The Lost Empire

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Avec sa centaine de films au compteur, Jim Wynorski peut se vanter de faire partie des bourreaux de travail de la Série B, notre homme enfilant parfois jusqu’à cinq ou six métrage par an. Culte, le bonhomme, et fier papa d’un premier essai méritant lui aussi l’adjectif, à savoir un The Lost Empire résumant parfaitement la carrière de son géniteur.

 

 

On les compare souvent et il y a de quoi : Jim Wynorski et Fred Olen Ray, même combat. C’est que les deux ont plaqué des boulots tranquilles (Jim venant du milieu du commerce, qui lui était visiblement profitable) pour prendre la route vers une destinée cinématographique, Wynorski passant de New York à la Californie. On le sait tous, ce grand roux dont le véritable nom est James Wnoroski acéra sa lame chez Roger Corman, pour lequel il améliorait des trailers ou façonnait de vendeuses affiches. Un beau jour, le nabab du B lui donna l’occasion de se lancer sérieusement dans le milieu en lui offrant la possibilité de réaliser un film, si toutefois il arrivait dans son bureau avec une bonne idée. Ce fut celle de Chopping Mall, en fait un pitch imaginé par Julie Corman qu’améliora Jim, le faisant passer du banal slasher dans un centre commercial au film de robots tueurs, hommage au Gog des années 50. Si c’est véritablement avec cette petite pépite du B Movie que se lança notre homme, ensuite créateur de multiples plaisirs fantastiques (Le Retour de la Créature du Lagon, Not of this Earth version eighties, Ghoulies IV, Dinosaur Island avec son compère Fred Olen Ray, Sorceress et on en passe des douzaines !), elle n’est cependant pas le début de tout. C’est que le voyage de Jim le roux débute avec The Lost Empire, petite production lancée par Henry Plitt, ancien héros de guerre, par ailleurs décoré, qui se reconvertit dans le milieu du cinoche en lançant Plitt Theatre, une chaîne de salles sombres. Pour avoir quelques facilités au niveau de la fiscalité (les fameuses « tax losses »), le brave Henry décida donc de monter un long-métrage en lequel il ne croyait pas réellement, simplement dans le but de s’éviter quelques impôts, et refila le chapeau de commandant de bord à un Wynorski bien sûr très heureux. C’est que le gaillard est un fan de la première heure du cinéma d’exploitation, nourri aux bandes montrant des extra-terrestres venir semer la pagaille dans les bourgades, des expérimentations génétiques tourner aussi mal que court et des crabes géants télépathes s’en prendre à de pauvres scientifiques (il tente d’ailleurs en ce moment de convaincre Corman de lancer un remake de L’Attaque des Crabes Géants). Autant dire qu’il ne laissa pas cet empire perdu lui passer sous le nez, lui qui le produira et en écrira le scénario. Ne sachant pas si la chance de réaliser un long-métrage se présentera à nouveau (s’il avait su à l’époque qu’il en tournerait plus de 100 !), Jim met le paquet dans The Lost Empire, qu’il goinfre de tout ce qu’il aime. Il sera alors question d’héroïnes à gros seins (l’effet spécial le moins cher du cinéma, comme il le dit toujours), de ninjas, d’un monstre immortel ayant pactisé avec Satan, d’une île isolée où l’on s’affronte à la manière des gladiateurs, de canons futuristes tirant des rayons lasers et de joyaux à retrouver dans la plus pure tradition des bandes d’aventure. Pulp à mort, donc ! Wynorski n’a donc pas peur d’en faire trop et en rajoutera même encore lorsqu’il découvrira que l’un de ses collaborateurs trimballe un costume de gorille dans le coffre de sa bagnole. Ni une ni deux, le jeune réalisateur ajoute le singe au script, se disant que ça sera toujours ça en plus !

