisonnier en même temps que Rocket et Groot, laissant Nebula s’échapper et partir aux trousses de Gamora. Et pour ne rien arranger, il semblerait que le barbu Ego ne soit pas tout net non plus et cacherait bien des choses à Peter, auquel il apprend qu’il est un être suprême, un dieu capable de créer absolument tout ce qu’il désire…

 

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Pas évident de savoir par où commencer lorsque l’on se penche sur le berceau de Guardians of the Galaxy vol.2, ce grand enfant insolent qu’est James Gunn ayant visiblement eu la ferme intention de faire le film le plus bordelique possible et imaginable. On ne s’attardera pas plus que nécessaire sur la tenue visuelle de l’ensemble : c’est du gros blockbuster, les CGI sont bien évidemment impressionnants et c’est techniquement balèze à tout point de vue. On notera juste que, contrairement aux autres pelloches Marvel (et comme le premier en son temps), on évite une fois de plus la photographie grisâtre et tristounette qui laissait penser que Civil War fut tourné à Charleroi en Belgique, et que James Gunn a fait un petit level-up en tant que réalisateur. C’est que quelques images sont ici splendides, que ce soit lors de séquences d’action fabuleuses (Yondu et sa flèche magique sont l’occasion d’en mettre plein la vue très régulièrement, tout comme les nombreux gadgets de Rocket) ou de plans atmosphériques, tel celui montrant Gamora esseulée et assise dans un désert brulant. Presque plus Mad Maxien que Fury Road ! Bref, rien à redire à ce niveau, d’autant que chaque scène où ça bouge est parfaitement lisible, le montage ne nous la jouant pas ultra cut, esquivant donc le grand mal du blockbuster moderne. C’est bon, tout le monde a compris que personne ne sortira de la séance avec le mal de crâne qu’on se choppe tous après un Transformers ? On peut donc se concentrer sur le plus intéressant : le script. Et c’est donc là que Mister Gunn surprend et joue les sales gosses, prenant les conventions du genre par derrière pour mieux les dégager d’un coup de semelle bien placé. Il est communément admis qu’un bon MarMo débute par une scène d’action, histoire de rassurer le spectateur lambda, qui a déboursé 8 euros pour laisser ses neurones couler de ses oreilles, quant à la teneur du show proposé, espéré pétaradant. Et le poto James s’y tient : Quill, Rocket, Gamora et Drax tirent sur le fameux ver géant, lui assènent des coups de dagues ou lui balancent du plasma dans la tronche. Sauf qu’il ne la filme pas, cette incroyable séquence, préférant se concentrer sur un Groot rétréci en train de danser ou faire des conneries tout autour du combat, montré à l’arrière-plan et rendu flou. Audacieux et c’est rien de le dire, et ce ne sera d’ailleurs pas la seule innovation apportée au genre Marvelien puisque l’on observera aussi le décès, définitif, d’un personnage important et apprécié des fans. Pas vraiment une première puisque nous avions déjà fait face à une perte dans le second volet des Avengers, mais c’est sans doute la première fois qu’une mort nous touche réellement (et qu’on ne vienne pas me causer de la mère de Thor, présente 5 minutes maximum en deux films, et de l’agent je-sais-plus-comment que Loki exécute).

 

