Tales from the Quadead Zone

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Les meilleurs films ne font pas toujours les plus cultes et il suffit bien souvent d’une rareté digne du graal et du prépuce de Jésus (quoique non, la pipette à Tonton Clou il en circule un paquet) pour qu’une vulgaire vidéo de vacances devienne un objet phare de la culture bis. Si le Tales from the Quadead Zone de Chester Novell Turner ne le montre pas en train de se tremper les ongles incarnés dans un jacuzzi, la qualité de son chef d’œuvre n’en est pas moins proche des vidéos d’anniversaires des gosses nés dans les années 80…

 

 

 

Pas la peine de faire de longues études de cinéma, de passer des années à structurer ses scripts, de s’entourer des bonnes personnes, d’avoir une filmographie longue comme un zob de pornstar ou même d’avoir réalisé de bons films pour entrer dans l’histoire. Chester Novell Turner vous le dirait s’il venait poser ses espadrilles dans la crypte toxique, car s’il n’a pas non plus son nom déposé sur le même parterre que ceux de Romero, Craven, Fulci ou Fisher, il est au moins parvenu à se créer une vraie fanbase. Des irréductibles du bonhomme prêts à débourser des sommes folles pour les deux uniques productions de cet afro-américain tombé là-dedans par simple passion. Aucun brevet de cinéaste à son actif, aucune formation, si ce n’est celle prise sur le tas alors qu’il travaillait déjà sur Black Devil Doll from Hell, son premier méfait fomenté en parallèle de son véritable métier, à savoir décorateur d’intérieur. L’histoire d’une poupée black, sorte de version blaxploitation des Chucky, la poupée Brave Gars étant par ailleurs sortie bien après puisque celle de Turner, noire et diabolique, et extraite des enfers date de 1984. A la base simplement prévue pour être un court-métrage encastré dans un film omnibus, Black Devil Doll deviendra une entité propre lorsque Turner découvrira qu’il dispose d’assez de matériel pour en faire une un long-métrage à part entière. Se trouvant une amoureuse lors du tournage, à savoir une Shirley L. Jones à l’importance capitale dans son œuvre, Chester passe visiblement un bon moment en emballant cette première tentative filmique, qu’il parvient à vendre à l’éditeur de VHS Hollywood Home Theatre, plus une petite boutique qu’un grand distributeur. En effet loin d’être un géant de la cause K7, le label est spécialisé dans les séries ultra Z ou les vieilleries tombés dans le domaine publique comme La Petite Boutique des Horreurs, Dementia 13 ou Nosferatu. Pas franchement une écurie de prestige, donc, et dont Turner ne sortira pas avec le sourire aux lèvres, d’une part parce que les sagouins ont lourdement remonté son film, ensuite parce qu’il est certain qu’on ne lui reverse pas tout ce que l’on lui doit sur les ventes de VHS. Pas de quoi refroidir notre artiste, cependant, toujours aussi décidé à créer son fameux film à sketchs à la base de Black Devil Doll : Tales from the Quadead Zone. Et trois ans plus tard – en 87 pour les deux du fond qui ne savent toujours pas compter sur leurs doigts – sort donc la version vidéo de ce deuxième projet, distribué par Turner lui-même, bien décidé à ne pas se faire avoir deux fois. Et notre homme d’entrer dans la légende…

 

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Tales from the Quadead Zone, c’est premièrement un titre qui ne doit avoir de sens que pour Turner lui-même, c’est ensuite une jaquette vidéo improbable et fleurant bon les dessins de gamins de 9 ans. Une tête de squelette grossièrement dessinée et sentant encore les crayons de couleur, pleurant des larmes de sang tandis que se repose dans sa gueule béante un pauvre black poignardé au ventre. Génial en un sens, mais certainement pas l’œuvre d’un mouflet puisque ce fut la fameuse Shirley L. Jones qui se chargea du visuel, voué à se ruer dans les mémoires. Et cela continue d’ailleurs dans le générique d’introduction via des dessins gore à la naïveté évidente, toujours avec la Jones derrière la gomme, notre mama se fendant même d’une tête monstrueuse prenant pour modèle un jouet Madballs, de grosses tronches de monstres particulièrement populaires dans les eighties. Inutile de préciser que là encore, le résultat ressemble aux gribouillages que les vils garnements que nous étions faisaient en cachette lors de nos cours de math en primaire, lorsque l’on dessinait Jason en train de se bastonner avec Freddy, avec des jets de sang tracés en lignes droites dans tous les sens. Malheureusement pour notre dessinatrice, ses toiles de maître ne sont pas franchement mises en valeur par son compagnon réalisateur, incapable de créer un éclairage digne de ce nom, offrant à tous les plans un teint verdâtre vomitif. Au point d’ailleurs que tous les acteurs de couleur noire, et ils sont nombreux, auront l’air de sortir de Shrek… Ce sera d’ailleurs le cas de la décidément peu chanceuse Shirley Jones, ici dans le tablier d’une brave maman s’occupant du petit Tommy, son fils de six piges. Le truc c’est qu’il est décédé, le gamin, et que c’est à son fantôme que la mère aimante va raconter quelques histoires. Boucle d’or ? Hansel et Gretel ? Les trois petits cochons ? Dépassé tout cela, ma bonne dame, ce que les enfants morts des années 80 veulent, c’est Tales from the Quadead Zone, un bouquin fantôme lui aussi que Tommy fait apparaître comme par enchantement sur les genoux de sa reum.  « Tales from the Quadead Zone… Huuum, ça a l’air bien » nous dit Madame Jones. Tu l’as dit cocotte, surtout avec cette couverture toute blanche rajoutée par Turner sur un autre livre, en fait la bible, pour faire croire à un ouvrage tout neuf. Pour sûr que le Vatican va apprécier l’anecdote, tout comme le père décédé de Chester doit être fier que son fiston lui dédie le présent métrage. Un hommage comme ça, nul autre n’en a eu, je peux vous le dire…