 

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Mais un film, même de Série B, ce n’est pas que des thèmes et des masques monstrueux, c’est également un casting, si possible attractif. Pas de soucis à se faire pour le brave Jim, qui parvient à embaucher le regretté Angus Scrimm des Phantasm pour séduire le public venu du monde horrifique, et la toute en formes Raven De La Croix, que les amateurs de Russ Meyer connaissent bien pour son rôle dans Up !. Cette dernière s’impliquera d’ailleurs dans The Lost Empire autrement qu’en dévoilant ses big boobs puisqu’en plus de créer son propre costume, elle deviendra la productrice associée de Wynorski. Une affaire qui part donc bien et à laquelle on ajoutera Angela Aames (aussi bien présente dans les grosses productions comme Scarface que dans les petites, comme Chopping Mall justement), Melanie Vincz (un grand nombre de séries télévisées), Paul Coufos (Chopping Mall, Food for the Gods II,…), cette tronche de Robert Tessier (Les Grands Fonds, Starcrash, The Sword and the Sorcerer), Kenneth Tobey (It came from Beneath the Sea, le The Thing original) ou encore Angelique Pettyjohn (le Biohazard de Fred Olen Ray, chroniqué il y a peu). Comme souvent, aucun grand nom à la Al Pacino ou Robert De Niro, mais est-ce vraiment un problème pour une bobine misant tout sur son caractère ludique ? Pas là pour filmer des couples dans le besoin en train de prendre leur déjeuner dans la grisaille du quotidien, notre Wynorski, plutôt du genre à débuter son histoire sur les chapeaux de roues. Car ça ne traîne pas, quelques vils ninjas faisant leur apparition dans une bijouterie, utilisant leurs étoiles meurtrières pour assassiner le tenancier de la boutique avant de se bastonner avec quelques policiers. Dont un certain Brad, qu’ils calment d’un bon coup de dague dans le nombril après quelques échanges de coups de genous. Au même moment, quelques malfrats prennent une école en otage, un crime qui entraine l’intervention d’Angel Wolfe (Vincz), une sergente qui ne s’en laisse pas compter puisqu’elle rentre dans l’enceinte de l’établissement en moto et tire sur tout le monde, Harry Calahan style ! Le film n’est pas débuté depuis dix minutes que l’on a déjà eu deux fusillades et des ninjas jouant au yo-yo avec leurs armes, rassurant immédiatement le spectateur quant à la direction que prendra le reste de cette furie pelliculée. Evidemment, le fameux Brad n’est autre que le frère d’Angel, la jolie louve toujours fringuée comme une danseuse disco prête à nous faire un petit strip des familles. Mourant, il annonce à sa sœur que le diable existe et lui remet comme seul indice l’une des étoiles de son assassin de l’ombre, mettant Wolfe sur la bonne piste. Quelques minutes plus tard, des policiers mutiques (parce que Wynorski n’avait pas assez de fric pour les payer pour un rôle parlant, véridique) annoncent à Angel que le frangin a rendu l’âme sur son lit d’hôpital, donnant à cette dernière des envies de vengeance. Aidée par son boyfriend à moustache (Coufos) et un Asiatique nommé Charles Chang (tu le vois le coup de coude complice aux fans de Charlie Chan ?), Angel se met à enquêter…

 

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Et elle découvre que cette attaque dans la bijouterie serait liée à la légende de Chuck Lee – ainsi nommé parce que Wynorski voulait rendre hommage à Chuck Norris et Bruce Lee -, un être démoniaque ayant pactisé avec le diable pour devenir immortel. Dans le contrat avec le cornu, il est spécifié que le Chuck doit offrir une âme à Satan chaque jour. Mais il se dit aussi que cet être impossible à tuer disposerait de l’un des deux yeux de l’Avatar, nécessaires pour faire revenir un dieu dragon permettant à son maître de gouverner le monde. Une fois passé tout ce pataquès fantastique auquel personne ne comprend rien et de toute façon tout juste bon à justifier l’aspect magique du récit, on découvre enfin qu’un certain Dr. Sin Do (Scrimm) serait impliqué dans les affaires de Chuck Lee. Suffisant pour donner envie à Angel de lui rendre une petite visite. Pas si simple, cependant, Sin Do étant un gourou gérant une secte cachée sur une île perdue et où se tiendrait des jeux de gladiateurs mortels où seules les nanas canons sont autorisées. Tant qu’à faire… Pas courageuse au point de vouloir se rendre seule sur les lieux, Angel s’arrange pour être accompagnée par deux dures à cuir : l’indienne Etoile Blanche (Raven De La Croix) et la prisonnière Heather McClure (Aames), à qui elle promet la liberté si elle accepte de lui filer un coup de main. Et nos trois drôles de dames du bis de s’envoler sur la fameuse péninsule, où elles affronteront milles dangers et même le fameux Chuck Lee, présenté sous la forme d’un squelette noir tout droit sorti des enfers et tentant d’éliminer ses ennemis avec un canon laser… en forme de bite ! Techniquement, la chronique pourrait s’arrêter là tant tout le long résumé que vous venez de lire devrait suffire à vous convaincre que l’on tient ici un petit classique de la Série B décomplexée, une grosse compote faite à partir de tous les fruits préféré de Wynorski, comme on l’a dit pas du genre à avoir chez lui des VHS des plus grands classiques du cinéma d’auteur européen. Pas de prétention ou de discours social dans The Lost Empire, juste du fun, du fun et encore du fun !

