Burying the Ex

Category: Films Comments: 7 comments

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Les relations amoureuses, c’est jamais facile, surtout lorsque votre ex s’extrait de son cercueil pour se faufiler à nouveau dans votre lit alors que vous comptiez y accueillir une nouvelle conquête. Et ça, c’est pas moi qui le dit mais un Joe Dante lui-même largué par son ancienne épouse, la blonde Hollywood.

 

 

Comme quoi, nul trône n’est éternellement acquis ! Véritable roi des années 80 et 90 après avoir enchaîné des pépites au tendre chocolat comme Piranha, Hurlements, Gremlins, Explorers, L’Aventure Intérieure, Les Banlieusards, Gremlins 2, Panic sur Florida Beach et Small Soldiers, soit un C.V. à faire rougir de honte 99,99% du reste de la profession, Joe Dante a chuté. Pas drastiquement, car si son Les Looney Tunes passent à l’action ne fût fait pas pour plaire à tout le monde, on était loin de pouvoir parler de daube infecte (c’était même fort sympatoche). Reste que le métrage mettant en vedette Bugs Bunny et Daffy Duck fait partie des cuisants échecs, un four qui relégua Dante au placard, où il imagina The Hole 3D. Pas de bol, cette très chouette pelloche montrant des enfants affronter leurs peurs sorties d’un trou dans leur cave sortira trois longues années après son tournage, débuté en 2008. En somme, on ne croit plus en Joe Dante, forcé d’aller prêter ses services à la télévision, que ce soit pour la série horrifique Masters of Horror ou des trucs à la con façon Les Experts. Mais rien n’y fait, le fier papa de Guizmo est et restera un amoureux de la pellicule, si possible ancienne et renfermant des monstres fleurant bon le latex et le caoutchouc. Pas question d’abandonner dès lors, et cette envie lui permit de rencontrer Alan Trezza, scénariste et réalisateur d’un court nommé Burying the Ex qu’il voyait bien devenir un long. Intéressé, le copain Joe prend le projet en pogne et part en quête de financements, bien présents mais malheureusement des plus modestes. Retour à la case départ pour celui qui fit ses premières armes chez Roger Corman, ici forcé de retrouver les tournages éclairs (20 jours dans ce cas-ci) et redoubler d’inventivité pour tirer le meilleur parti des peu de moyens à disposition. Et 2014 de voir le résultat atterrir sur les écrans et dans les foyers, malheureusement dans une large indifférence, voire pire. Car les critiques ne sont pas bonnes et tous ou presque s’accordent à dire que le talent du bonhomme n’est plus qu’un lointain souvenir… Comme sur Toxic Crypt on ne croit que ce qu’on voit, une vérification s’impose…

 

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A première vue, il a la belle vie Max (Anton Yelchin, mort bêtement en se faisant écrabouiller par sa propre bagnole et que vous avez tous vu dans le médiocre et surfait Green Room). Imaginez un peu : il a beau être un geek de base fan de films d’horreur, il se tape une blogueuse sexy (Ashley Greene, échappée de la saga Twilight et ses vampires en sucre) faisant des merveilles sous la couette. La chance ! Du moins en apparences car ça ne va pas fort pour la moitié masculine du couple, la blonde Evelyn se révélant être une emmerdeuse de premier ordre. Non seulement elle le force à épouser une nutrition vegan, se montre envahissante, fait arriver son conjoint en retard au boulot et traite les films d’épouvante de simples conneries, mais en plus elle se permet de plier ses posters collectors de La Planète des Vampires n’importe-comment ! Comme la mère de la cocotte est morte quelques temps auparavant, Max a bien du mal à prendre son courage par la peau du cul et lui avouer qu’il souhaite rompre. Il n’en aura d’ailleurs pas le temps : alors qu’il s’apprête enfin à reprendre sa vie en main en se délestant de ce poids lourd, Evelyn est renversée par un camion et claque d’un coup d’un seul. Problème réglé ? Quasiment, car après une petite période de déprime et de culpabilité, Max se redresse en même temps que popaul lorsque son chemin croise celui d’Olivia (Alexandra Daddario de Texas Chainsaw 3D et bientôt dans le maillot de bain d’Alerte à Malibu), qui contrairement à Evelyn n’a que des qualités. Elle travaille dans un bar à glaces, adore les films gore, possède une paire de boobs dont Woody Harrelson doit encore rêver chaque nuit, aime se faire prendre à l’arrière de son van, vient vous voir avec des hamburgers en guise de repas, passe ses soirées dans le cimetière prêt de la tombe de Peter Lorre et est pleine d’humour. Où est-ce qu’on signe ? Max le ferait bien, lui, si Evelyn n’était pas revenue d’entre les morts pour poursuivre leur liaison, entraînant le pauvre fantasticophile dans un triangle amoureux sentant un peu trop la pierre tombale…

