Venin

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Peut-être lassé des bouseux aux dents cariées tirant les pauvres autostopeuses dans leurs repaires crasseux, Tobe Hooper décida au départ des années 80 de tenter l’aventure animale via un Venin ne l’éloignant cependant guère de ses habituelles thématiques mortelles. Pas de bol pour lui, le réalisateur cassera sa tronçonneuse sur le cuir du dingo Klaus Kinski, encore une fois bien difficile à vivre…

 

 

 

Des lettres aux images, il n’y a souvent qu’un rampement de serpent, ici celui du mamba noir du livre Des serpents sur vos têtes d’Alan Scholefield, thriller chapitré que la Paramount songe à adapter dès la fin des années 70 en plaçant Sean Connery tête d’affiche. Il n’en sera rien et c’est Martin Bregman – producteur de Serpico, Scarface version Pacino et le flop interstellaire Pluto Nash avec Eddie Murphy – qui finira par chapeauter cette adaptation nommée Venom, que Paramount distribuera tout de même sur le territoire américain lors de sa sortie en salles en 82. Il peut d’ailleurs paraître surprenant de voir une major s’occuper du cas de ce qui est de nos jours perçu comme une petite Série B, dont le sort fut ensuite placé dans les mains des petites structures de Bill Lustig, via Blue Underground (pour une sortie Blu-Ray), et de Charles Band via Full Moon (pour le streaming). Mais si de nos jours ce Venin (titre français, vous l’aurez compris) se retrouve dans des catalogues très bis, assis entre les dingueries de Bruno Mattei, les coquineries de Jess Franco ou les Z vides de tout que Band balance à la chaîne ; il fut à son époque un métrage dans lequel bien des espoirs furent placés. Après tout, Bergman colla à la barre Tobe Hooper, sacré roi de l’horreur grâce à Massacre à la Tronçonneuse quelques années plus tôt, et le casting réunissait quelques pointures. Comme une Susan George rendue culte par Les Chiens de Paille, le très bon Oliver Reed (La Nuit du Loup-Garou, Trauma, Chromosome 3,…), Nicol Williamson (L’Exorciste III, Excalibur), le vétéran Sterling Hayden (Docteur Folamour, L’Ultime Razzia), Sarah Miles (Blow-Up), Michael Gough (Le Cauchemar de Dracula, Horror Hospital, Batman…) et, last but not least, un Klaus Kinski qu’on ne présente plus. Kinski qui, fidèle à sa réputation de type (trop) franc, n’hésita pas à encrer dans sa biographie que deux choix de long-métrages s’offraient à lui au même moment : Venom à gauche, Les Aventuriers de l’Arche Perdue à droite. Vous l’aurez compris, c’est le petit film à suspense montrant des preneurs d’otages être aux prises avec un serpent hautement venimeux que choisira l’Allemand, d’abord car la paye était plus importante, ensuite car il considérait que la première aventure d’Indy était imbécile et merdique. Spielberg et Lucas apprécieront l’opinion… N’empêche que tous les talents sont réunis et que rien ne devrait faire dérailler le train americano-anglais Venin, bien parti pour être un bon petit thriller à la Hitchcock. Rien sauf Kinski, évidemment…

 

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Si l’on en croit les déclarations des uns et des autres à l’époque, Hooper n’était pas au mieux de sa forme sur le tournage (qui le serait avec Klaus le dingue à bord du navire ?), rendant des rushs assez peu réussis. Tant et si bien qu’après quelques jours à peine, le réalisateur de The Funhouse lâche l’affaire, ce dont se vantera Kinski lors de la fête donnée pour la sortie du film quelques mois plus tard, fier que lui et le reste de l’équipe soient parvenus à faire démissionner le pauvre Tobe. Pas plus sympa qu’élégant… Et Bergman de se tourner du coup vers Piers Haggard, fier papa du superbe La Nuit des Maléfices et donc jugé comme apte à emballer quelques séquences pleines de frissons. Evidemment, face à une telle situation d’urgence, Haggard ne peut guère préparer ce remplacement, catapulté qu’il est dans une véritable cage aux lions. Car Reed et Kinski, déjà difficiles séparément avec les réalisateurs (le Piers révèlera que Reed ne cessait de le tester, même s’il savait faire preuve d’humour), ne peuvent pas se blairer, le premier prenant même un malin plaisir à provoquer le second. Bonne ambiance sur le tournage, donc, une atmosphère si tendue que Haggard en viendra à déclarer que le plus agréable des comédiens sur le plateau n’est autre que le reptile, pourtant un véritable condensé de poison rampant. Un serpent par ailleurs arrivé à domicile par le petit Philip, jeune asmathique d’une dizaine d’années et véritable amoureux des animaux, une passion que son grand-père (Hayden), vieil homme spécialisé dans le safari, lui a transmise. Et le gosse de commander à l’animalerie la plus proche une simple couleuvre, absolument sans danger, dans le dos de sa riche mère et ce avec la complicité de son vieux papy. Il faut dire que la maman est du genre stressée : n’ayant pas vu son homme d’affaires d’époux depuis un bon mois, elle part le rejoindre en Italie pour une semaine, ce qui la rend bien évidemment nerveuse puisqu’elle laisse derrière elle un gamin et un père dont les états de santé ont déjà été meilleurs. Trop préoccupée à l’idée que Philip puisse foutre le nez dehors, choper une crève et aggraver son asthme, la fortunée demoiselle n’en remarque pas que sa bonne à tout faire (Susan George) et son chauffeur (Oliver Reed) fomentent un mauvais coup dans l’ombre…