 

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Comptez donc sur Wynorski pour mettre le paquet dans à peu près toutes les catégories. Vous aurez ainsi du cul en suffisance, toutes les nanas ici présentes disposant bien évidemment de flotteurs gros comme ça, qu’elles ne rechignent jamais à montrer. Pas un hasard d’ailleurs si le copain Jim a imaginé des séquences de combats en petites tenues ou dans la boue, histoire de joindre l’utile à l’agréable. Des combats il y a en suffisance également puisqu’il se passe rarement dix minutes avant qu’un malotru se prenne des coups de manchettes dans la nuque, voire que nos guerrières utilisent leurs arcs-à-flèches ou jouent aux amazones avec les épées et boucliers. Le gore ? Présent, votre honneur, puisqu’un salopiaud se retrouve avec les boules éclatées par un rayon laser, qu’un crâne est transpercé par un sabre ou qu’un monstre se voit décapité d’un bon coup de hache. Pas cracra comme les charcuteries allemandes de Schnaas et consorts, évidemment, mais largement suffisant pour donner du peps et un soupçon de méchanceté à l’ensemble, pour élever le niveau de trash attitude. Enfin, les attributs fantastiques à l’ancienne ne manquent bien évidemment pas avec cette société secrète, où tout le monde porte le capuchon et vénère un démon éternel. Le tout sur un continent corrompu, à la fois futuriste en diable et très ancré une tradition fantasy, matte painting sentant bon la peinture fraîche inclus. On termine avec une pincée d’humour (assez drôle, en plus) en dernier assaisonnement et on se retrouve avec un véritable modèle de film d’exploitation, à la générosité jamais démentie. Voire même face à la Série B parfaite, il faut bien le dire.

 

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Jamais chiant, plein d’idées et débordant de l’amour sincère de Wynorski pour tous ces sous-genres qu’il marie ici avec le sourire – et ce avec l’énergie d’un enfant – The Lost Empire sent bon la naïveté et la vigueur des premières passions, permettant sans mal au spectateur débarqué sur cet empire égaré de ne pas faire attention à l’aspect cheesy de l’ensemble. Oui les acteurs ne sont pas de grands interprètes, oui le scénario part dans tous les sens, oui la VF est ringarde (mais géniale, entendons-nous bien) et oui les combats manquent de nervosité. Mais qu’importe, on se sent comme chez nous lorsque l’on est entouré de cette mygale robotique remontant la robe de nuit de l’héroïne, de ce grand gorille jamais crédible, de ces moines vouant un culte au Mal ; d’autant que la spontanéité de l’ensemble est évidente. Plus qu’un film, ce premier essai de Wynorski (et son meilleur ? Fort probable) est une ode aux B Movies, dont il est l’un des plus beaux modèles. Indispensable, surtout si vous prévoyez une soirée entre gens de bonnes compagnie sachant que le bonheur, le vrai, se trouve ici et pas ailleurs.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Jim Wynorski
  • Scénario : Jim Wynorski
  • Production : Jim Wynorski, Bob Greenberg, Alexander Tabrizi, Raven De La Croix
  • Pays: USA
  • Acteurs: Melanie Vincz, Raven De La Croix, Angela Aames, Paul Coufos
  • Année:  1984

4 comments to The Lost Empire

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Ce n’est pas une chronique… C’est une déclaration d’amour !

  • Roggy  says:

    Super chro l’ami qui m’a donné envie de voir ce Jim Wynorski des familles avec des femmes et des épées. Un Empire qui ne sera pas perdu pour tout le monde 🙂

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