Godzilla vs Biollante

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Godzilla n’a jamais été très fleur bleue, on le sait. Mais lorsqu’on le voit se fritter avec une rose géante du nom de Biollante, on se dit qu’en plus de ne pas être romantique, le gros lézard n’est pas écolo ! Pas demain la veille qu’on le verra planter des arbres, notre iguane…

 

 

 

1984 : après neuf ans de repos, le plus célèbre des kaiju sortait de sa couette pour repartir piétiner Tokyo et ses environs via Le Retour de Godzilla, une réalisation Koji Hashimoto vendue comme un retour aux sources après les gamineries des années 70, qui voyaient le terrible dieu Zilla se changer en nounou pour gamins de primaire. Et de marche-arrière vers les origines il était bien question d’ailleurs, ce retour eighties faisant suite au premier film de Honda en balançant au caniveau toutes ses séquelles directes. Godzilla y était donc présenté comme une force de la nature dévastant tout sur son passage et appréciant particulièrement de jouer au foot avec les buildings. Good old shit, en somme ! Mais visiblement pas une bonne affaire pour la Toho, cette renaissance n’étant pas suivie par un franc succès, le film n’étant bénéficiaire que de peu… De quoi envisager l’avenir du dégueuleur de flammes atomiques avec scepticisme, et il lui faudra cinq longues années avant de pouvoir réapparaître sur les grands écrans nippons. Et sur les petits américains, HBO ne le lâchant dans les vidéoclubs qu’en 1992 et en laserdisc l’année d’après. Autant dire qu’on ne se presse plus franchement pour se faire piétiner par notre dinosaure nourri aux céréales d’uranium… D’ailleurs, comme si la Toho ne savait plus quoi faire de cette encombrante mascotte, il est décidé au milieu des années 80 de mettre à contribution le public, auquel on demande d’imaginer le scénario du prochain épisode. Une habitude au pays des sushis et du porno à tentacules, jamais le dernier à faire appel aux fans pour imaginer des boss pour des franchises vidéoludiques (les Megaman), voire dessiner des personnages à apparaître prochainement (on se souvient tous du souriant et un peu ridicule Jet Jaguar, dans la série des Godzilla justement). La seule réelle obligation : s’arranger pour que la monstrueuse vedette affronte un adversaire à sa taille. Dont acte sous la plume de Shinichiro Kobayashi, un dentiste qui a également en tête la mort possible de sa fille, point de départ d’un script plus noir et complexe que d’ordinaire, voyant notamment Godzilla se battre avec un rat mutant. Néanmoins peu faisable en l’état, le script demandera trois années de travail supplémentaires à Kazuki Omori, réalisateur/scénariste choisi et qui s’occupera de plusieurs autres opus par la suite. Un tournage rendu compliqué à cause des effets spéciaux (tentative de stop-motion peu concluante incluse) plus tard, Godzilla vs Biollante existe enfin !

 

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Et ça n’y traîne pas, d’ailleurs, puisque le métrage débute sur le combat final du film précédent, voyant le Super X, un appareil volant confectionné pour vaincre Godzilla, envoyer ce dernier au fond d’un volcan. Si le problème est temporairement réglé, il a laissé des traces, y compris ADN puisque la grosse salamandre a perdu quelques morceaux de peau dans la lutte. De quoi intéresser des mercenaires, venus jouer de la mitraillette dans les décombres pour éliminer les gêneurs et s’emparer du précieux épiderme. Pour quoi faire ? Pour ramener le tout dans une base située en pays arabes, où l’on mène des recherches sur la biogénétique en vue de créer une plante éternelle, capable de résister à la chaleur du désert et au froid polaire de ses nuits. Et quoi de mieux que les globules de l’invincible saurien pour parvenir à ces fins ? L’ennui c’est que pareille entreprise attire évidemment les convoitises et le QG de nos laborantins explose un beau matin, la fille du scientifique en chef, le Dr. Shiragami, décédant même lors de la déflagration. Pas de quoi réjouir le pauvre papa, désormais sans enfant et dont les expériences sont fichues… Temporairement du moins puisque cinq années plus tard, lui et quelques autres apprentis démiurges vont jouer à nouveau avec les tubes à essai et créer Biollante, créature au croisement entre le crocodile et la rose, un monstre contenant en son bulbe l’âme de la fille de Shiragami. Au même moment, des espèces de terroristes désirant s’emparer, eux aussi, de l’empreinte génétique de Godzilla le réveillent en faisant sauter quelques explosifs non loin du cratère rempli de magma où il faisait la sieste. Et comme de juste, un affrontement entre notre champion et le challenger Biollante se met en route, tandis que l’armée va tester leur Super X2, rendu plus efficace par l’utilisation de miroir réfléchissant les attaques ennemies… Ce qui marque d’entrée de jeu avec Godzilla vs Biollante est que, pour une fois, la principale attraction n’est pas du tout le match de catch entre deux zigotos planqués dans des costumes de gloumoutes, mais plutôt l’espionnage industriel entourant les fameuses modifications génétiques apportées aux plantes avec le concours de l’hémoglobine de Godzilla. Omori ne se cache d’ailleurs pas de ses intentions premières, moins celles de faire un Kaiju Eiga classique qu’un James Bond à la japonaise, notre homme préférant visiblement les coups de feu d’un sniper embusqué aux crachats enflammés et bleutés.

