Grace: The Possession

Category: Films Comments: 7 comments

Tout de même, quel come-back que celui du Malin et ses démons, désormais planqués derrière tous les rideaux ou draps de lit, prêts à tourmenter les âmes pures des jeunes catholiques. Avec la pauvre Grace, prude demoiselle découvrant à peine le monde et ses milles plaisirs, l’ami Lucifer vient de faire la pioche parfaite…

 

 

Sortez les crucifix, on retourne en enfer ! Enfin, si tant est que nous l’ayons quitté un jour : certes, peu après L’Exorciste et ses multiples suites ou avatars made in Italy (L’Antéchrist, Emilie l’Enfants des Ténèbres et compagnie), le phénomène se calma de lui-même, mais ces dix dernières années remirent les visites endiablées sur le devant de la scène. Et l’incube de se fritter avec le couple Warren, d’envoyer ses minions torturer les gamins en pyjama des Insidious, de se frayer un chemin jusqu’aux jupes d’Emily Rose, voire même de se frotter à quelques stars comme Anthony Hopkins. L’antéchrist superstar, en somme ! Le serpent se fait vendeur et les jeunes réalisateurs en mal de succès voient donc en lui la parfaite monture vers la renommée, la Bête leur permettant de mettre le pied à l’étrier. Il en est donc ainsi de Jeff Chan, jeune réalisateur de courts passant donc au long en 2014 avec Grace : The Possession, à ne pas confondre avec le plus dramatique Grace sorti quelques années plus tôt et mettant en scène un poupin zombifié. Pas de bébé mort-vivant-né ici mais le classique cas de possession, Méphistophélès jouant une fois de plus les petits bras en s’immisçant dans l’esprit d’une pauvre demoiselle, alors qu’il pourrait posséder un pilote de Boeing et causer de terribles catastrophes. A croire qu’il préfère les drames intimistes, notre cornu. Tout comme Sony, d’ailleurs, le géant (tout aussi diabolique depuis son reboot de Ghostbusters…) ayant fait l’acquisition du premier essai longue durée de Chan, qu’il balanca un jour dans les hypermarchés Carrefour au vil prix de 0 euros puisque Grace : The Possession fit partie d’une opération « 1+1 gratuit ». A ce tarif, on ne se pose guère de questions et on calle la galette dans le caddie entre nos canettes de Fanta agrumes et nos biscuits en forme de dinosaures, à condition bien évidemment de trouver une autre pelloche intéressante pour profiter de l’offre. On aurait d’ailleurs tort de s’en priver puisque la présente diablerie est nettement moins banale que ce que l’on aurait pu imaginer. En effet, alors qu’on se voyait déjà vidé des bidons d’eau bénite et dormir dans la sacristie, façon after party au Vatican, Jeff Chan préfère prendre ses distances avec la chrétienté. Tout en usant d’un filmage aussi particulier qu’inattendu…

 

