Evil Spawn

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La cosmétique et Fred Olen Ray, ça fait visiblement deux, voire trois ou quatre. Alors que le producteur d’Evil Spawn propose à la blonde Bobbie Bresee de faire s’envoler rides et cheveux blancs, cette dernière se transforme en un insecte mutant. Pas prête de gagner un concours de beauté avec la tronche de cloporte qu’elle se paie désormais, notre cocotte !

 

 

Que fait Fred Olen Ray lorsqu’il ne réalise pas des invasions de gloumoutes venues d’une autre dimension, avec deux rochers et trois arbres pour tout décor ? Ben il produit la transformation en femme-mite d’une ancienne starlette au bord d’une piscine, pardi ! Evidemment plutôt connu pour son propre travail, le zédard derrière Evil Toons est également un businessman n’hésitant pas à filer les commandes du Boeing sept-cent-quarante-Z à Kenneth J. Hall, pour sa part un véritable touche-à-tout du monde de l’exploitation. Réalisateur (la comédie Ghost Writer en 1989), scénariste (Puppet Master, The Tomb, Le Clown de l’Horreur), artisan des effets spéciaux (Critters, les deux premiers Ghoulies, Carnosaur, Jack Frost, Puppet Master 4 et 5) ou producteur (le Dr. Alien de David DeCoteau) : toutes les casquettes sont à la taille du Kenneth, homme de l’ombre ayant tout de même bien roulé sa bosse et à qui l’on doit un bon paquet de soirées pizza-bières devant de baveuses chimères. Un bon gus quoi, dont l’un des premiers méfaits fut Evil Spawn, remake caché du The Wasp Woman de Roger Corman. Dans les fifties, une demoiselle à la tête d’une fabrique de soins de beauté tentait la cure de jouvence et se transformait en femme guêpe (et c’est pas un compliment sur sa taille) ? Eh ben dans les eighties ce sera Lynn Roman (Bobbie Bresee de Mausoleum, Ghoulies, Prison Ship), vedette dont la carrière fait actuellement du saut sans élastique et à qui l’on propose un sérum offrant la jeunesse éternelle. « Ouagadougnouf, où est-ce qu’on signe ? » se dit Miss Bresee, qui devrait lire la notice du produit. Car en effet secondaire, il doit être noté qu’il est fort possible que la personne subissant les injections se transforme en une putain de punaise géante. D’où vient ce fameux liquide rajeunissant, d’ailleurs ? Des bureaux d’un vieux docteur (John Carradine) et son assistante (Dawn Wildsmith, alors épouse de Fred Olen Ray), des savants fous ayant récupéré une bactérie sur un vaisseau spatial revenu de la planète Venus. Et visiblement, le germe donne la possibilité de rendre son épiderme plus doux… Tout du moins avant de changer la peau en coque de cafard, évidemment.

 

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Sachant sans doute que les minutes les plus importantes d’un long-métrage sont les premières, J. Hall met le paquet lors de l’introduction en nous présentant l’un des fameux insectes extra-terrestres, que Dawn Wildsmith libérera pour qu’il parte becter un pauvre gardien de nuit. Et le pauvre homme d’être désormais zombifié, comme contrôlé par le tique qui lui sauta à la gorge quelques minutes auparavant. Et comme bien souvent, les zigotos changés en cadavres ambulants ont une dent cariée contre les vivants, qu’ils verraient bien raides entre quatre planches… Coup de bol pour notre être entre la vie et le trépas, il croise une nénette et son gus, partis à la recherche du chat de la mam’zelle, visiblement perdu dans des ruelles sombres. Et le gardien mort-vivant d’arracher le bras du jeune homme avant d’attaquer la donzelle, heureusement capable d’écraser son assaillant contre un mur avec sa bagnole. Le rapport qu’a cette scène avec la volonté de Bresee de ne plus avoir la gueule fripée comme une pomme pourrie ? Aucun ou presque, à vrai dire, ces premières minutes servant premièrement à présenter la menace, deuxièmement à caser une scène que Fred Olen Ray avait tournée quelques temps auparavant. A savoir une discussion entre Carradine et Wildsmith, un échange verbal auquel ce roublard de Ray n’a refilé que des dialogues volontairement brumeux, peu explicites. Pourquoi donc ? Tout simplement parce qu’il avait à disposition le papy John (qui fait d’ailleurs peine à voir et a tout le mal du monde à articuler ou être intelligible…) et qu’il s’était dit que ce serait toujours bon à prendre de l’avoir au générique d’un film, quel qu’il soit. Alors on lui fait dire quelques conneries adaptables à quasiment n’importe quel script, on permet à notre chère et tendre de lui donner la réplique et on se démerdera bien en salle de montage !  Un p’tit malin, le Fredo, qui a donc refilé la scène à son ami Kenneth et s’est démerdé pour encastrer ça dans son récit, s’en servant comme de prémices aux mésaventures de la Bobbie. Et Dame Blatte de s’envoyer dans les veines le jus d’insecte vénusien, que lui propose Wildsmith parce qu’elle est tout simplement une fan hardcore de cette actrice à qui le succès tourne désormais le dos. C’est sûr qu’elle lui rend un énorme service en lui permettant de se transformer en une immonde bestiole pompeuse d’hémoglobine, ça va bien relancer sa carrière ça ! Notre héroïne n’y compte d’ailleurs plus vraiment, la pauvre s’étant rendue compte que son âge avancé (dans les 35-40 berges, c’est pourtant pas la mort) la tiendra désormais éloignée du haut de l’affiche. Et histoire de se venger de son incapable d’agent, des demoiselles plus fraîches qu’elle et d’un réalisateur refusant de lui refiler le premier rôle, notre femme mûre va utiliser sa nouvelle malédiction pour zigouiller ceux qui l’ont déçue…