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Osé, donc, tout comme le parti de ne jamais tenter de raccrocher les wagons au reste du Marvel Universe. Bien sûr, on cite Thanos, le grand méchant des grands méchants, deux ou trois fois pour faire bonne mesure et parce qu’il est difficile de ne pas l’évoquer, mais ça s’arrête là. Ce Vol.2 ne sert jamais de rampe de lancement à quoique ce soit d’autre (là où le premier clarifiait les pouvoirs des cailloux d’infinité), si ce n’est à sa propre séquelle déjà annoncée, et ne s’embarrasse pas en indices sur la future guerre entre Thanos et les Avengers. Le réalisateur joue donc les égoïstes et n’en fait qu’à sa tête, transformant son quatrième essai en une parodie des blockbusters se prenant trop au sérieux. Il suffit de voir pour s’en convaincre le sort réservé aux Souverains, des êtres pédants, dont la couleur or souligne la supériorité, tout comme leurs aspects très maniérés. Finalement un cliché des genres SF/Fantasy, et l’on pense bien évidemment aux elfes de Tolkien et leur grandeur. Une grandeur que n’offre pas Gunn aussi facilement, l’homme n’hésitant pas à ridiculiser, lorsque l’occasion se présente, ces faux gentils n’acceptant aucun manque au respect qui leur est dû ; tout comme il se moque longuement (peut-être un peu trop) d’un certain Taserface (ou Taserfesse en français) pensant, lui aussi, à sa réputation ou son image avant toute autre chose. Une ode à la modestie représentée par des héros aux mauvaises manières, ne cessant de s’engueuler, de rire à gorge déployée ou de gaffer. Une humilité également percevable dans le récit en lui-même, débutant comme un jour comme les autres dans la vie de l’équipe de Peter Quill, Gunn repoussant au maximum les enjeux de son film, tardivement dévoilés, comme si c’était à regret qu’il se devait de créer une menace pour la galaxie, histoire de justifier le titre du film et de ses héros. De quoi éventuellement frustrer certains, et j’entends déjà venir les « Ca ne raconte rien, la menace arrive 30 minutes avant la fin ! », prêts à bondir des bouches de ceux qui se plaignaient pourtant (et à raison) que la structure du premier film était trop calquée sur une méthode ayant fait ses preuves. Pas de quoi faire frémir l’auteur d’Horribilis, qui avait sans doute moins l’intention de faire dans l’épique aux proportions planétaires (d’autres le font déjà, alors à quoi bon ?) et préfère se pencher sur ses personnages, qui donnent le ton.

 

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Et comme aucun être humain n’est caractérisé que par un trait, que par une une couleur, Les Gardiens de la Galaxie 2 ne cessera de passer d’une vibe à l’autre, quelquefois au gré de sa musicalité (l’Awesome Mix Volume 2 ne vaut pas tout à fait le premier mais tout de même, belle bande-son !), toujours en lien avec l’humeur de sa team de super-héros, elle-même tiraillée entre plusieurs sentiments. C’est que ça bouge dans les palpitants de nos vieux copains des étoiles, entre un Star-Lord ravi d’avoir trouvé la figure paternelle tant attendue, une Gamora en proie à des soucis familiaux puisque Nebula veut l’éliminer (mais en fait elle-même veut surtout que sa sœur s’occupe d’elle), un Rocket trop fier pour laisser ses sentiments éclore, un Yondu tentant de retrouver son honneur perdu et une Mantis ne sachant finalement que choisir entre la fidélité à son maître et son attrait pour ses nouveaux amis. Si ce n’est Drax, dont l’évolution était pour ainsi dire déjà arrivée à terme dans le premier opus et ici résumé à un élément humoristique (puisqu’il combat à peine et ne participe superficiellement à la bataille finale !), tous ont avancé, sont devenus de meilleures personnes lorsque le générique de fin débarque à grand renforts de séquences post-générique. Le message est d’ailleurs clair et rabâché à longueur de dialogues – parfois un peu longs mais toujours intéressants grâce à la qualité des persos et leurs interprètes – ou d’images (l’ennemi à abattre est un cerveau géant) : ne réfléchissez pas et suivez votre cœur. Une symbolique sucrée datant sans doute de la préhistoire et dont on se moquerait dans tout autre film, mais cela passe crème ici, une fois de plus parce que les personnages sont tous plus que de vulgaires silhouettes posées sur un tapis roulant, menées où le veut le scénario sans trop savoir pourquoi. C’est au contraire leur affect, leurs actes et choix qui définiront la suite des évènements : s’ils sont dans le pétrin, c’est parce que Rocket ne cesse de les mettre dans des situations pas possibles, sans doute pour vérifier s’ils vont un jour le lâcher ou au contraire lui apporter un amour auquel il ne connait rien. Si Ego met en péril l’avenir de l’humanité toute entière, c’est parce que Peter a envie de croire à ses belles paroles et refuse de s’en remettre à la plus lucide Gamora. Si Yondu en arrive à se faire trahir par les siens, c’est parce que l’image qu’il a de lui-même est sérieusement entachée et qu’il n’a dès lors plus le charisme nécessaire pour les rendre obéissants.

