Les Guerriers du Bronx 2

Category: Films Comments: 3 comments

L’est pas du genre à laisser ses canons refroidir, le père Castellari ! Ainsi, quelques mois à peine après les Guerriers du Bronx premier du nom, le courageux Enzo retourne dans les égouts et les quartiers crasseux pour y jouer du lance-flamme ! Grand bien lui en a pris, Les Guerriers du Bronx 2 est une décharge d’adrénaline comme on aimerait en voir plus souvent…

 

 

 

Vous savez comment ça marchait dans l’Italie des années 80 : si le public était chaud, on ne lui laissait pas le temps de perdre se température et on lui assénait de nouveaux coups de VHS dans la gueule. Le bon peuple voulait du zombie ? Les réalisateurs romains venaient en déverser des brouettes entières à ses pieds ! Les amoureux de Jaws n’avaient pas eu leur dose de baignade interdite ? Un tour à la piscine et les squales made in Italy étaient prêts à croquer du nudiste ! Rambo et sa suite cartonnent auprès d’une audience aux mâchoires serrées ? Et bien on va dégoupiller à la chaîne et faire péter du palmier ! En bref, on suit la mode, les envies ; et on l’a vu, ce que les amateurs de sensations fortes désiraient plus que tout en ce début des eighties, c’était du punk venu du futur, du sauvage poussiéreux et du barbare nourri à l’uranium. Du post-apo, quoi ! Dans le genre et malgré son évidente qualité, Les Guerriers du Bronx faisait quasiment office d’arnaque puisqu’aucune guerre nucléaire n’avait éclaté dans le métrage de Castellari, plutôt penché sur Les Guerriers de la Nuit de Walter Hill et ses bandes de jeunes s’échangeant les coups de talons comme d’autres s’échangent des cartes Pokemon à la récré. Pas vraiment un sous-Mad Max 2, donc, même si plusieurs éléments reliaient les œuvres, dont une imagerie largement portée sur les blousons en cuir, les jeans troués, les visages plus lavés depuis des lustres et les luttes entre des clans de chevelus. Comme de juste, Les Guerriers du Bronx fit sensation, écoulant si bien son stock et ramenant si facilement le bisseux dans les salles obscures que le producteur Fabrizio de Angelis (L’Enfer des Zombies, Zombie Holocaust, les Thunder, les Killer Crocodile) lança bien vite la machine pour une séquelle. Toujours avec Castellari à la barre, tout comme Mark Gregory, héros malheureusement moins en forme physique que sur le premier opus, pourtant vieux de quelques mois à peine. Faut croire que le jeune homme s’était bien relâché puisqu’il perdit beaucoup de muscles, au grand dam d’un Enzo particulièrement agacé par ce détail… Une veste sur les pecs et le tour est joué, personne n’y verra rien. Et comme d’habitude, on fait appel à un acteur international pour accompagner le petit et gonfler le casting, à savoir Henry Silva en badguy, tandis qu’on complète la distribution avec quelques vieux vagabonds du bis rital. Tels Romano Puppo (Robowar, 2019 après la chute de New York, Le Grand Alligator,…), Antonio Sabato (Le Tueur à l’Orchidée), Ennio Girolami (Les Nouveaux Barbares, La Mort au Large), Paolo Malco (L’Eventreur de New York, La Maison près du Cimetière,…) ou encore Giancarlo Prete (Les Nouveaux Barbares et La Mort au Large également). Des types déjà passés devant le moniteur de Castellari pour la plupart, ou qui y retourneront par la suite…

 

fuga3

 

Niveau scénar’, c’est Tito Carpi que l’on appelle à la rescousse, un gaillard ayant usé sa machine à écrire sur nombre de films populaires sortis de Rome à travers les décennies puisque nous lui devons, par exemple, Django porte sa croix et Django tire le premier (et Tarantino est bon dernier), Les Prédateurs du Futur, La Nuit des Requins, Tentacules, La Prof donne des leçons particulières ou encore Le Dernier Monde Cannibale. De la comédie qui mouille les prépuces aux festins cannibales qui font dégueuler des geysers verdâtres, le Carpi aura touché à tout, y compris à l’écriture en mode supersonique. Car il n’avait sans doute pas le droit de traîner sur Les Guerriers du Bronx 2, au récit basique de chez basique, sans doute pondu en vitesse pour rentrer dans le planning de producteurs pressés de remettre le couvert. Et il n’est cette fois point question d’une petite princesse perdue dans les décharges du Bronx mais de puissants entrepreneurs désireux de raser ces bas-fonds. Histoire de reconstruire dessus, bien sûr, ces gens de la haute tirés à quatre épingles ayant pour but de créer sur place une cité pas loin d’être futuriste. Alors on exproprie les pauvres gens vivant dans ces immeubles désaffectés, quand on ne les crame pas tout simplement au lance-flammes. Néanmoins, ces opérations meurtrières menées par le mercenaire fou Wrangler (Silva) sont régulièrement mises en péril par Trash (Gregory, donc), continuellement en train de parcourir ces rues abandonnées avec sa moto, brisant les rotules des saligauds se mettant sur sa route. Histoire de l’énerver bien comme il faut, Wrangler envoie d’ailleurs plusieurs de ses hommes en combinaison foutre le feu à ses pauvres parents, qui aiment tellement leur grand gamin qu’ils ont un gigantesque poster à son effigie dans leur cuisine. Pas sûr que je parviendrais à avaler mon riz à la mexicaine sans péter de travers avec le Gregory qui me regarde manger, mais bon, si ça leur va comme ça… Bien sûr, lorsque l’adolescent bagarreur revient à son domicile, il est fort peiné de retrouver ses vieux cuisinés façon crèmes brulées… Criant vengeance, il décide de s’allier à un autre chef de gang vivant dans les égouts et à Strike, un pro des explosifs et des missions périlleuses débordant de bonnes idées. Comme celle de capturer le président de la société voulant changer le Bronx en un salon de beauté de plusieurs pâtés de maison… Sans surprise, une fois la mission accomplie, Wrangler décide de déchainer ses hordes sauvages sur les lieux, tirant le coup de feu d’une guerre qui fera très précisément 174 morts ! Oui, ça fait un joli petit paquet de cadavres, mais faut comprendre Castellari : il est pas venu pour regarder les pigeons chier par terre et il y a fort à parier que s’il avait disposé d’une cargaison de napalm, le zig’ aurait fait bondir tout New York, où il tourne deux semaines tandis que le reste sera shooté à Rome.