 

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C’est d’ailleurs là, et cela n’étonnera guère, le meilleur d’Evil Spawn, pelloche visiblement heureuse d’éjecter ses personnages dans les mandibules acérées de notre vilainie du jour. Ca arrache donc des membres, ça croque de la jugulaire, ça transperce des troncs, le tout à grand renfort de sirop de framboise projeté sur les murs avec la malice d’un gamin fier de dégueulasser ce qu’il peut. L’ennui, c’est qu’entre ce début et cette fin laissant la part belle à nos coccinelles infernales, nous n’avons pas grand-chose à mâcher. C’est que la grande majorité du métrage est concentrée sur les apitoiements de la star, lassée d’observer dans la glace son lent déclin, physique et professionnel. Guère passionnant, à plus forte raison lorsque l’on vient au domicile de Fred Olen Ray pour y voir un pur Monster Movie. Heureusement que le duo qu’il forme avec J.Hall s’offre quelques références au cinéma grindhouse, la Bresee déplorant notamment qu’on ne lui propose plus que des B Movies aussi ringards que désargentés tournés en Italie. Sympa, mais pas assez pour que l’on garde les mirettes ouvertes plus de cinq minutes, et ce malgré la présence de Forry Ackerman, créateur du mag’ Famous Monster of Filmland, qu’Olen Ray aimait bien placer dans ses Séries B. Car on s’emmerde un peu, il faut bien le dire, et ce malgré la jolie baraque utilisée, en fait celle de Bresee elle-même. Y’a pas de petites économies chez l’Oncle Fredou, on le sait depuis longtemps… N’empêche qu’il est bien difficile de s’exciter pour Evil Spawn, voire même d’en dire long tant le résultat semble sorti du même moule que les Biohazard et consorts déjà démoulés des usines Olen Ray. En plus mou du zboub, seulement… D’ailleurs, le producteur, pas toujours très honnête, n’a pas du tirer grand blé de l’aventure puisqu’il la ressortira peu après sous un autre nom et avec quelques scènes additionnelles !

 

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Ce film parallèle, c’est The Alien Within, à peu près la même chose qu’Evil Spawn avec juste une scène supplémentaire pour Ackerman, quelques séquences de flics affrontant une poupée qu’on nous présente comme une terrible créature, Gordon Mitchell assis derrière un bureau à répondre au téléphone comme une standardiste et Richard Harrison se transformant en grosse gloumoute. Rare, cette version alternative ne put être avalée dans mon magnétoscope, je ne peux donc juger de sa qualité. Reste que les quelques avis glanés sur la toile laissent entendre que le résultat est encore pire que celui d’Evil Spawn, ce qui a de quoi laisser songeur… Reste le poster, nettement plus réussi que celui d’origine, le genre d’œuvre d’art apte à faire sprinter un loueur de cassettes jusqu’à la caisse avec l’objet du délit entre les mains ! Pas de quoi gueuler au génie en se roulant au sol, donc, et c’est limite si la petite introduction du DVD n’est pas plus fun à mater que le film en lui-même. On y voit le vieux Fred, cigare à la bouche, proposer à ses fans des concours pour gagner des CD et autres DVD, présentés par une nana bien évidemment à poil, tandis que sa femme actuelle (ou de l’époque) débarque habillée en tenue SM. Et là voilà en train de fouetter de jolies demoiselles peu habillées dans une salle des tortures où l’on irait bien faire un tour… Rigolo et finalement assez révélateur de l’esprit de notre homme, juste là pour se fendre la tronche un bon coup. Dommage qu’on ne s’éclate pas toujours autant que lui…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kenneth J. Hall
  • Scénario : Kenneth J. Hall, Ted Newson, Fred Olen Ray
  • Production : Fred Olen Ray, Frank Bresee
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bobbie Bresee, Drew Godderis, Dawn Wildsmith, Fox Harris
  • Année: 1987

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