 

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Comme vous l’aurez deviné, Tales from the Quadead Zone, le film, se servira des chapitres de Tales from the Quadead Zone, le bouquin, pour trouver sa structure, la môman du p’tit Tommy lui lisant deux histoires tandis que ces séquences liant le tout font figure de troisième et ultime récit. La première partie, nommée « Food for ? » part d’un postulat de base plutôt intéressant, voire même socialement engagé puisque prenant place à la table d’une famille aussi nombreuse que pauvre. Au point qu’il n’y aura pas à manger pour tout le monde, le patriarche étant obligé de lancer une sorte de compte à rebours avec une cloche (avec un ours à son sommet, ze détail qui tue) tandis que la tribu se jette sur les rares tartines au salami répandues devant elle. Et tant pis pour les lents, ils se coucheront avec la panse vide ! Reste que le problème devient si important qu’il est plus ou moins décidé d’éliminer quelques membres de la famille pour faciliter la vie de tout ce beau monde, le frère aîné s’emparant d’une carabine et zigouillant ses frères et sœurs. Et lorsqu’il y aura encore moins de bouffe dans le frigo, ce sera rebelote ! Pas con comme point de départ, il faut l’avouer, et un scénariste inspiré pourrait même en tirer une satire sociale violente et drôle, façon Cheap Thrills par exemple. Mais Turner n’est bien évidemment pas une fine gâchette et cette source sera très vite tarie, ici simplement résumée à un banal jeu de massacre entre le pain et la clochette Winnie l’ourson. Ca ne pisse donc pas bien loin, le pauvre Turner étant comme on s’en doutait incapable d’apporter un peu de tension tant tout est mal fichu, de la colorimétrie atroce de l’ensemble à la prise de son, tellement mauvaise que l’on ne comprend qu’un mot sur quinze ! Vous avouerez que ce n’est pas pratique, même pour un film amateur comme Quadead Zone… Quelques coups de chevrotine plus tard, nous passons au second chapitre, un chouïa plus ambitieux que le précédent puisque renfermant un long monologue et des personnages dotés d’un peu plus de substance. A savoir deux frères pas franchement en bons termes, l’un étant décédé à la grande joie du second, très heureux que son aîné ne puisse plus lui faire des blagues cruelles. D’ailleurs, en guise de vengeance, il demande à deux malfrats de s’emparer du corps et le lui ramener. Son but : ridiculiser le frérot en l’habillant en clown et en l’enterrant dans la cave, comme un simple clebs. Un tunnel de dialogues à en claquer d’ennui plus tard, l’esprit du défunt revient dans son corps et, tel un zombie, le Black Bozo va se relever. Désormais doté de la même voix que celle que vous avez lorsque vous causez dans un verre d’eau, il va éradiquer son brother en lui plantant une fourche dans le bide. Ca serait presque du Poe si c’était pas aussi mal foutu et emmerdant, tiens !

 