 

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Pas de suspense inutile : Burying the Ex est sympathique. De toute façon, c’était gagné d’avance auprès d’une audience s’étant depuis longtemps fait tatouer la tronche de Christopher Lee sur la fesse gauche et dormant dans des draps à l’effigie de Ray Harryhausen, une audience à laquelle Dante fait de nombreux clins d’œil. Posters de vieilles Séries B ici et là (L’Attaque des Crabes Géants, Robot Monster, The Killer Shrews), écrans ne montrant que du fantastique (Plan 9 from Outer Space, La Nuit des Morts-Vivants, Fusée pour la Lune, Dracula vit toujours à Londres, Gore Gore Girls,…) et des références planquées un peu partout (un camion porte le nom Romero), comme autant de preuves que Dante n’est pas prêt de laisser tomber ses racines. Pas un hasard d’ailleurs s’il situe le job de son héros dans une boutique de costumes, qui plus est en pleine période d’Halloween, puisque cela lui permet de balancer à l’écran un décorum cher à son cœur. Et au nôtre ! Du coup, on se sent plutôt bien entre ces citrouilles en plastoc et ces squelettes de kermesse, un peu comme si nous étions à la maison, confortablement enfouis dans notre canapé préféré. L’ennui, c’est que ça ne va pas beaucoup plus loin et que ces multiples décorations dantesques mises à part, rien dans Burying the Ex nous fait dire qu’il n’y avait que Joe Dante, et seulement lui, de capable d’emballer ce petit divertissement, qui ne vomit pas bien loin… Bien sûr que c’est sympa, et les acteurs sont tous bien à leur place puisque Yelchin est un parfait point d’ancrage pour le spectateur, que Daddario est séduisante et que Greene fait flipper en ex un peu trop envahissante. Mais voilà, ça manque d’âme, il faut bien l’avouer, aussi dur que cela soit lorsque l’on cause d’une nouvelle bande de celui à qui l’on doit The Burbs et Matinee… On ne trouve ici que de l’humour gentillet et déjà-vu, à base de « oh la jolie fille zombie dégueule sur son mec ! », gag éculé par excellence ; des rebondissements prévisibles (et parfois dévoilés dans le trailer, d’ailleurs !) ; des dialogues assez peu passionnants, voire plats. On me rétorquera que Dante a sans doute cherché une certaine platitude lorsqu’il désirait montrer l’aspect peu passionnant de la vie entre Max et Evelyn, faux amour principalement basé sur le sexe et les apparences. Il est vrai que cela s’arrange avec l’entrée en scène d’Olivia, les discussions semblant évidemment plus naturelles lorsque Dante peut jongler avec ses références. N’empêche que l’on sent le réalisateur peu à l’aise avec ses personnages, un brin caricaturaux, à l’image du demi-frère de Max, balourd obsédé sexuel qui aurait pu s’extraire de n’importe-quel Teen Movie post-American Pie. Pas franchement à l’avantage d’un réalisateur connu pour créer des protagonistes toujours très attachants, voire marquants et dotés de personnalités qui leur sont propres. A ce niveau, on ressent un brin de paresse dans l’écriture, qui se ressent forcément sur le plaisir vécu lors de la séance…