 

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Visiblement lassés de faire la popote, dépoussiérer les bibelots ou conduire les uns et les autres à gauche ou à droite, les deux employés se tournent vers le charismatique truand Jacmel (Kinski, bien évidemment), qui va les aider à kidnapper Philip et obtenir la rançon par la suite. Après tout, en quoi serait-ce compliqué ? Le petit est ce qu’il est et le grand-père est affaibli par une blessure récente au ventre. Un jeu d’enfants, en théorie. En pratique, le problème est tout autre : Philip décide de s’offrir une petite escapade en taxi alors que ses ravisseurs sont sur le point de poser la main sur lui, le marmot partant récupérer son reptile justement arrivé en boutique. Mais lorsqu’il revient au domicile, tout le monde se rend vite compte que le docile serpent prévu fut remplacé par un mamba noir supposé être livré à un institut de toxicologie. Et la pauvre Susan George de se faire mordre à répétition par la bête, la demoiselle décédant dans les minutes qui suivent, rendant très nerveux un Oliver Reed qui ne trouvera rien de mieux à faire que tuer un policier. Et la rue d’être très vite envahie par les flics, désormais tout autour d’une demeure Londonienne dans laquelle sont terrés deux otages, deux malfrats très à cran et un petit dragon capable de vous arracher la vie d’un coup de crocs…  On s’en doutait et ça ne loupe pas vraiment : arrivé à la hâte dans un projet déjà débuté sans lui (mais ne contenant, nous dit-on, aucun plan tourné par Hooper), Haggard ne peut réellement s’approprier le sujet. Tout ce que peut faire notre homme, c’est finalement faire au mieux, limiter la casse, soit dans ce cas-ci livrer un produit « juste » bien fait. Et c’est le cas : Venin est une réussite. Pas une majeure cependant, la faute justement à ce manque de personnalité dans la réalisation, l’ensemble se montrant presque télévisuel tant il ne s’écarte que rarement du conventionnel. Rares sont en effet les plans marquants, les scènes véritablement mémorables, et tout juste pointerons-nous de l’ongle incarné les bien rendues séquences en vue subjective du serpent, l’attaque très violente sur une Susan George elle-même vénéneuse et la conclusion, volontairement chaotique, des aventures de ce sac de vipères, avec un Kinski déchaîné montré au ralenti en bonus. Pour le reste, rien de bien notable malheureusement, même si Haggard parvient sans mal à faire monter la pression, à rendre effrayant son serpent que l’on voit assez peu. Et c’est d’ailleurs de là qu’il tire sa force : invisible, rapide, nerveux et profondément létal, il est l’assassin parfait et en remonte aux soi-disant génies du crime que sont Kinski, Reed et George.

 

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Cependant, si la bête semble leur voler la vedette niveau méchanceté, c’est le duo Kinski/Reed qui porte véritablement le film. Certes, le script est bon, voire très bon, et s’il est sans surprises, il a le mérite d’être d’une fluidité exemplaire. N’empêche que c’est tout de même aux deux acteurs que reviendront les honneurs, même si leur difficile union aurait pu être mieux traitée. Ne se connaissant pas et aimant la même femme (Susan George, donc) qui semble en manipuler un des deux (ou les deux ? On ne le saura jamais), les deux criminels ne sont pas faits pour s’entendre, rendant leurs bisbilles sur le plateau bien pratiques pour générer une tension palpable. Leader né, Kinski n’a de cesse de faire parler sa froide autorité, de gifler un Reed pour sa part agacé de n’être qu’un larbin à la solde des autres. Laquais dans son travail, il le reste encore dans le délit, complètement écrasé par une terreur germanique dont il se méfiait avant même son arrivée. Si la frustration de ce personnage prêt à exploser à tout instant se ressent dans chaque séquence le voyant présent – le moustachu étant prêt à cogner un enfant malade quand il ne se montre pas violent avec un vieillard blessé – il est tout de même dommage que l’opposition entre sa bestialité et l’intelligence de Kinski ne débouche jamais sur un drame plus épais, sur une tournure plus décisive dans le scénario. Reste que si on aurait souhaité voir le film aller un peu plus loin, nous aurons été amusés de fort belle manière et il faudrait être une sacrée fine bouche pour prétendre s’emmerder devant Venom. C’est donc validé, comme on dit à Besançon et ses alentours, et nul doute que l’on ressortira cette petite bande populaire de temps à autre pour prendre notre dose de poison tant elle est habilement menée.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Piers Haggard
  • Scénario : Robert Carrington
  • Production : Martin Bregman
  • Titre: Venom
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Klaus Kinksi, Oliver Reed, Susan George, Nicol Williamson
  • Année: 1981

2 comments to Venin

  • Roggy  says:

    J’ai un rapport particulier à « Venin » puisque c’est le premier film que j’ai vu sur Canal + un soir de 1984 ou 85. Un choc pour moi (j’étais encore tout petit) pour ce qui reste dans mes souvenirs un bon thriller. Un serpent véner et Klaus Kinski quand même 🙂

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