Contamination.7

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Joe D’Amato a toujours aimé faire bonne chère, en témoigne son festin de boyaux dans le cultissime Anthropophagous, slasher à la grecque toujours bien placé au rayon boucherie. Et comme s’il en avait un peu marre de planter ses canines dans la viande de veau, le réalisateur d’Horrible se lance à corps perdu dans une salade aux asperges nommée Contamination.7 ! Indigestion en vue ?

 

 

 

Belle balade que celle que s’offrit la Filmirage, société de Joe D’Amato himself ; lancée à la conquête du cinéma d’exploitation à l’entrée des années 80 avec le duo de slasher mozzarella Anthropophagous/Horrible. C’est qu’un peu moins de cinquante films sortirent de leurs fourneaux, 46 bandes oscillant entre l’horreur pure (Pieces, Bloody Bird, Metamorphosis, La Maison du Cauchemar,…), le fantastique aux biceps rocailleux (les Ator, Le Gladiateur du Futur, Interzone) et l’érotisme à la peau douce (Blue Angel Cafe, Dirty Love, Lussuria,…), offrant aux campeurs des vidéoclubs tout ce dont ils ont besoin : du gore, de l’action et du cul ! On ne le remarqua pas nécessairement à l’époque, mais nul doute que la Filmirage fut l’un des plus importants brocanteurs de bis de son époque, un incroyable pourvoyeur de plaisirs interdits. Malheureusement, toutes les bonnes choses voient un jour le générique de fin défiler, et ce fut au milieu des maudites nineties que les portes de cette belle usine claquèrent définitivement, le milieu n’étant plus propice à la récolte de savoureuses pelloches grindhouse. On sentait d’ailleurs le vent tourner depuis quelques années : si les réussites étaient toujours trouvables dans le panier (Metamorphosis, Au-Delà des Ténèbres), des improbables Troll 2 (malheureusement ce pourquoi beaucoup se souviendront de la Filmirage, qui méritait meilleure épitaphe que « société à l’origine du pire film du monde »…) et Deep Blood laissaient déjà penser que le brave Joe marchait face à la brise… Peu à peu, la fesse, plus sûre en terme de ventes, prendra le pas sur des poings fatigués et des lames émoussées, au point que l’horrifique Contamination.7 fait office de vilain petit canard perdu dans une marre de flamands roses. Dernière tentative dans l’épouvante pour la firme, le présent métrage sera bien évidemment piloté par D’Amato en personne, mais aussi par son pote Fabrizio Laurenti, plutôt un activiste du téléfilm néanmoins déjà passé au long-métrage pour Démoniaque Présence, une production… Filmirage ! On reste donc en terrain connu à tous points de vue pour cette co-prod avec le Canada, Big Joe et Little Fabrizio nous retapant les méthodes habituelles de la Série B transalpine. A savoir que les deux capitaines se planquent derrière des pseudos (David Hills et Martin Newlin) et que le retitrage fait son œuvre, passant de Contamination.7 à The Crawlers, Creepers, Troll 3 ou même Troll III : Contamination Point 7 ! Y’en a pour tous les palais et autant dire que les liens avec le Troll de John Carl Buechler ou sa prétendue suite de Claudio Fragasso sont tout simplement inexistants. Si ce n’est la présence de la scénariste Rossella Drudi (Robowar, Zombie 4 Afterdeath, Cop Game,…) à la machine à écrire (en plus des deux réalisateurs et de Daniele Le Masque de Cire Stroppa), la dame s’étant à l’époque occupée de Troll 2. Mais ça s’arrête là et nous ne verrons aucun gnome habillé de sac à patates dans cette modeste production, plutôt portée sur les racines maléfiques. Le genre « plantes meurtrières » étant assez peu soumis aux embouteillages, il est permis de se réjouir, non ? Ben pas tant que ça, malheureusement…

 

