Les Mangeurs de Cerveaux

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Envie de vous délester d’un peu de matière grise ? Pas de problème, Roger Corman est dans la place ! Et même s’il n’est pas crédité, c’est bel et bien le pape du Monster Movie sans le sou que l’on trouve au poste de producteur de cette attaque de… Euh… Machins-choses ne ressemblant à rien… ?

 

 

Il a toujours eu le sens de la famille, Roger Corman. Ainsi, lorsque l’un de ses acteurs payés au lance-pierre vient le voir en lui exposant sa soudaine envie de passer derrière le moniteur, le producteur ne lui claque pas la porte sur le blair. Il en va donc ainsi de Bruno VeSota, comédien ayant posé sa tente dans les jardins d’AIP ou du père Corman puisque présent dans The Giant Leeches, War of the Satellites, The Undead ou encore The Wasp Woman. Mais en 58, cet interprète habitué aux seconds rôles (voire aux troisièmes ou quatrièmes rôles…) en a marre de se faire boulotter les orteils par les monstres et désire les dresser d’un franc coup de fouet (il avait déjà tourné, auparavant, Female Jungle). Il n’est d’ailleurs pas le seul à désirer s’échapper de son statut de tragédien puisque l’acteur Ed Nelson, là encore un employé régulier de Tonton Roger (on l’a vu dans Swamp Women, L’Attaque des Crabes Géants, Teenage Cave Man,…), désire s’essayer à la production via The Brain Eaters, qui restera son unique tentative en la matière. Puisque le tout se tournera en six jours et pour la modique somme de 26 000 dollars, Corman saisit bien vite que les risques sont minimes et que jouer les parrains de l’ombre ne lui sera guère compliqué. Il place ainsi les deux créateurs et leur film dans le giron d’AIP, le script rédigé par Gordon Urquhart (décédé en 57, soit un avant la sortie du film) semblant convaincre son petit monde. Pourtant, cette affaire de bestioles s’implantant dans le cervelet des humains pour les contrôler attirera quelques soucis à Corman lorsque le romancier Robert A. Heinlein considérera que Les Mangeurs de Cerveaux est un plagiat de l’un de ses écrits, The Puppet Masters. Et l’auteur de réclamer 150 000 dollars, soit une fortune dans l’univers d’AIP, habitué à budgéter ses films avec de la petite monnaie… Plutôt que de passer devant un tribunal et payer des sommes folles, le malin Roger affirme que la nouvelle ne fut pas connue de l’équipe du film et s’arrange directement avec Heinlein, qui accepte 5 000 petits dollars tout en refusant d’être crédité au générique d’une pelloche qu’il juge mauvaise. Tout va dès lors fort bien dans le meilleur des mondes gluants et The Brain Eaters peut suivre le parcours habituel des Séries B des fifties, passant d’un drive-in à l’autre, se voyant couplé à Earth vs. the Spider ou Terror from the Year 5000 lors des inévitables double-programmes. Car bien évidemment, comme une grosse pelletée d’œuvres de la décennie, le récit ne dure ici pas plus d’une heure…

 

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Tout débute par la petite balade en amoureux de deux jeunes gens bientôt mariés, qui découvrent bien vite que de nombreux animaux sont morts sans raison évidente dans la forêt. Plus zarbi encore, ils tombent sur un grand cône métallique sortant de terre. La bite du géant de fer ? Plutôt une sorte de vaisseau, que le scientifique Paul Kettering (Ed Nelson, qui ne se contente pas du poste de producteur et s’octroie le beau rôle, tant qu’à faire) finit par infiltrer pour se rendre compte qu’il se résume à un long tunnel étroit. Et pendant que nos laborantins font toutes les analyses possibles et imaginables, ils ratent l’important : de l’engin se sont échappés de vilaines bêtes, de petite taille et dont le grand hobby est d’aller s’implanter dans la nuque des humains pour s’immiscer dans leur cerveau. Dans le but de les commander, bien évidemment, et lancer doucement mais sûrement une invasion et se placer au sommet de la pyramide terrienne. Pas trop du goût des braves gens du petit comté voyant l’envahissement débuter, bien sûr, et hommes et femmes vont unir leurs forces pour repousser ces vilaines bêtes sans céder à la panique. Faut dire, il est bien difficile de flipper sévère devant les créatures, malgré leurs petits bruits de serpents à sonnette de mauvais poil. C’est que visuellement, ils ressemblent à des souris en plastoc, genre jouets pour vos chatons, sur lesquels on aurait collé maladroitement des tiges pour nettoyer des conduits. Hein ? On me souffle dans l’oreillette que c’est bien ce qu’utilisa Ed Nelson pour les créer : un jouet, un peu de fourrure et deux antennes, le tour est joué, notre bisserie désargentée à ses foutus monstres ! On peut donc mal de faire des cauchemars voyant ces boules de poils venir nous faire de sinistres suçons, même s’ils sont en théorie assez peu joyeux. C’est que non content de télécommander le pauvre hère auquel ils se connectent, ces saloperies le tuent à petit feu une fois qu’elles sont retirées, injectant dans ses neurones de l’acide qui changera bien vite le cerveau touché en un yaourt que même Danone n’oserait sortir… Plutôt dégueulasse dans le principe, même si bien évidemment l’époque et le manque de budget ne nous permettent pas d’observer de pauvres gus voir leur ciboulot couler de leurs narines dès qu’ils se mouchent. Pensez-vous, c’est à peine si on voit les saloperies venues d’ailleurs, présentes à l’écran 15 secondes maximum, alors du gore ? Vous pensez bien…