 

fuga1

 

Ca ne lambine donc pas des masses dans ce pur film d’action, laissant loin derrière lui tout tricotage, ne s’embarrassant que si peu des dialogues, visiblement pour les faibles. Dans Les Guerriers du Bronx 2, on vient pour faire cracher du plomb, pour démolir des faces au tuyau d’acier, pour propulser les pauvres cascadeurs dans l’air suite à des explosions de gros pétards. En somme, on vient bomber le torse, marcher comme des durs entre les tas de pierres et les immeubles à moitié éventrés, ni plus ni moins. Inutile dès lors de chercher quelque fond que ce soit, à part une vague trame montrant les puissants s’asseoir sur le bonheur des plus miséreux, dont la vie ne tient qu’à un fil que les fortunés coupent sans une once de regret. Mais tout cela, c’est de la décoration, trois lignes de dialogues sur le champ de bataille, un pet d’hirondelle rendu inaudible par le son des mortiers. Ce n’est qu’une excuse pour tout casser, en bref ! Et tout casser, Castellari sait faire, ce Fuga dal Bronx daté 1983 jouant la carte de la frénésie, se changeant en un camion-bélier impossible à arrêter. Quand ça ne s’accroche pas à un filin pour tirer dans des culs, ça se balance des coups dans le nez ou ça fait sauter des bagnoles, le tout avec une telle fureur enfantine qu’on en oublie les petites malfonctions de l’entreprise. Comme le fait que ce demi-dieu qu’est Trash parvient à faire exploser un hélicoptère en tirant trois fois dedans ou que l’on perçoit clairement que l’une des bagnoles finissant en miettes n’est rien d’autres qu’un jouet. Who cares ? Les Guerriers du Bronx 2 est bien trop fun pour que l’on s’attache à ces quelques menus détails…

 

fuga2

 

Reste que les amateurs du premier ne seront guère dépaysés (d’ailleurs, plusieurs décors sont rigoureusement identiques), même s’ils pourraient tiquer sur cette tendance à ne jamais freiner. Allergiques à l’action bête et méchante, commencez déjà à nager à contre-courant, car vous ne trouverez ici aucune finesse à laquelle vous raccrochez, aucune psychologie sur laquelle vous penchez et aucun romantisme pour enjoliver l’ensemble. On est dans un monde de brutes, les amis, et la seule idylle naissante, entre le rustre Strike et une journaliste visiblement prête à se faire prendre entre deux bidons de lait caillé, finit avant même d’avoir débutée. Le brave Strike lui roule un gros palot, auquel elle répond joyeusement, et elle se prend une prune dans le buffet quelques minutes plus tard. Rideau sur la poésie ! Le pauvre Trash doit d’ailleurs bien se sentir seul et on remarquera que le pauvre Gregory, toujours impassible, semble traverser le film sans trop savoir pourquoi il se bat, preuve supplémentaire que les raisons importent moins que le résultat, enflammé comme un barbecue de redneck. On rigole bien donc, parce que ça ne laisse pas le temps à la braise de faiblir et parce que la VF est quelquefois fendarde (même si elle est soignée et dotées de doubleurs talentueux, une fois n’est pas coutume), surtout lorsque l’Espagnol gérant ses troupes crasseuses dans les égouts parle avec son accent sentant bon la paella, à base de « Ca souffit, ça souffit ! ». Autant dire qu’on tient là le divertissement parfait, tellement brutoooool qu’il en ferait perdre leurs poils de bite aux Sly, Arnold et autres gros saumons à queue de cheval. Amoureux des plaisirs pyrotechniques, Les Guerriers du Bronx 2 est donc taillé pour vos cartouchières !

Rigs Mordo

 

fugaposter2

 

  • Réalisation : Enzo G. Castellari
  • Scénario : Enzo G. Castellari, Tito Carpi
  • Production : Fabrizio De Angelis
  • Titres: Fuga dal Bronx
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Mark Gregory, Henry Silva, Giancarlo Prete, Paolo Malco
  • Année:  1983

 

 

3 comments to Les Guerriers du Bronx 2

  • Lemmy Lemonhead  says:

    Je passe devant le 1 et 2 en dvd toutes les semaines chez mon disquaire/dvds occazs et à chaque fois je me tâte. Mais tu m’as convaincu. Plume toujours si agréable à lire et si divertissante !
    Je fonce dès le début de semaine prochaine me prendre la paire ! ça va batailler sec dans le lecteur, « le divertissement parfait ». Je t’attends au tournant !

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>