Winterbeast

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Lors des fouilles bisseuses dans la vallée perdue des VHS (ou des MP4 de VHS, soyons honnêtes), on tombe de temps à autres sur de drôles d’animaux. Tel le Winterbeast, créature ni faite ni à faire chevauchée par un Christopher Thies tenant du mirage, l’homme n’ayant rien tourné ni avant, ni après !

 

 

L’époque des saintes cassettes avait cela de formidable qu’elle permettait à quiconque de tourner son petit Monster Movie dans son coin et de le vendre à qui en voulait bien. La démocratisation de la vidéo et de tout l’équipement qui va avec permit en effet à des Don Dohler et autre John et Mark Polonia de se lancer dans le business, quasiment en amateur, tandis que la soif de VHS du public, alors sans fin (et faim) dans les eighties, encourageait les éditeurs à sortir tout et n’importe-quoi. Pas forcément une période où poussa beaucoup de bons films, car qualitativement le tout restait coincé à un niveau proche de celui de la vidéo de vacanciers, mais un vent de liberté bienvenu, une manière de mettre sur un pied d’égalité les grosses machines sorties des presses hollywoodiennes et les petits tournages entre amis élevés au bon grain. Pour le meilleur et pour le pire, Terminator se retrouvait donc posé à côté de Cannibal Campout, les Indiana Jones faisaient face à The Alien Factor, les James Bond devenaient les siamois de Splatter Farm, tous égaux devant un client auquel on offrait le plus grand luxe qui soit en matière de cinéphilie : le choix. Reste que devant la somme dingue de films proposés, il fallait avoir la main heureuse et tomber sur la bonne pioche, ce que Winterbeast n’est certainement pas ! Pour nous, braves Belges et Français, la question ne se posait de toute façon pas, le seul et unique (et vous verrez que c’est heureux) essai de Christopher Thies étant resté sur le territoire des cowboys, où tout est possible. Y compris le pire, auquel appartient définitivement cette série Z sur laquelle on n’a finalement que fort peu d’informations. Tout juste pouvons-nous apprendre que le tournage débuta en 86 mais reprit en 89, pour ne sortir finalement en vidéo qu’en 92, soi-disant parce que le résultat final fut perdu pendant quelques années. On apprend également que plusieurs accessoires et monstres visibles dans le film auraient été récupérés sur le tournage d’un clip du groupe de heavy metal Dokken (que vous connaissez sans doute pour sa participation à la BO de Freddy 3, Les Griffes du Cauchemar) ! A ce stade, on ne se surprend plus de rien, et certainement pas des théories de certains chroniqueurs s’étant penché sur Winterbeast, persuadés que l’on tient là un travail d’études d’animateurs en stop-motion transformé peu à peu en long-métrage. Pas loin d’être probable, finalement, tant cette bête hivernale est décousue…

 

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A vrai dire, ça coince dès le tout premier plan du film : le générique de début, annonçant un beau Mercury International Pictures (dont la seule autre sortie fut visiblement un Indian Agent datant de 1955 !), écrit blanc sur noir… mais avec un défaut dans le fond sombre permettant d’admirer des lignes blanches aux extrémités de l’écran, et même un début de décors à droite ! Ca commence donc fort : Winterbeast n’a pas débuté depuis un putain de quart de seconde qu’il affiche déjà fièrement ses boutons à la face d’un monde au bord de la nausée. Et ça ne va certainement pas faiblir par la suite, voire même débuter réellement sur les chapeaux de roue lors de la première scène, celle voyant un flic moustachu arriver dans une pièce pour y rejoindre un type assis dans la pénombre. « Hello, are you alright ? » dit le premier, le second répondant simplement « yeah »… avant de dévoiler son visage, à moitié déformé par on ne sait quoi, comme si un vagin géant ou des ovaires venaient de pousser sur sa joue ! Ce qui ne l’empêche pas de sourire, visiblement fier de son look, tout en se retirant d’épais lambeaux de chair de son ventre, entrouvert. Tant qu’à faire… Evidemment affolé, le keuf se met à hurler (en surjouant à mort, je vous rappelle qu’on est dans de l’ultra Z tourné avec la famille ou les voisins) tandis que surgit de nulle-part une espèce de… truc… Un monstre en fait, chauve et avec un visage de débile, muni de deux tentacules de pieuvres qu’il lève et rabat beaucoup trop rapidement, signe d’une stop-motion foirée. Car oui, on utilise la pâte à modeler pour faire vivre les chimères chez Thies, mais autant vous prévenir, Ray Harryhausen ne va pas seulement se retourner dans sa tombe, il va carrément y faire du breakdance. Car la bestiole a beau avoir été animée image par image, on a surtout l’impression qu’une main invisible la fait trembloter dans tous les sens, au point qu’on se demande si ce foutu démon n’est pas en train de nous faire une petite crise d’épilepsie. Où tout cela nous mène ? Nulle-part puisque le policier finit par se réveiller en sueur dans son lit, tout cela n’étant qu’un bien vilain cauchemar… Ouf, se dit le spectateur, soulagé de ne pas avoir à reluquer plus longtemps cette poupée montée sur ressorts. Qu’il ne se réjouisse pas trop vite car, sans crier gare, le film passe soudainement à une scène forestière, un pauvre zig’ étant adossé contre un arbre tandis qu’un crâne de démon et la colonne vertébrale qui y est attachée sortent de son bide ! La scène est courte, si brève qu’elle donne l’impression d’avoir été placée là par erreur lors du montage. Non pas que ça nous étonnerait, hein… Reste qu’en 2 minutes 50, on en a déjà vu plus qu’espéré et on flaire le gros, le très gros poisson.