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Campagnarde partie en ville durant quelques temps, Josie (Mary Sellers de Bloody Bird et La Maison du Cauchemar, autant dire une habituée des tournages Filmirage) revient au pays, dans un coin paumé d’Amérique où l’on ne trouve que de belles forêts et une centrale nucléaire assez peu à cheval sur les normes environnementales. En effet, ces grands écologistes en puissance travaillant sur place ne se posent pas trop de questions lorsqu’il s’agit de se débarrasser des déchets toxiques, tout bonnement balancés dans la nature, vite rendue hostile suite à la radioactivité. Et la flore de s’attaquer à la faune locale, faite de fermiers, de vieux rednecks tenant des pompes à essences, de prostituées tapinant dans les bars miteux, de barbus portant la chemise à carreaux et d’autostoppeuse négligentes. Ah ben elle a bien choisi son heure pour revenir dans le coin, la pauvre Josie, dès lors forcée de s’allier à son ancien petit-ami Matt (Jason Saucier, vu dans Hitcher in the Dark, encore une prod D’Amato), avec qui ça va plus ou moins bien selon les moments, pour enquêter. Ce ne sera d’ailleurs pas chose aisée puisque le shérif du comté est un sacré ripou ayant prêté une allégeance totale au président de la centrale, bien sûr pressé d’étouffer l’affaire… Plutôt classique sur le papier, cette affaire surfant bien évidemment sur la vague très eighties des bobines pleines de toxines, notamment celles de l’écurie Troma. Classique aussi dans la forme d’ailleurs, puisque rien ne distingue réellement Contamination.7 de toute autre Série B sortie à la même époque, soit en 1993. Ce n’est d’ailleurs pas un reproche car s’ils ne font pas montre d’une grande inventivité dans la mise en scène et se contentent clairement d’emballer l’ensemble avec une certaine facilité, voire de la fainéantise, D’Amato et Laurenti proposent néanmoins un produit fini apte à passer le contrôle technique. Ca ne pue pas le Z, ça ne schlingue pas l’amateur et, à dire vrai, ça ne fait même pas italien pour un sou, tant et si bien qu’on aurait pu prendre cette mésaventure dans les potagers du diable pour une production Corman ou Band de plus. Présenté comme ça, ça peut sembler péjoratif, mais au vu des ambitions de l’époque de D’Amato, à savoir s’infiltrer dans le marché américain sans se faire repérer, c’est plutôt une réussite. L’image est belle, la photographie est solaire, le montage se tient plutôt bien : c’est du travail d’artisan bien troussé, rien à redire en la matière, même si les acteurs ne sont bien évidemment pas prêts d’apparaître dans une news putassière façon « Ces 15 acteurs de l’horreur dont vous êtes passés à côté ! » comme Bloody Disgusting en a désormais le secret. Mais à la rigueur, l’acting bas de gamme fait tellement partie des meubles du DTV de 30 ans d’âge qu’on serait presque déçu de ne pas le retrouver. Faux problème, donc ! L’ennui, le vrai, c’est que tout le reste est raté, et pas qu’un peu…

 

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Et le plus évident des défauts de cette contamination ne faisant finalement pas grand mal au spectateur est son rythme cardiaque, proche de celui d’un nonagénaire shooté aux tranquillisants. Comme on l’avait vu avec Deep Blood, sous-Jaws dont toutes les attaques de squale étaient chipées à d’autres productions bis (La Mort au Large et Cruel Jaws, en plus de stock-shots sans doute empruntés à une banque d’images), l’argent commence à manquer à la Filmirage. Du coup, pas question de trop montrer les monstres, ici de simples lianes, parfois en mousse, que l’on a tout le mal du monde à rendre mouvantes et que l’on planquera généralement dans la pénombre, histoire de masquer au maximum ces effets à la finition douteuse. Mais que mettre à l’écran pour remplir les cavités entre deux attaques ? Ben des conneries étirées plus qu’elles ne devraient l’être, ma bonne dame, comme la longue attente d’une auto-stoppeuse se rendant à Seattle pour y sucer son boyfriend. Et la cocotte de rater son bus car elle était partie démoulée un stron, la forçant à rester avec un vieux papy de la station d’essence, avec lequel elle se lie d’amitié tandis qu’il lui présente son clebs, qu’il appelle Wolfie car il court les filles. Passionnant, hein ? Et c’est pas fini puisqu’une voiture s’arrête enfin, mais pas de bol elle ne se dirige pas vers Seattle, la demoiselle patientant encore et encore, avant d’être enfin prise en stop. Pas de bol, le conducteur est plutôt porté sur le viol et ne sera calmé que d’un coup de genou dans les roustons, sa douleur laissant à notre donzelle le temps de fuir dans les buissons… où elle se fera choper par les racines d’arbres intoxiqués ! Finalement, elle a refusé une liane pour d’autres… Tout cela est bien long et chiant, inutilement rempli de banalités, mais n’empêche qu’en mélangeant cette longue attente au bord de la route avec les retrouvailles entre Josie et Matt, D’Amato et Laurenti ont gagné dix minutes. Et tout Contamination.7 est de cet ordre, à savoir mou comme un amas de pétales de tulipes, constamment en train de marcher à reculons ou au rythme d’une limace tirant un parpaing. Le récit s’enlise donc très vite, et ce même si un scientifique bossant à la centrale devine qu’il ne s’en passe pas que des jolies à son boulot. Malheureusement, puisqu’il est du genre à vider une bouteille de cognac avec ses croissants à 7 heures du mat’, sa hiérarchie lui colle vite la pression avant de lui envoyer des tueurs à gages terriblement clichés (des Men in Black qui marchent avec leur flingue en main, ramené au niveau du visage, Terminator style). Heureusement, ou malheureusement pour le pauvre bisseux assis devant le spectacle, le zigoto s’en sortira, même s’il finira tout de même derrière les verrous, le shérif préférant lui offrir la cellule de dégrisement pour qu’il ne répande pas ses informations. Trop tard, l’aviné laborantin aura eu le temps de se confier à la pute locale, au coin du lit et des froufrous… Suffisant pour lancer la rumeur et mettre Josie et Matt sur la bonne piste. Mais putain, que ce fut long ! D’autant que pour encore rallonger la sauce, on nous balance dans les pattes le petit-fils dégarni d’un papy bouffé par les buissons carnivores, histoire que décidément les jeunes se disent que quelque-chose ne tourne pas rond. Comme si les disparitions précédentes et la découvertes de corps décorés façon salade niçoise ne suffisait pas !