 

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Car on a beau ne pas s’emmerder, le rythme étant satisfaisant et l’ambiance bon enfant, le manque de surprises ou de bonnes idées se fait cruellement sentir et limite la passion que l’on pourrait ressentir pour cette comédie romantique d’outre-tombe. Au point que ce que l’on attend réellement, l’écume aux lèvres, c’est l’obligatoire apparition de Dick Miller, bien évidemment présent. La vieille copine Mary Woronov était aussi de la partie en tant que gérante du magasin où bosse Max, avant d’être malheureusement coupée au montage… Bien sûr, Dante étant ce qu’il est, nos attentes sont forcément plus hautes que si l’on encastrait dans nos lecteurs Blu-Ray une pelloche de Brett Ratner, Jean-Marie Poiré, Dany Boon ou Quentin Tarantino, et la déception qu’est Burying The Ex est très relative. Car au fond, ce n’est certainement pas plus mal qu’un Warm Bodies à la thématique inversée, et le portrait de jeunes gens se mettant en couple pour de mauvaises raisons et ne sachant plus comment se séparer est plutôt juste… Il y a donc à boire et à gerber dans cette petite Série B, au moins dotée d’une certaine lucidité sur elle-même puisqu’elle ne prétend jamais à entrer dans l’histoire du cinéma d’horreur, auquel elle préfère rendre hommage. C’est déjà cool, l’un dans l’autre.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Joe Dante
  • Scénario : Alan Trezza
  • Production : Carl Effenson, Kyle Tekiela, Frankie Lindquist,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Anton Yelchin, Alexandra Daddario, Ashley Greene, Archie Hann
  • Année:  2014

7 comments to Burying the Ex

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Oué, j’ai pas tellement aimé le film non plus en grande partie à cause d’écho avec ma propre vie privée (ah l’ex emmerdante, hein) mais aussi parce que tous les « défauts » que tu cites rendent le tout un peu… mou.
    Alors comme tout le monde je kiff les références à la série B et à l’horreur rétro, les acteurs sont sympas, la réal bien faite, les caméo sont toujours plaisant et au final t’as là-dedans 10 fois plus de trucs cool que dans le tout-Hollywood mais… on s’y emmerde aussi beaucoup. Je sais pas, c’est comme un manque de dynamisme, ça cause, ça cause et on attend surtout le prochain délire.

    Après je trouve que c’est justement le problème de Joe Dante. The ‘Burbs et Matinee c’est pareil: c’est marrant, sauf que c’est chiant. C’est long et au final t’as une impression de « ah, tout ça pour ça ? ». Un peu comme une caisse qui fait du bruit mais qui veut pas passer la 3ème. J’avoue – pour être fidèle à ma réputation de merde – que Hurlements et Piranhas m’emmerdent aussi beaucoup hors caméo/animatroniques/gags/scènes folles (ce qui est censé être énorme et je suis d’accord). T’as tout ce que les gens se souviennent et applaudissent, mais t’as aussi tout le reste, que tu oublies, mais qu’il faut se farcir entre.

    Chais pas, Joe Dante c’est comme un épisode de Walking Dead en fait. Tout le monde cri au génie, et effectivement t’as des séquences à se lever de son fauteuil, mais personne veut mentionner la mollesse handicapante.

  • Roggy  says:

    Pas encore vu ce film de Joe Dante (et pas fan non plus de « The hole » surtout comparativement à son immense filmo) mais je me laisserai tenter néanmoins. Pour ton info, j’ai vu un film à l’Etrange festival sur le même pitch « Nina forever » film anglais de 2015 pas exceptionnel mais sexe et sanglant.

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