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En plus d’être laid comme un found-footage sur lequel une meute de clochard avinés aurait uriné durant six mois, ce second effort de Turner est donc lent comme l’escalade du Mont Fuji par une escargot à la coquille de plomb. Les plans où les personnages se fixent sans piper mot ou remuer un cil sont légion, toujours accompagnés de cette bande-son ringarde au possible mais étrangement efficace puisqu’elle se cale immédiatement dans notre matière grise pour ne plus jamais en sortir. Bénédiction ou malédiction, à vous de voir… Reste qu’on est bien content que cette bisbille entre les deux parents se clôture, histoire de retrouver la maman lectrice et l’invisible Tommy, dont la présence nous est toujours révélée via un coussin sur lequel il s’assoit, dès lors creusé. La fête est cependant vite finie et le père du gosse rentre, surpris de découvrir sa femme encore en train de lire des histoires de famine meurtrière ou de fratricide dans le vide. Comme ça commence à bien faire, il lui en retourne une et commence même à la cogner avec le roman spectral, poussant son épouse à lui planter un couteau de cuisine dans le nombril. L’indélicat mari tranquillisé, elle peut reprendre ses saines lectures, qui l’absorbent tant qu’elle ne remarque pas que, dans son agonie, son compagnon a pris le temps de téléphoner aux flics. Et les policiers les moins crédibles du cinéma de débouler, comme s’ils sortaient tout juste du barbecue du dimanche. Remarque que ça ne nous surprendrait pas si Turner les avait véritablement conviés au tournage alors que ses voisins étaient en train de faire chauffer les merguez… N’empêche qu’en découvrant un cadavre ensanglanté dans la cuisine, les deux gus sont plutôt tentés de sortir les menottes, poussant la pauvre maman au désespoir. Histoire de pouvoir rester avec Tommy, elle part aux chiottes pour se trancher la gorge avec une lame de rasoir, salissant par la même occasion le carrelage avec du ketchup, Turner ne pouvant pas se payer du faux sang. Triste ? Non, c’est au contraire un happy end puisque voilà désormais la mère et le fils réunis en tant que fantômes et prêts à reprendre leur relation comme avant ! Ca les changera des « Sha sha sha sha », seul truc que l’on entendait lorsque Tommy était dans les parages, un peu comme si la bande-son des Vendredi 13 restait bloquée sur une seule syllabe.

 

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D’ailleurs, depuis qu’ils sont réunis, les deux morts permettent à Turner d’utiliser son effet spécial favori, celui qu’il utilisait déjà pour le générique et ainsi amener les titres à l’écran. Les plus jeunes ne peuvent le savoir mais les caméras de l’époque possédaient une option permettant d’enregistrer une image, ce qui permettait par exemple d’apposer des titres sur vos vidéos. Vous écriviez le titre du film sur une feuille, vous mémorisiez l’image avec votre caméra et vous n’aviez plus qu’à appuyer sur un bouton en filmant, histoire que l’image enregistrée et celle en cours de tournage se superposent. L’ennui c’est que si vous cadriez mal lors de l’enregistrement de votre titre ou générique, il se pouvait qu’une bande noire apparaisse sur le bord de l’écran (bande noire représentant en fait le bord de votre feuille, quand ce ne sont pas des ombres qui apparaissent carrément), ce qui ne loupe jamais dans Quadead Zone ! Malin mais pas trop, Turner n’utilise pas le procédé que pour annoncer son casting, il s’en sert aussi pour créer les revenants du dernier acte, ici de simples formes jaunâtres rajoutées dans les décors. De quoi faire passer l’œuvre entière de Don Dohler pour celle de Joe Dante… Autant dire que tout est là : acteurs improvisés sur le tas, image plus jaune qu’une flaque de pisse de lapin nain, prise de son faite du fin fond du grand canyon, effets spéciaux sponsorisés par Heinz, script écrit en plusieurs années mais qui donne la sensation d’avoir été torché sur un rouleau de PQ en cinq minutes, musique d’un autre monde,… Autant dire que Tales from the Quadead Zone est totalement autre et, en cela, putain de génial ! Raté à tous les stades, loupant chaque marche, le résultat est bien évidemment très drôle et fun, idéal à s’envoyer lors d’une soirée entre amis bien arrosée. D’ailleurs, quelques yankees déviants ne s’y sont pas trompés et vénèrent la VHS, rarissime. On l’a dit plus haut, Chester était mécontent du traitement réservé à Black Devil Doll et se lança du coup lui-même dans la distribution de son film suivant, résultant un faible nombre de copies sorties des usines. Retourné à son premier job et fondant une famille au début des années 90, où on le dit décédé d’un accident de voiture, Turner découvrira donc sur le tard que la petite boîte noire renfermant sa pelloche se vend à des prix fous sur eBay ! C’est d’ailleurs bien connu depuis le superbe docu Adjust your Tracking sorti chez Ecstasy of Films (si vous ne l’avez pas encore, vous attendez quoi ?), plusieurs jeunes gens se sont pour ainsi dire combattus par enchères interposées. Et ces braves de monter un petit festival mettant à l’honneur les VHS, d’y inviter Chester Turner, de sortir en DVD ses deux œuvres… et de lui redonner l’envie d’enfourcher une caméra pour tourner un Tales from the Quadead Zone 2 ! Même si l’on n’a plus trop de nouvelles du projet depuis 2013 et que l’on sait qu’il ne pourra jamais recapturer la « magie » du premier, on est quand même bien curieux de voir ça, bordel !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Chester Novell Turner
  • Scénario : Chester Novell Turner
  • Production : Chester Novell Turner
  • Pays: USA
  • Acteurs: Shirley L. Jones, Larry Jones, Keefe L. Turner, William Jones
  • Année:  1987

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