 

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Après, ça se calme légèrement pour tenter de créer un début d’intrigue, ce que Christopher Thies ne parvient jamais à faire, la faute à un assemblage de scènes visiblement supervisé par un singe, et pas un malin ! Ainsi, on apprend qu’un type a disparu dans la montagne et que notre ranger aux mauvais rêves aimerait bien le retrouver, d’autant qu’une demoiselle fut découverte blessée dans les parages et qu’elle semble avoir été attaquée par on-ne-sait-quoi. Dit comme ça, ça semble pas bien compliqué et on reste finalement dans les eaux d’un Jaws ou d’un Grizzly. Mais à l’écran, c’est une autre paire de manches et même des prémices aussi basiques sont rendues incompréhensibles par une mise-en-scène inexistante et une prise de son calamiteuse. Faut dire, les personnages eux-mêmes semblent finalement peu concernés par ces disparations, nos forces de l’ordre passant tout leur temps à mater des magazines pornos, quand ils ne traitent pas de bouseux sortis de Délivrance ceux qu’ils sont censés protéger. De grands finauds, en somme, qui finissent par aller trouver l’inévitable gus important du coin, ici un sous-Malcolm McDowell aux cheveux blancs et à la coiffure de Playmobil, tenancier d’un hôtel. Un lieu de vacances que les autorités aimeraient boucler le temps que les choses se calment et que l’on découvre enfin quel mal ronge la forêt… Pas trop du goût de l’homme d’affaire, évidemment, qui comme dans tout film branché attaque animale/monstrueuse va tout faire pour garder ses touristes sous la main. Comme d’hab’ ! Reste que pendant ce temps-là, ça se déchaîne dans les bois, les promeneurs étant attaqués par une faune très variée. On croisera, pêle-mêle, une espèce d’arbre vivant, un machin ressemblant à un alien mais avec plusieurs bras, un totem vivant, un poulet de la taille du poulailler, un énorme lézard ou encore une grenouille poilue avec des olives en guise d’yeux (je vous décris ça comme je peux, hein). Et je peux vous dire qu’ils sortent pas de La Vallée de Gwangi, ces enculés-là (même si le coq et l’iguane sont bien foutus), en fait des monstres issus d’un portail vers l’autre-monde tel que le conçoivent les indiens. Rah, quel est l’enfoiré qui a oublié de fermer la porte des enfers derrière lui ?!

 

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Le gérant de l’hôtel, bien évidemment, à priori désireux de contrôler les démons pour on ne sait trop quelle raison. Sans doute car il est juste très méchant et un peu cinglé… Après tout, il garde chez lui des cadavres et se ballade avec un masque de clown sur la gueule, quand il n’éclate pas d’un rire sardonique lorsqu’il révèle son plan à la police, pas suffisamment conne pour ne pas remonter jusqu’au félon. On ne peut cependant pas dire que sa dévotion envers le Malin sera bien récompensée puisqu’il finit par cracher du feu avant de voir sa tête exploser en étincelles. Encore un qui aurait mieux fait de rester dans son sac de couchage ce jour-là, comme les rangers, tout à tour tués par l’iguane géant venu décapiter un malheureux, ou cette pauvre demoiselle qui tombe devant une tombe dont sort le schtroumpf zombie. Vous pensiez que les morts-vivants du Dawn of the Dead de Romero avaient un peu trop l’air de sortir d’un champignon ? Attendez donc de voir celui-ci, carrément tombé dans un pot de peinture ! Mais tout cela, ce n’est que des mies de pain face à la grosse brioche arrivant dans le dernier acte, le démon en chef, le winterbeast du titre. Soit le crâne sorti d’un nombril en début de pelloche, depuis devenu un sauvage à mi-chemin entre Ronnie James Dio, Satan et une sorcière. Le tout avec des guenilles en guise de fringues et quelques ossements pour faire un collier de joli-cœur, parce que tout de même, on peut sortir de Pandémonium et être coquet. Assez peu sympathique, il se met à agresser les héros, qui se débarrasseront tout de même de lui en tirant dans un grigri en forme de crâne, faisant cramer le malotru sorti des ténèbres. Et les autres horreurs ? Pas de nouvelle, bonne nouvelle ! On en entendra en effet plus parler et l’on supposera que liquider le chef de la bande suffit à renvoyer les autres d’où ils viennent, attendre une explication de Winterbeast étant de toute façon aussi judicieux que de coller sa bite dans un mixeur : on n’en sort pas gagnant.

 

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Alors, so bad it’s good, le machin de Thies ? Ce serait trop beau, et s’il y a ici de quoi s’amuser (faux raccords en pagaille à l’horizon, avec même un acteur qui change de vêtements lors d’une scène !), il y a surtout de quoi roupiller sévère. C’est qu’entre deux attaques des gloumoutes en plasticine, il ne se passe rien si ce n’est d’interminables discussions, toutes filmées lors de plans fixes de plusieurs minutes. Le champ/contre-champ, encore trop complexe pour le pauvre Christopher, il faut croire… On ne s’amuse donc que par intermittence devant Winterbeast, qui nécessitera une télécommande en état de marche et aux piles neuves pour pouvoir accélérer le calvaire et se contenter des séquences avec les monstres, pour la plupart merdées dans les grandes largeurs mais évidemment sympathiques. A voir pour le croire, dans tous les cas !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Christopher Thies
  • Scénario : Christopher Thies, Joseph Calabrese
  • Production : Mark Frizzell
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tim R. Morgan, Mike Magri, Bob Harlow, Lissa Breer
  • Année: 1992

2 comments to Winterbeast

  • Roggy  says:

    Tu nous a dégoté une péloche improbable qui serait presque réussie avec presque des effets spéciaux à la Ray Harryhausen ! Foutraque et sympathique quoi 🙂

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