 

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Pas étonnant dès lors de se retrouver avec un métrage aux multiples facettes, ne cessant de passer de la joie communicative (on rigole toutes les deux ou trois minutes, au bas mot !) aux larmes (tous ces personnages souffrent, malgré les apparences, les rires de Drax cachant notamment une peine irréparable), voire même à l’effroi. Ne refusant aucune flèche à son arc, Gunn saupoudre donc son feel good movie d’une bonne pincée de cruauté, que ce soit au tournant de quelques scènes (la découverte de centaines de squelettes, la manière dont les Ravageurs de Yondu se débarrassent des leurs) ou du personnage d’Ego en lui-même. Au départ un brave papy (très bon Kurt Russell) dévoilant dans le dernier acte son véritable plan, celui de transformer l’univers entier… en lui-même ! Et ce non pas par méchanceté, mais encore une fois par supériorité, parce que c’est là son idéal, sa raison d’être. Et l’aimable badguy, toujours poli et souriant – voire franchement amusant comme lors des discussions sur son pénis ou lorsqu’il joue à la baballe avec son fils – de devenir finalement glaçant, sa hauteur, sa nature divine l’ayant changé en un être dénué de sensibilité. On s’est souvent plaint que les pelloches de Marvel avaient pour principale scorie des méchants en papier mâché, ce n’est pas le cas ici et Ego, la planète vivante, peut se vanter d’être le meilleur du lot, haut la main ! N’empêche que tout cela, on ne le voit pas tous les jours dans les grosses machines sorties du Bois-Holly, Gunn se servant de ses passages énervés (superbe séquence guerrière entre Gamora et Nebula) pour mieux planquer sous le tapis les aspects les plus singuliers de son œuvre. En somme, derrière le divertissement quatre étoiles se cache une boule d’émotions, quasiment schizophrénique tant il prend un malin plaisir à enchaîner les impulsions les plus variées, à tout mélanger dans un chaos finalement indescriptible. Un désordre par ailleurs logique et collant plus que bien aux héros, eux-mêmes prompts à partir dans tous les sens, leurs tempéraments de fous furieux finissant par jurer au sein de l’histoire en elle-même, loin de prêter à sourire à la base. Improbable équilibre que celui ici tenu par Gunn, au point que l’on se demande franchement si quelqu’un d’autre que lui serait capable de gérer cet univers si explosif (et il est permis d’avoir peur de la manière dont les Gardiens seront traités dans les Infinity War des frères Russo). Drôle de film donc, couillu au possible, et nous rappelant ce que cela fait d’aimer réellement des personnages, d’être prêt à les suivre jusqu’au bout du monde et de se taper le reste des MarMo pour leurs beaux yeux. Dans tous les cas une réussite incontestable, un chef d’œuvre hors-normes et imprévisible, ce qui est tout de même très fort pour une séquelle. Alors désolé Terminator 2, tu auras fourni un boulot d’enfer depuis toutes ces années, mais tu peux remettre ta couronne de meilleure suite jamais faite aux Gardiens de la Galaxie, désormais… Pas sûr qu’ils ne la revendront pas toute cabossée au plus offrant, mais on commence à les connaître…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation : James Gunn
  • Scénario : James Gunn
  • Production : Marvel Studios
  • Titre: The Guardians of the Galaxy vol. 2
  • Pays: USA
  • Acteurs: Chris Pratt, Zoe Saldana, David Bautista, Bradley Cooper, Michael Rooker, Vin Diesel, Kurt Russell, Karen Gillian
  • Année: 2017

3 comments to Les Gardiens de la Galaxie Vol.2

  • s  says:

    On sent bien la passion qui t’anime toujours autant pour les Gardines avec cette très belle chro ! Bon, je ne vais pas tourner longtemps autour de la bête pour te dire que j’ai préféré le premier opus. Même si le début m’a bluffé avec la séquence de Groot et la bataille en hors champ. En revanche, j’ai été moins séduit par la bande originale et par le scénario qui est vraiment trop faiblard pour développer autre chose que des séquences intimistes. Rayon satisfaction, les personnages de Rocket et Yondu sont vraiment réjouissants et même Drax est très drôle (et Groot est parfait en enfant gaffeur). Tout comme l’ensemble du film qui charrie toujours avec lui de la bonne humeur. Après, la deuxième partie et son côté larmoyant m’a sorti du film parce qu’en voulant les humaniser, il me semble que James Gunn a perdu une forme de spontanéité et d’innocence. Tu le dis entre les lignes mais il y a parfois un problème de rythme et trop d’explications. Dommage, car l’ambiance funky est toujours présente et certains gags ou caméo font plaisir (bon Stallone je sais pas trop à quoi il sert…). J’espère que le troisième opus sera encore plus dans la parodie et sera moins au sérieux 😉

  • Roggy  says:

    Je sais que j’ai « attaqué » un monument 🙂

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