 

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L’effroi découlera donc plutôt du suspense dû à une menace à la fois invisible (ou très discrète, les gloumoutes étant de petite taille) et écrasante, prenant de plus en plus de terrain en se reliant à de nouveaux humains qui leur seront de suite dévoués. La peur du grand remplacement par une espèce venue du fond des âges donc, ici rampante et insectoïde, rôdant dans la nature en attente d’une proie à laquelle s’accrocher. Et ce lorsque les infectés ne les cachent pas carrément en ville, pour faire un max de victimes en un minimum de temps et donc accélérer cette pénétration de notre quotidien. Et la petite poignée de résistants de se retrouver très vite coupés du monde, standardistes et autres policiers ne faisant plus passer leurs messages au reste du pays, entrainant un isolement ne favorisant pas la survie… Le coup classique du genre, évidemment, mais toujours efficace lorsque bien écrit, ce qui est plutôt le cas ici malgré un problème de taille : le film n’a pas réellement de fin. Certes, nos combattants du mal parviennent à se débarrasser d’une bonne partie des parasites, mais il en reste de nombreux au dehors et ceux-ci restent bien actifs, implantés dans les encéphales de victimes parfois mystérieuses. On ne sait ainsi pas vraiment ce que deviennent certains habitants parasités de la bourgade, laissant penser que le film pourrait ne pas être terminé ou qu’il en manque des bouts. Certaines sources laissent sous-entendre que le métrage aurait été sérieusement raccourci pour limiter la casse juridique avec Heinlein, mais à ce stade il est tout aussi possible que la production fut à court de temps ou d’argent et ne parvint pas à conclure The Brain Eaters de manière satisfaisante. D’où le sentiment de s’avaler un camembert aux cavités parfois trop épaisses, même si le script est globalement bien construit. Ou plutôt intelligemment construit : histoire de fournir un rythme ne laissant que peu de place aux bavardages incessants (qui rendaient nerveux un Roger Corman préférant l’action à la description orale), il est décidé qu’une bonne partie du métrage sera commenté par un narrateur, en fait l’un des acteurs, Alan Jay Factor, déjà vu dans Female Jungle. Dans lequel il tenait le rôle d’un certain Dr. Urquhart. Tiens donc, exactement comme le scénariste décédé des Mangeurs de Cerveaux… On n’ira pas jusqu’à dire ici que le bonhomme n’existe pas et qu’on l’a fait passer pour mort pour éviter d’avoir à justifier du plagiat du scénario dans l’affaire Heinlein, mais tout de même, on peut se poser des questions… Surtout connaissant Corman !

 

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Mais revenons à nous boucs : un narrateur, donc, qui permet de faire avancer l’histoire en même temps que l’image, offrant à VeSota la chance d’esquiver les sempiternels échanges de théories autour d’un bureau ou entre deux tubes à essai. Ici, alors que le bon Docteur Kettering et le fils du maire (Jay Factor, justement) échangent quelques coups de poing avec les parasites, l’histoire avance par la voie sonore, permettant à l’ensemble de ne pas perdre de temps en route et s’en tenir à l’heure de métrage. Et les esprits suspicieux pourront ainsi continuer de penser qu’il manque quelques scènes ici et là et qu’il fut décidé de couvrir ce manque en s’offrant les services d’un conteur… On ne s’en plaindra de toute façon pas puisque cela permet à The Brain Eaters de servir dans l’assiette une viande sans gras et sans nerf. VeSota s’en tire d’ailleurs plutôt bien avec une caméra dans les mains et l’ensemble fonctionne, générant même un brin de tension lorsque les héros se retrouvent face à un scientifique disparu depuis des années (et joué par Léonard Nimoy !), caché dans la brume et contrôlé à son tour par les toisons vampires. Sympathique également ce final, à la fois noir (conclusion pessimiste pour deux personnages amoureux) et dynamique, mélangeant coups de feu, plan visant à électrocuter le fameux cône de fer et escalade d’un échafaudage. Franchement pas mal pour une toute petite production sur laquelle Corman ne tente même pas d’apposer son blase ! Dans le genre « gloumoutes venues d’ailleurs tentant de nous soumettre à l’esclavage, voire de nous faire chier tout court », on en a vu des nettement plus emmerdants, Les Mangeurs de Cerveaux étant un spectacle fort recevable, divertissant et une manière agréable de gâcher une heure. Alors si vous aussi vous voulez vous faire aspirer les méninges par quelques poils à antennes, il ne vous reste plus qu’à acquérir le DVD Bach Films, qui voit l’œuvre couplée au nettement moins bon L’Homme de Néanderthal.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bruno VeSota
  • Scénario : Gordon Urquhart
  • Production : Roger Corman, Ed Nelson
  • Titre: The Brain Eaters
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ed Nelson, Alan Jay Factor, Joanna Lee, Jody Fair
  • Année: 1958

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