 

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De quoi décontenancer les fans de la première heure, propulsés au centre d’une intrigue plus cérébrale que par le passé, et de fait nettement plus dense. On s’y perdrait presque entre ces différents camps, d’autant qu’à cette course pour la biogénétique – éloignement bienvenu de la thématique nucléaire – on rajoute encore une vague affaire d’enfants aux pouvoirs psychiques, capables de capter les âmes ou un bordel dans le genre. Une bonne idée malheureusement mal exploitée, les 100 minutes de métrage ne permettant plus de mettre en valeur ces pourtant sympathiques scènes montrant des enfants dotés de dons cérébraux dessiner en cœur un Godzilla censé être disparu, preuve que le monstre va faire son grand retour. Ou encore plus tard, alors qu’on avait presque oublié Biollante, lorsqu’une demoiselle trace ses contours sur une machine à dessiner Sony (bonjour le placement de produit !), preuve encore une fois de son imminent come-back. Pas loin d’être flippant dans le principe, et une réalisation favorisant un peu plus la tension et moins concentrée sur ses vols d’ADN aurait sans doute accouché d’une grande scène ! Un peu dommage donc, même si l’on n’aura pas trop à se plaindre, Omori se démerdant franchement bien, respectant les codes du genre (les scènes montrant Godzilla foutre le feu au décor sont très bonnes, tout comme les combats contre Biollante, courts mais intenses) tout en offrant un ton inhabituel pour la saga. Plus horrifique, tout d’abord, avec donc Biollante, monstre à la longue liane qui n’hésitera pas à broyer les quelques agents doubles passant sous ses feuilles, le tout dans un style nettement plus glauque que ce que la franchise Gojira avait pour habitude de proposer. Image ténébreuse, éclairage sentant plus le sombre éclair que le jovial soleil : les apparitions de l’ennemi juré du jour sont aussi noires que la créature est une belle plante. Extérieurement (ne serait-ce d’ailleurs pas le plus beau monstre de la série ?) et intérieurement puisqu’en cette écorce dort l’esprit d’une malheureuse jeune fille, tuée par quelques magnats de la science désireux de mettre la main sur la bestiole en laquelle elle est désormais enfermée. Cruelle et belle ironie… Malheureusement, emporté par la dramaturgie de la situation, Omori en fait parfois trop : lors de la très poétique fin de Biollante, il ne peut s’empêcher de montrer l’âme flottante de la défunte retrouver les nuages sur lesquels St Pierre pose son vieux derche. De trop gros sabots pour un film jusque-là toujours très sensible, oui, mais aussi dans la retenue…

 

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Grande variété de tons, finalement, au sein de ce Godzilla vs Biollante, juste récalcitrant à l’idée de se montrer humoristique. C’est que la drôlerie n’a pas sa place dans ce monde fait de pères brisés, de nature viciée par les expérimentations humaines (les deux monstres, évidemment), de trahisons au fusil à lunettes et de guerres à venir via la biogénétique. Presque pessimiste, ce métrage montrant Godzilla gagner sans vraiment être victorieux, repartir dans son océan, épuisé et meurtri par un ennemi qu’il a tué sans parvenir à le vaincre réellement. Malheureusement, cette audacieuse entrée dans le monde étriqué du Giant Monster ne fonctionnera pas au box-office nippon, le public ne retrouvant sans doute pas ses petits dans cette ambitieuse Série B. Le métrage d’Omori trouvera néanmoins son public avec le temps puisqu’il fut sacré meilleur film du grand dino par un jury de fans. Belle récompense, largement méritée, pour un Godzilla pas comme les autres…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Kazuki Ōmori
  • Scénario : Kazuki Ōmori, Shinichirō Kobayashi
  • Production : Toho
  • Titre original: Gojira tai Biorante
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Kunihiko Mitamura, Yoshiko Tanaka, Megumi Odaka
  • Année:  1989

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