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Car à l’image du remake de Maniac par Franck Khalfoun, c’est via une réalisation en vue subjective que sera racontée la triste histoire de Grace, jeune fille de 18 ans vivant avec sa bigote de grand-mère depuis la mort de sa pauvre maman, décédée lors de l’accouchement. Mais puisque la majorité approche enfin, il est temps pour la demoiselle de prendre le large et partir pour l’université, ses campus, ses beaux jeunes hommes et ses beer pong. Un changement de taille pour une demoiselle ayant passé ses premières années dans une campagne isolée et largement catholique. Comprendre coincée du cul, façon « rien avant le mariage, enfile cette bague de virginité autour de ton gland, Kévin »… De quoi faire tourner la tête à la pauvre Grace, d’autant que le Malin se glisse dans sa matière grise et va s’amuser à lui baiser la cervelle, lui mettant sous le nez des hallucinations faisant peu à peu flancher la gamine. A un point qu’elle finit par s’évanouir, persuadée qu’elle vient de tuer sa copine de chambrée (il n’en est bien évidemment rien), une chute lui offrant un lit à l’hôpital mais aussi un ticket de retour dans la maisonnée de mère-grand. Back to square one, comme on dit, au grand dam de notre héroïne, tombée amoureuse d’un gentil Brad lorsqu’elle était encore en ville… Qu’elle se rassure, elle n’aura pas trop le temps d’y songer une fois de retour au bercail puisque Satan ne va pas la laisser tranquille, pas plus que sa décidément très rude mémé, qui lui cache l’identité de son père, soi-disant un inconnu que personne ne connaît. De quoi donner des envies d’enquête, que nous vivrons avec les yeux de notre fébrile cocotte… Déjà passé par la case found-footage, le film de possession vire donc vers le First Person Movie, un procédé bien connu de Chan puisqu’il tourna quelques années auparavant des séquences identiques pour le First Person Shooter Call of Duty, saga vidéoludique extrêmement populaire auprès des soldats des canapés. Le pari n’est-il cependant pas risqué ? Est-il bien judicieux de transplanter un principe valant surtout pour son interactivité à un médium au contraire figé tel que le cinéma, un rollercoaster dont on ne peut choisir la trajectoire ? Pas toujours, malheureusement, et les limites de la technique apparaissent bien vite, Chan étant forcé d’en revenir constamment aux mêmes scènes, telles celles poussant Grace à aller se reluquer dans le miroir. Obligatoire pour montrer l’évolution physique de la donzelle, de plus en plus minée, moralement et charnellement, par les attaques nocturnes d’un prince des ténèbres maniant l’art du mindfuck comme personne. Quand un chirurgien démoniaque ne vient pas lui retailler le nombril, c’est son reflet dans le miroir qui se met à partir en vrille (technique ultra rabâchée encore utilisée plusieurs fois ici…) ou des visions de sa mère, bien évidemment violée, qui lui reviennent en tête. Bien gentil tout cela, et techniquement bluffant par ailleurs, mais voilà un train fantôme dans lequel on n’a déjà que trop posé nos petits culs… Alors oui, nous n’avions pas encore vécu d’exorcisme des yeux même du possédé, mais ce n’est pas parce que l’on boit notre bière de l’autre côté du verre que le goût du breuvage en est soudainement changé.

 

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N’empêche que Chan n’avait sans doute guère le choix : en plus d’être spécialisé en la matière, il faut bien admettre que c’est de cette originalité visuelle que Grace : The Possession tire son potentiel commercial, étrangement mis en sourdine sur les DVD. Si ce n’est un timide « Une histoire unique (tu parles) racontée du point de vue d’une âme possédée » ne laissant pas particulièrement deviner à quelle type de réalisation nous allons assister, silence radio sur cette vue subjective utilisée ! Pour le moins étrange. Alors le petit Jeff, coincé pour de bon dans un film vu et revu ne trouvant son intérêt que dans son atypique traitement ? Pas totalement, son scénario ayant la bonne idée d’éviter l’habituel manichéisme trouvable dans toutes les pelloches du cru, voulant qu’à l’église on est bien gentils et qu’on va sauver des âmes par paquet de douze, qu’un bon curé va débarquer tel Chuck Norris pour vaincre le Mal en lui récitant les plus beaux moments de la vie de Jésus Christ, le Spiderman de Nazareth. Si le climax ne peut s’empêcher de s’acoquiner à quelques idées reçues (exorcisme avec lévitation, brave diacre proposant son âme en échange de celle de Grace,…), force est de reconnaître que l’on ne rentre pas trop dans la soutane de L’Exorciste pour le reste, encore moins dans celle des Conjuring. Si un apprenti prêtre (Joel David Moore, vu dans la trilogie Hatchet/Butcher) vient redorer le blason de l’église, celle-ci n’est en tout cas guère mise en valeur et possède son lot de responsabilités dans le mal être de Grace. Comme prisonnière d’une petite ville où l’on n’avance que selon la volonté de Dieu, la fifille voit ses faits et gestes scrutés par sa grand-mère (Lin Shaye, toute en sévérité et donc très éloignée de son rôle de gentille chasseuse de fantômes des Insidious), persuadé que sa fille (et donc la môman de Grace) a rendu l’âme à cause de son éloignement du seigneur. Hors de question que sa petite-fille suive le même chemin et se mette à écarter les cuisses avant d’être passée devant l’autel habillée comme une glace à la vanille, d’autant que cela risquerait de ruiner la réputation de la vieille veuve. Preuve en est : le fait que Grace soit passée par la case hosto une fois à l’université a voyagé jusqu’à son coin perdu, et les braves crétins de la paroisse ne veulent dès lors plus des cookies au chocolat de sa grand-mère. Ca la fout mal, au point que l’on devine bien vite que la notoriété de sa famille importe plus que les troubles d’une teenager découvrant tout juste qu’elle a du désir bien planqué dans son entre-jambes, un fait que sa commune lui cachait, voire interdisait, depuis son plus jeune âge…