 

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Laborieux tout cela, et il faudra attendre que sonnent les 60 minutes pour que cela bouge enfin. Ce sera même un peu gore, au détour d’une seule et unique séquence mémorable, voyant une grosse brindille s’infiltrer dans la bouche d’un pauvre type et ressortir sous son œil, façon poil de nez qui aurait poussé à l’envers. Mais si ce n’est cet amusant et bref stand, la kermesse à D’Amato est bien trop gentille pour son tenancier, qui nous avait habitué à de bien plus chaudes activités, comme lorsqu’il envoyait Laura Gemser (ici costumière) dans les griffes de vilains cannibales. Heureusement qu’on peut rigoler à quelques occasions, que ce soit au terme de dialogues ridicules ou de séquences crétines comme seul le bis européen peut nous en offrir. Ainsi, lassés de voir les leur se faire broyer la gueule par des arbustes puant l’uranium, les habitants du petit patelin décident de régler le souci eux-mêmes après avoir localisé la source du problème : des tonneaux de merdasse hautement polluante même pas cachés et jetés dans une clairière ! Et les parents et enfants d’aller les bouger à mains nues, sans se poser la question s’il faut des gants ou non pour transporter pareil bordel. Il n’y a pas eu de suite à Contamination.7, mais je peux vous dire que si c’était le cas nous y aurions retrouvé les héros avec cinq doigts en plus, de gros haricots verts sous les paupières et des pustules de la taille d’un potiron sous les aisselles ! D’ailleurs, les pauvres ont bien du mal à en finir, les brindilles maléfiques ne cessant de les étrangler ou tirer vers une mort certaine, ces monstres de feuilles ne périssant qu’à l’arrivée d’énormes bulldozers. Tel le christ venant sauver ses moutons, Caterpillar débarque pour repousser la fin du monde ! Grand moment encore que la scène de l’hélicoptère, deux éclaireurs partant pour localiser les pots de confiture radioactive avant d’être attaqués. Le premier se retrouve donc ligoté façon bondage à la japonaise tandis que le second, resté dans son hélico, hésite 15 ans avant d’intervenir ! A deux pas de là, il grimace genre « Ah merde… Qu’est-ce que je fais ? J’y vais ou je reste là ? Merdeeeee… » avant de décider de partir chercher de l’aide (autant dire que le temps qu’il y aille, le mec à sauver aura déjà des bulbes plein l’anus). Il n’ira cependant pas bien loin, les lianes tirant l’hélico (ou plutôt un jouet d’hélico) au sol, générant une explosion en stock-shot. Royal !

 

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Royal mais pas suffisant pour sauver l’ensemble, certes regardable lorsque l’on a un petit coup dans le nez ou qu’on en profite pour passer un donjon dans le dernier Zelda, mais difficile à tenir lorsque l’on est sobre et que l’on fixe toute notre attention sur ce spectacle assez chiant. Le niveau de tolérance ici demandé est bien trop élevé et il est évident que seuls les plus curieux, ou les éventuels fans de Joe D’Amato souhaitant tout voir du bonhomme, seront attirés par cette verte randonnée. Dommage en tout cas, avec une petite pointe de gore en plus ici ou là, on aurait eu un bon La Révolte des Triffides en version romaine. Pas de bol, en perte de vitesse et de fric, la Filmirage démoulera une grosse déception, trop tardive à se montrer fun. On passe, donc…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Joe D’Amato, Fabrizio Laurenti
  • Scénario : Joe D’Amato, Rossella Drudi, Daniele Stroppa, Fabrizio Laurenti,
  • Production : Joe D’Amato
  • Titres: Contamination.7 (Italie), The Crawlers (USA),…
  • Pays: Italie, Canada, USA
  • Acteurs: Mary Sellers, Jason Saucier, Chelsi Stahr, Bubba Reeves
  • Année:  1993

Checkez aussi la chro superbement drôle sur Curious Goods!

2 comments to Contamination.7

  • Roggy  says:

    Tu m’avais déjà prévenu que ce n’était pas jojo et visiblement c’est en plus bien chiant.

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