 

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Et c’est à la ceinture que l’on punira la pauvre gamine qui se masturbait dans son sommeil, poussée par un Satan prenant l’apparence du beau Brad (Brett Dier, déjà dans la peau d’un Brad dans le rigolo Projet 666 de Marcus Nispel, possession autrement moins sérieuse). Le discours est clair : certes, Belzébuth est venu ruiner la vie de Grace, mais son entourage frigide et culpabilisateur a bien travaillé le terrain, favorisant la folie naissante dans la jeune fille. Au point que l’on découvre, dans une révélation que l’on avait vu venir depuis un bon moment (mais attention spoilers quand même !), que le curé en chef de la petite paroisse n’est autre que le vil sagouin ayant violé la reum de Grace 18 piges plus tôt, un fait que cache la mémé par charité chrétienne (fin des spoilers, vous pouvez reprendre une vie normale). Plutôt noir, voire pesant, Grace profite en prime de décors situés dans une vieille bâtisse aussi lumineuse qu’un grenier sans éclairage. Une véritable prison en totale opposition à la vie estudiantine rencontrée par l’ado dans la première partie du métrage, une existence faite de soirées techno, d’aprems où l’on s’échange un frisbee et de coups de cœur sur le gazon. Pas nécessairement de la grande écriture, et il y a peu de chances que les pédants viennent un jour nous dire que l’on tient là « un beau portrait de femme », d’autant que l’actrice Alexia Fast (Fido et son zombie domestique, Jack Reacher) ne peut vraiment briller puisqu’elle est absente de l’écran 90% du temps, mais le job est fait. Pas de quoi vénérer Jeff Chan, néanmoins, que l’on félicitera principalement pour son bel épilogue, plein de promesses et plus puissant que le divertissement correct qui l’a précédé, et que l’on aimerait voir décliné en suite. S’il lit Toxic Crypt, il sait ce qu’il lui reste à faire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jeff Chan
  • Scénario : Jeff Chan, Chris Pare
  • Production : Chris Ferguson
  • Pays: USA, Canada
  • Acteurs: Alexia Fast, Lin Shaye, Joel David Moore, Alan Dale
  • Année:  2014

7 comments to Grace: The Possession

  • Evilfrex  says:

    Du même avis. La question qui me taraude est : quel est le deuxième DVD que tu a mis dans ton caddie ?

    • Evilfred  says:

      Evilfred, pas Evilfrex

  • Evilfred  says:

    Génial Tusk. De bons achats pour que dalle…

  • Roggy  says:

    Je me souviens de ce film (mais parce que tu en parles en fait) qui se laissait regarder sans trop de déplaisir, surtout avec ce procédé de caméra subjective. En tout cas, tu m’as fait bien rire avec ton « Spiderman de Nazareth »… Quant à « Tusk », tu sais ce que j’en pense, même gratuit c’est déjà trop. Soyons honnête, hormis la transformation en morse, le reste est à chier 🙂

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